jaguar
14.05.2021 Mammifères terrestres

Une plus grande réserve de biosphère pour les jaguars

Le jaguar est l’un des animaux emblématiques du continent américain. Comme la plupart des grands prédateurs terrestres, il est menacé d’extinction. Leur suivi par télémétrie satellitaire Argos permet de mieux comprendre leurs besoins en termes d’espace disponible et d’environnement.

Photo Universidad Nacional Autónoma de México

 

Les grands carnivores terrestres sont particulièrement menacés d’extinction dans le monde entier. Dans le même temps, leur impact sur la stabilité des écosystèmes est capital.

Les jaguars (Panthera onca) sont les plus grands félidés des Amériques tropicales. On les trouve du nord du Mexique au nord de l’Argentine. Cependant, l’espèce a perdu près de la moitié de sa population au cours du siècle dernier et est aujourd’hui surtout présente dans la région amazonienne.  Les principales menaces qui pèsent sur l’espèce sont la fragmentation, voire la perte, de son habitat en raison de l’agriculture, le déclin de ses proies, certaines maladies introduites par les animaux domestiques, ainsi que les conflits avec l’homme.

 

Suivi des jaguars

Quatorze jaguars adultes (9 femelles, 5 mâles) ont été suivis à l’aide d’émetteurs Argos-GPS, sur une période de 13 ans, avec une période de suivi minimale d’environ 6 mois et maximale de plus de 6 ans. Ils se trouvaient tous dans la région de Calakmul (péninsule du Yucatan, sud du Mexique), où se trouve la plus grande population de jaguars du Mexique (près de 2 000 jaguars dans tout le Yucatan). La région de Calakmul est couverte de forêts tropicales semi-permanentes, de forêts à feuilles caduques et de forêts inondées de façon saisonnière. Elle abrite 80% des espèces végétales recensées dans la péninsule du Yucatan, 350 espèces d’oiseaux et près de 100 espèces de mammifères.

L’objectif de l’étude était de décrire leur domaine vital, notamment leur taille, leur emplacement et leurs interactions avec d’autres jaguars. Il s’agit d’informations essentielles pour une gestion de l’environnement orientée vers la conservation du jaguar.

Le suivi des animaux avec Argos

Study area
Zone d’étude (d’après [Cruz et al., 2021], crédit Universidad Nacional Autónoma de México)

 

La vie sociale des jaguars

La taille moyenne du domaine vital de tous les individus est étendue, supérieure à 200 km2 (95% de présence). Bien que le domaine vital des mâles est en moyenne plus grand que celui des femelles, il est surtout extrêmement variable selon les individus.

Aucune différence notable n’a été notée entre la saison des pluies et la saison sèche. Cela pourrait être dû à une distribution homogène des populations de proies tout au long de l’année, en lien avec la topographie et la végétation de la région.

Les jaguars mâles semblent s’éviter la plupart du temps. Les domaines vitaux des femelles se chevauchent davantage, jusqu’à l’être totalement.

Les domaines vitaux respectifs des mâles et des femelles se chevauchent encore plus que ceux des femelles. Un des mâles suivis partageait son territoire avec jusqu’à cinq femelles. Ceci suggère qu’il peut être associé à toutes les femelles qui partagent ces zones de chevauchement, du moins pendant des périodes données.

Les activités de chasse menées par les humains dans la zone d’étude n’ont pas eu d’impact majeur sur les domaines vitaux des jaguars.

 

Overlap of home range (95, 75, and 50% kernels)
Chevauchement des domaines vitaux (noyaux de 95, 75 et 50%) entre les mâles et les femelles, y compris Tony (mâle) avec Sandra (femelle), et Lico (mâle) avec cinq femelles : Paola, Eugenia, Dalia, Veronica, et UNK54 (d’après [Cruz et al., 2021], crédit Universidad Nacional Autónoma de México)

 

Augmenter la réserve de biosphère

Les zones naturelles actuellement protégées dans la péninsule du Yucatan ne sont pas continues. La plupart des aires de présences du jaguar sont reliées à des écosystèmes naturels, mais ceux-ci ne sont pas officiellement protégés contre la déforestation.

La taille observée des domaines vitaux des jaguars suggère que l’expansion des zones naturelles protégées serait bénéfique pour l’espèce, soit en étendant les zones existantes, soit en en créant de nouvelles, y compris des corridors biologiques.

Les auteurs de l’étude préconisent “un doublement de la taille de la réserve de biosphère de Calakmul, qui passerait à 1,4 million d’hectares, ce qui en ferait la plus grande réserve tropicale du Mexique et d’Amérique centrale, et la création de corridors biologiques pour les jaguars dans la péninsule afin de maintenir la connectivité des populations”. Il s’agirait d’une stratégie immédiatement efficace pour la conservation future de l’espèce du jaguar dans la péninsule du Yucatan.

informations essentielles pour une gestion de l’environnement orientée vers la conservation du jaguar.

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Référence

Cruz, H. Zarza, J. Vidal‐Mateo, V. Urios, G. Ceballos, 2021: Top predator ecology and conservation: Lesson from jaguars in southeastern Mexico, Conservation Science and Practice. 2021;3:e328. https://doi.org/10.1111/csp2.328