Requin bleu
13.07.2021 Animaux marins

Moins d’oxygène dans les océans pourrait menacer les requins bleus

Les requins bleus, comme de nombreux requins pélagiques, se trouvent souvent dans les couches de surface situées au-dessus des zones d’oxygène minimal existantes. Ces couches pourraient s’amenuiser en raison du changement climatique et de l’expansion des zones pauvres en oxygène situées en dessous, entraînant ainsi une concentration des requins et de ce fait une plus grande vulnérabilité à la pêche.

Photo : un requin bleu (crédit Nuno Vasco Rodrigues)

 

L’un des effets prévus du changement climatique est l’expansion des zones pauvres en oxygène existant dans les océans. Les poissons, y compris les requins, ont besoin d’oxygène, en particulier les requins pélagiques. Cependant, les eaux plus chaudes ont moins de capacité à dissoudre cet élément. Ainsi, le changement climatique peut modifier la répartition des poissons et des requins dans l’océan, avec un impact potentiel sur les différentes espèces.

Les requins pélagiques se trouvent souvent dans les couches de surface situées au-dessus des zones d’oxygène minimal existantes. L’expansion de ces zones pourrait réduire l’habitat des requins. L’une des conséquences pourrait être une plus grande vulnérabilité à la capture ou aux prises accessoires par les pêcheurs.

 

Suivi des requins bleus en fonction de l’oxygène dissous

Le requin bleu (Prionace glauca) est le requin pélagique le plus répandu (voir aussi le projet SELPAL qui comprenait des suivis de requins bleus). C’est un grand migrateur, et c’est aussi le requin le plus fréquemment capturé par les pêcheries pélagiques à la palangre dans le monde entier. L’espèce est classée comme quasi-menacée au niveau mondial. Pendant longtemps, sa capture n’a fait l’objet d’aucune restriction dans les eaux internationales. Récemment, un quota de captures a été établi dans l’Atlantique Nord.

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Mouvements des requins bleus en relation avec la zone d’oxygène minimal de l'Atlantique tropical oriental
Mouvements des requins bleus en relation avec la zone d’oxygène minimal de l’Atlantique tropical oriental. Les requins ont été suivis à l’aide (A) d’émetteurs en temps réel et (B) d’émetteurs enregistreurs liés à un satellite, superposés aux concentrations d’oxygène dissous modélisées (à 100 m). Les couleurs des trajectoires différencient les individus (d’après [Vedor et al., 2021]).

 

Cinquante-cinq requins bleus adultes et sub-adultes ont été équipés dans l’océan Atlantique Nord, soit d’un émetteur satellite de localisation uniquement, soit d’une balise enregistrant la profondeur et la température, tous transmis par Argos. Les émetteurs Argos de localisation ont été utilisés pour déterminer les mouvements horizontaux et l’utilisation de l’espace par les requins en temps réel, tandis que les balises enregistrant les mesures ont collecté et transmis à son relâché les profondeurs de nage. Toutes ces informations ont été étudiées en relation avec l’oxygène dissous modélisé et d’autres variables environnementales dans une zone d’oxygène minimal (zone d’oxygène minimal de l’Atlantique Nord tropical oriental, au large du Cap-Vert) et dans les zones voisines.

 

Exemple de schémas de plongée de quatre requins différents superposés à la concentration en oxygène dissous
Exemple de schémas de plongée de quatre requins différents superposés à la concentration en oxygène dissous (d’après [Vedor et al., 2021]).

Analyse en trois dimensions des comportements des requins

L’analyse des mouvements horizontaux montre que les requins passent beaucoup plus de temps au-dessus de la zone d’oxygène minimal que ce ne serait le cas au hasard. Les schémas de plongée sont également très différents. Des profondeurs de plongée plus faibles sont observées dans les enregistrements au-dessus de la zone d’oxygène minimal (maximum de plongées quotidiennes 200-520 m, moyenne 754 m) par rapport aux eaux “normales” (maximum de plongées quotidiennes 500-1400 m, moyenne 1250 m). De plus, les quelques plongées qui descendaient et/ou traversaient les couches hypoxiques étaient de courte durée.

 

La production primaire nette est plus élevée dans la zone d’oxygène minimal de l’Atlantique Tropical Est, en relation avec une stratification accrue et des températures de surface de la mer plus chaudes. La préférence du requin pour cette zone peut être liée, suivant la modélisation faite pour cette étude.

 

Flottes de pêche

La répartition géographique de l’effort de pêche des palangriers pélagiques montre également une intensité plus élevée dans les eaux situées au-dessus des zones d’oxygène minimal de l’Atlantique Est (tant dans l’Atlantique Nord que dans l’Atlantique Sud), en particulier à leurs limites. En effet, en examinant les journaux de bord des bateaux de pêche, il apparaît que leurs captures de requins bleus (par unité d’effort) ont le plus augmenté là où l’oxygène dissous à 100 m diminuait généralement dans la zone d’oxygène minimal de l’Atlantique Nord.

Carte de l'effort de pêche des flottes de palangriers pélagiques
Carte de l’effort de pêche des flottes de palangriers pélagiques. Ligne pointillée noire : oxycline (3,5 ml O2/litre à 100 m) utilisée pour indiquer les positions des zones hypoxiques de l’Atlantique Nord et Sud (d’après [Vedor et al., 2021]).

 

Moins d’oxygène mène à une compression de l’habitat sur les zones de pêche

L’étude montre donc que les requins bleus devraient avoir tendance à se concentrer encore plus, en utilisant la couche supérieure au-dessus de la zone d’oxygène minimum pour éviter des taux d’oxygène dissous trop faibles. Comme les efforts de pêche sont déjà plus importants dans ces zones (y compris les captures de requins bleus), les requins devraient être encore plus vulnérables à cette menace. Des réglementations plus efficaces en matière de contrôle des captures de requins devraient être envisagées, y compris dans les eaux internationales. La mise en place de grandes aires marines protégées en haute mer autour des zones d’oxygène minimal pourrait être une mesure nécessaire pour protéger les populations de requins.

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