tortue caouanne relâchée avec un émetteur Argos
14.04.2022 Animaux marins

Des tortues marines dans le golfe de Gascogne

Des tortues de mer juvéniles sont soignées et réhabilitées à l’Aquarium La Rochelle, France. Depuis 2008, quelques-unes d’entre elles ont été équipées d’un émetteur Argos avant leur retour à l’océan. L’analyse de leurs suivis pourrait aider à comprendre si elles ont été piégées dans un golfe de Gascogne riche en nutriments mais froid en hiver, ou si cette zone correspond réellement à leurs besoins.

 

Photo : une tortue caouanne relâchée avec un émetteur Argos ((c) Océane Cottier_Aquarium La Rochelle SAS)

 

Les tortues marines sont également observées dans les eaux européennes de Méditerranée et de l’Atlantique Nord-Est. Cependant, en hiver, ces eaux peuvent être froides et les tortues peuvent alors souffrir d’hypothermie. Des tortues immatures caouannes, vertes et de Kemp y sont néanmoins observées. Se pose alors la question si le golfe de Gascogne constitue un habitat favorable ou bien plutôt un “piège” en hiver pour les tortues immatures qui y sont présentent aux périodes favorables ?

Entre 2008 et 2020, 66 tortues immatures ont été signalées, principalement au cours de la période hivernale, puis soignées et réhabilitées au CESTM (Centre d’Études et de Soins pour les Tortues Marines) de l’Aquarium La Rochelle, en France, sur la côte du golfe de Gascogne. Parmi elles, 28 ont pu être équipées d’un émetteur satellite Argos puis relâchées près du CESTM. La majorité d’entre elles étaient des tortues caouannes (23 individus), mais quatre étaient également des tortues de Kemp et une tortue verte.

Nous avons déjà mentionné trois d’entre elles (voir Comprendre les tortues caouannes grâce aux données océaniques et Deux destinations très différentes pour deux tortues éprises d’aventures). Toutes ont été secourues le long des côtes atlantiques françaises, soit trouvées échouées (17 individus), soit capturées accidentellement (8), soit dérivant en mer (3). De plus, 33 années d’observations (1988-2020) pour le CESTM incluant un total de 449 observations de tortues marines immatures ont été utilisées pour évaluer encore plus précisément leur utilisation du golfe de Gascogne en tant qu’habitat.

Plus d’infos sur le suivi d’animaux avec Argos

 

Analyse des suivis des tortues marines relâchées

Quatre directions principales ont été identifiées pour toutes les tortues suivies selon la dernière position enregistrée pour chaque individu : golfe de Gascogne, Nord, Sud et Ouest. La direction “golfe de Gascogne” fait référence aux tortues potentiellement résidentes (11 individus, 41%) qui restent dans la zone. “Nord” fait référence aux tortues qui sont allées vers le Nord (trois individus), et de même pour “Sud” (trois individus également, se dirigeant vers le Portugal, la mer Méditerranée et le Sahara occidental) et l’Ouest (10). Le groupe “Ouest” a migré vers l’ouest/sud-ouest dans l’océan Atlantique, probablement vers leurs plages natales. Leur suivi a été perdu autour des Açores, des Canaries ou même des Bermudes, selon les cas.

 

Des comparaisons avec les données océaniques environnementales ont été effectuées. La vitesse de nage de chaque individu a été calculée en soustrayant la vitesse du courant océanique modélisé de la vitesse obtenue à partir des positions. Pour toutes les tortues suivies, il y avait des différences dans les directions et les vitesses par rapport aux courants océaniques, ce qui montre qu’elles se déplacent effectivement activement et ont la force de le faire dans d’autres directions que celle du courant. Les données modélisées de température et de biomasse des proies ont également été comparées aux positions et utilisées dans un modèle d’habitat. Les plus petits individus semblent exploiter des eaux plus froides que les plus grands. Près de la moitié des localisations enregistrées étaient associés à des eaux comprises entre 15 et 20°C, et seulement 18% en dessous de 15°C.

 

Trajectoires satellites des tortues immatures en fonction de leurs déplacements
Trajectoires satellites des tortues immatures en fonction de leurs déplacements : (A, gauche) Nord (3 tortues), Sud (3) et Ouest (10) et (B, droite) golfe de Gascogne (11 tortues). (d’après [Chambault et al., 2021])

Une tortue caouanne a atteint les îles Bermudes où sa balise a cessé d’émettre. Ces îles pourraient être une escale avant d’atteindre la plage de nidification en Floride ou un lieu d’alimentation permanent.

Trois tortues se sont dirigées vers le nord dans des habitats extrêmement inadaptés (température de surface de l’eau inférieure à 8°C). Deux d’entre elles étaient des tortues de Kemp. La raison de leur voyage vers le nord n’est pas claire – désorientation, masses d’eau exceptionnellement productives et/ou chaudes conduisant ces tortues à aller plus au nord qu’elles ne l’auraient fait normalement, …

 

Le golfe de Gascogne, un habitat réel, même s’il est risqué

Le golfe de Gascogne pourrait agir comme un piège écologique pour les plus petits individus. Mais il est aussi un habitat potentiel de recherche de nourriture en été et en automne bien qu’avec des températures de l’eau basses en hiver. L’analyse des vitesses de nage exclut l’hypothèse selon laquelle les tortues seraient restées dans leur habitat en raison d’un transport passif par les courants marins après leur libération. Elle suggère plutôt une réelle utilisation de cet habitat au moins pendant l’été et l’automne. Cependant, toutes les tortues recueillies étaient en détresse lorsqu’elles ont été trouvées, ce qui suggère que la raison de leur arrivée dans cette zone pourrait être liée à des conditions inadéquates avant leur secours.

Le nombre d’individus secourus par an est relativement faible. Il est donc difficile d’estimer la proportion réelle de tortues marines immatures qui vivent dans les eaux européennes, et parmi elles, la proportion qui pourrait souffrir d’hypothermie en hiver.

Les tortues de mer sont confrontées à de nombreuses autres menaces en mer, telles que les débris marins (emmêlement ou ingestion), les polluants organiques ou encore l’emmêlement ou les captures accidentelles dans des engins de pêche.

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