Un courlis de Sibérie avec un émetteur Argos
17.01.2022 Oiseaux

Suivi de cycles annuels complets de migration des courlis de Sibérie

Le courlis de Sibérie est un grand oiseau côtier, qui migre entre l’Australie et l’Asie du Sud-Est. Certaines de ses populations sont plus menacées que d’autres. La télémétrie par satellite, notamment les techniques Argos, permet de comprendre pourquoi il en est ainsi.

 

Photo : Un courlis de Sibérie avec un émetteur Argos (seule l’antenne est visible) (crédit Robert Bush à Toorbul, Moreton Bay, Queensland, Australie)

 

Le courlis de Sibérie (Numenius madagascariensis) est un grand oiseau limnicole migrateur, endémique de la voie de migration Asie orientale-Australasie. Les populations ont diminué en Australie, où environ 70 % de la population passe la saison non reproductive. Cet oiseau est classé comme “en danger” au niveau mondial et comme “en danger critique d’extinction” en Australie.

Cependant, les évolutions de la population n’ont pas été uniformes sur l’ensemble du territoire australien, avec des déclins importants dans le sud-est de l’Australie, tandis que les populations du nord-ouest semblent être stables et, par endroits, en augmentation. Le fait de comprendre si différentes populations d’une espèce migratrice se mélangent ou restent séparées pendant la migration (“connectivité migratoire” : voir Les populations d’engoulevent d’Amérique se mélangent pendant leurs migrations), peut aider à expliquer ces différences dans les tendances démographiques et contribuer à la conservation des espèces migratrices.

Plus d’infos sur le suivi d’animaux avec Argos

 

 courlis de Sibérie avec un émetteur Argos
Un courlis de Sibérie avec un émetteur Argos (crédit Jonathan T. Coleman à Toorbul, Moreton Bay, Queensland, Australia)

 

Suivi des courlis de Sibérie

Vingt-et-un courlis de Sibérie ont été suivis à l’aide de dispositifs de télémétrie, notamment des émetteurs Argos, à partir de sites situés dans le nord-ouest de l’Australie (Broome, Darwin) et le sud-est de l’Australie (Moreton Bay, Western Port). Pour neuf de ces oiseaux on a enregistré au moins une migration complète (deux suivis ou plus ont été enregistrés pour six oiseaux), dix ont eu un enregistrement incomplet, et deux ont eu des migrations avortées. Plusieurs catégories de sites ont été définies (sites non reproducteurs, sites reproducteurs, sites d’escale ou de repos).

 

 Trajectoires de courlis de Sibérie équipés de balises de localisation Argos
À gauche : Trajectoires des vingt-et-un courlis de Sibérie équipés, colorées selon leur site de non-reproduction ; au milieu et à droite : réseau migratoire pour chaque migration (vers le nord et vers le sud) le long de la voie de migration Asie orientale-Australasie. Les couleurs des cercles représentent les différents nœuds, les couleurs des lignes représentent les régions non reproductrices respectives et la largeur des lignes indique le nombre d’oiseaux se déplaçant entre les nœuds (d’après [Morrick et al., 2021]).

 

Connectivité migratoire des courlis de Sibérie

Les courlis de Sibérie partant des régions non reproductrices les plus méridionales ont migré plus tôt que ceux occupant des régions non reproductrices plus septentrionales. De plus, les oiseaux provenant des sites de non-reproduction du sud-est de l’Australie sont généralement allés se reproduire à des latitudes plus basses que ceux du nord-ouest de l’Australie. Ainsi, sur les sites de reproduction, il n’y a pas eu beaucoup de mélange entre les courlis provenant de différentes zones de non-reproduction. Cependant, sur les sites de d’escale migratoire et de repos de la mer Jaune, le mélange entre les populations non reproductrices du sud-est et du nord-ouest a été observé dans trois (sur quatre) des zones d’escale pendant la migration vers le nord, et dans deux des zones d’escale pendant la migration vers le sud.

 

Impacts humains

L’impact humain a été évalué à l’aide d’une carte globale des modifications anthropiques. Cette carte combine 13 facteurs de stress spatialement explicites, y compris les établissements humains et l’agriculture, en une mesure à une résolution de 1 km² de la modification humaine cumulative des terres. L’analyse s’est concentrée sur les régions de non reproduction et de reproduction.

 

Lieux de reproduction des courlis
Lieux de reproduction (code couleur sur les régions non reproductrices) superposés sur une carte des modifications humaines (plus la carte est claire, plus les modifications humaines sont nombreuses). Les courlis du sud-est de l’Australie se sont reproduits dans des zones où ils ont été exposés à des paysages de plus en plus modifiés, par rapport aux courlis du nord-ouest de l’Australie qui se sont reproduits plus au nord (d’après [Morrick et al., 2021]).

 

Les différentes régions de reproduction ne présentent pas le même niveau de modifications anthropiques. Étant donné que l’emplacement des sites de reproduction est lié aux régions de non-reproduction, cela signifie que le courlis du sud-est de l’Australie est confronté à un impact plus important des modifications humaines que le courlis du nord-ouest de l’Australie. Il en va de même à l’autre extrémité de leur migration, où les régions non reproductrices du sud-est de l’Australie subissent des modifications humaines plus importantes que les régions non reproductrices du nord-ouest de l’Australie.

Cela suggère que le déclin de la population de courlis de Sibérie dans le sud-est de l’Australie, par rapport à la stabilité des populations du nord-ouest, peut s’expliquer par le fait que les oiseaux se trouvent dans des zones où ils subissent des modifications et des pressions humaines accrues sur leur habitat.

 

Protéger les habitats des espèces migratrices

Cette étude montre que l’observation du cycle annuel complet est importante pour interpréter la dynamique des espèces migratrices. L’enregistrement des deux étapes de leurs voyages migratoires, y compris les sites d’escale et de repos le long du trajet, et les informations environnementales à chaque étape, est de la plus haute importance pour évaluer leurs réponses aux changements environnementaux. Cette approche devrait permettre d’identifier les menaces et d’orienter la protection des habitats des espèces migratrices telles que le courlis de Sibérie, une espèce menacée.

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Référence

Morrick, Z. N., Lilleyman, A., Fuller, R. A., Bush, R., Coleman, J. T., Garnett, S. T., Gerasimov, Y. N., Jessop, R., Ma, Z., Maglio, G., Minton, C. D. T., Syroechkovskiy, E., & Woodworth, B. K. (2021). Differential population trends align with migratory connectivity in an endangered shorebird. Conservation Science and Practice, e594. https://doi.org/10.1111/csp2.594