Marie B basking shark with a tag in trail (© Y. Massey-APECS)
08.06.2020 Animaux marins

Les longs voyages des requins pèlerins Marie B et Anna entre la Bretagne et le Cap-Vert

Les requins pèlerins peuvent parcourir plusieurs milliers de kilomètres en quelques mois, comme les balises de suivi par satellite Argos ont permis de le découvrir. Deux requins pèlerins, en particulier, baptisés Anna et Marie B, ont effectué des trajets impressionnants entre la Bretagne et le Cap-Vert.

Photo : le requin pèlerin Marie B avec une balise (© Y. Massey-APECS)

Le requin pèlerin (Cetorhinus maximus) est le deuxième plus gros poisson au monde après le requin baleine (Les requins baleines, bons gros géants des océans ou Des requins baleines à Madagascar). Quand il se nourrit, ce requin nage gueule grande ouverte et filtre l’eau pour en extraire le zooplancton. Longtemps pêché pour l’huile de son foie, il demeure menacé (statut IUCN « En danger ») même s’il n’est plus exploité. Chaque année, des requins pèlerins sont victimes de captures accidentelles ou de collisions.

Plusieurs milliers de kilomètres en quelques mois

Le requin pèlerin se rencontre, nageant en surface, surtout dans les eaux tempérées et froides. Il est capable de parcourir plusieurs milliers de kilomètres en quelques mois, et fait des allées et venues entre le fond et la surface. La télémétrie satellite Argos a permis d’en connaître un peu plus sur ces voyages et ces plongées, quand les requins sont en surface avec des émetteurs classiques et quand ils sont en profondeur grâce aux marques archives.
Leurs déplacements semblent être guidés par la recherche de nourriture. Mais il reste à découvrir la façon dont ils la détectent.

Suivre leurs déplacements avec Argos

L’Association pour l’Etude et la Conservation des Sélaciens (APECS) étudie les requins pèlerins depuis sa création. En 1998, elle lance un dispositif de sciences participatives au niveau national pour recenser les observations de ces géants. Les campagnes en mer débutent quant à elles en 2002, en Bretagne, pour étudier l’écologie des requins pèlerins. Depuis 2009, l’association suit les déplacements des pèlerins en les équipant avec des balises de suivi par satellite ArgosEric Stéphan et Alexandra Rohr, En savoir plus sur les requins-pèlerins avec Argos ). Les premières balises utilisées étaient des marques archives et depuis 2015, avec le lancement du programme Pelargos, de nouveaux émetteurs sont déployés (SPOT). Ils transmettent quasiment en temps réel la position du requin lorsqu’il est en surface. Au total six balises archives et six balises SPOT ont été posées entre 2009 et 2020 par l’APECS sur les côtes bretonnes.

Le très long voyage de Marie B

En 2018, en particulier, trois requins pèlerins ont été équipés d’émetteurs au large de la Bretagne, deux mâles et une femelle. Les deux mâles n’ont été suivis que jusqu’à l’été 2018. La femelle, baptisée « Marie B », bat des records depuis juillet 2018 : après être restée quelques jours au sud de la Bretagne, elle a poursuivi son chemin vers la Mer du Nord, un secteur où on n’avait jamais localisé un requin pèlerin équipé d’une balise jusqu’à présent. Elle a ensuite disparu pendant neuf mois pour finalement ressurgir début avril 2019 au large du Cap-Vert, bien plus au sud qu’aucun autre requin marqué en Atlantique Nord-Est. Elle a refait à nouveau surface huit mois plus tard, au large du Portugal, avant de poursuivre sa route vers le nord dans le sud du Golfe de Gascogne, puis sur les côtes bretonnes et même de nouveau jusqu’en Mer du Nord depuis mi-mai 2020 !

Marie B avait également été équipée d’une marque archive (voir Deux balises sur un requin : une première mondiale )

Parcours de Marie B construit à partir des données de la balise archive MiniPAT 56102 entre le 07/05/2018 et le 08/05/2019 (Crédits APECS)
Parcours de Marie B construit à partir des données de la balise archive MiniPAT 56102 entre le 07/05/2018 et le 08/05/2019 (Crédits APECS)
localisations de Marie B reçues via la SPOT 168751 entre le 07/05/2018 et le 25/05/2020 (crédits APECS)
localisations de Marie B reçues via la SPOT 168751 entre le 07/05/2018 et le 25/05/2020 (crédits APECS)

Anna entre Bretagne et Cap Vert

Entre 2016 et 2017, une autre femelle (baptisée Anna) avait réalisé un trajet assez similaire. Après son marquage en Bretagne au printemps 2016, elle était allée vers le nord mais cette fois à l’ouest des îles britanniques durant l’été. Elle avait ensuite passé l’automne en profondeur et était revenue en surface au sud des côtes marocaines en février 2017 avant de poursuivre sa route vers le Golfe de Gascogne au printemps, zone où la balise s’était décrochée après 368 jours de suivis

Localisations d'Anna reçues via la SPOT 150425 entre le 15/05/2016 et le 18/05/2017 (crédits APECS)
Localisations d’Anna reçues via la SPOT 150425 entre le 15/05/2016 et le 18/05/2017 (crédits APECS)

Longues migrations

Ces suivis mettent en évidence les très grandes migrations réalisées par les requins pèlerins et permettent de découvrir qu’ils fréquentent de nouvelles zones. Bien que près de 150 balises aient été déployées par diverses équipes de recherche en Atlantique Nord-Est, ces nouvelles données montrent qu’il reste encore beaucoup d’inconnues sur ces requins. Les efforts engagés au niveau international doivent se poursuivre pour résoudre les mystères du requin pèlerin et garantir sa préservation.