a black-tailed godwit with an Argos PTT (credit Groningen Institute for Evolutionary Life Sciences)
05.10.2020 Oiseaux

Les migrations des barges à queue noire diffèrent selon leur origine

Les oiseaux migrateurs d’une espèce donnée suivent fréquemment les mêmes itinéraires, et ce chaque année. Le suivi de populations différentes avec la télémétrie par satellite Argos montre une réalité très différente pour certaines populations de barge à queue noire. Comprendre pourquoi nécessitera encore plus de suivi.

Photo : une barge à queue noire avec un émetteur Argos (crédit Groningen Institute for Evolutionary Life Sciences)

La barge à queue noire (Limosa l. limosa) est un oiseau de rivage (comme par exemple La glaréole orientale : petit oiseau, longues migrations ) dont l’aire de reproduction couvre une grande partie de l’Europe du Nord-Ouest – Pays-Bas, Allemagne, Belgique, Pologne. Ces oiseaux migrent sur de longues distances, en faisant un certain nombre d’étapes au cours de leur voyage. En hiver, on les trouve au sud de l’Europe (péninsule ibérique, Grèce, côte de la mer Noire) et également en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne

 

Différents comportements migratoires depuis les Pays-Bas ou depuis la Pologne

Dans une étude précédente, 60 barges à queue noire ont été équipées par des émetteurs satellites à partir d’une population dense dans les Pays-Bas. Maintenant quatre oiseaux d’une population plus clairsemée en Pologne ont été équipés avec des émetteurs Argos de 5 g. Bien que les deux populations soient génétiquement identiques, elles se reproduisent à 1200 km l’une de l’autre.
Des travaux antérieurs sur la population néerlandaise ont révélé de grandes différences entre les différentes barges à queue noire en ce qui concerne le moment de leur migration, mais les individus restaient cohérents d’une année sur l’autre. De plus, ils étaient plutôt constants dans leur itinéraire migratoire, leurs sites de halte et leur zone d’hivernage. Au contraire, les quatre oiseaux issus de la population relativement clairsemée de Pologne sont partis deux semaines plus tôt pour leur migration vers le sud, sont arrivés un mois plus tard dans les zones d’hivernage, après avoir fait une longue escale en Europe du Sud avant de traverser la Méditerranée. En cela, ils ont tous montré une grande variabilité temporelle. La variation des itinéraires était par contre étonnamment importante. Ils ont utilisé trois itinéraires différents pendant la migration vers le sud et vers le nord, et les trois individus suivis pendant plus d’un cycle de migration ont changé d’itinéraire d’une année sur l’autre.

MIgratory routes of each of the four black-tailed godwits tagged in Poland. Open circles show stops and wintering areas. (adapted from [Loonstra et al., 2020])
Routes migratoires de chacun des quatre barges à queue noire équipées en Pologne. Les cercles indiquent les haltes et les zones d’hivernage. (adapté de [Loonstra et al., 2020])

Pourquoi les barges à queue noire polonaises se comportent-elles différemment ?

La différence de rythme entre les oiseaux polonais et néerlandais pour un départ précoce pourrait être due à une différence de disponibilité des nutriments au départ ou en cours de route. Une qualité moindre de l’habitat pourrait également être en cause.
La flexibilité des routes migratoires observée chez les quatre barges à queue noire polonaise au cours de leur migration vers le sud et vers le nord pourrait être due à un manque d’interactions sociales. De telles interactions leur permettraient de choisir leur route migratoire avec l’aide d’oiseaux plus âgés et expérimentés lorsqu’ils entament leur première migration. Comme la population polonaise est plus petite, les informations pourraient faire défaut et les oiseaux inexpérimentés pourraient développer des itinéraires plus individuels lors de leur toute première migration. S’ils survivent, ce mécanisme peut générer chaque année davantage de différences individuelles dans les itinéraires migratoires
Les oiseaux suivis étant tous des barges à queue noire adultes expérimentées, et la composition du groupe migrant étant inconnue, il est difficile d’évaluer cette hypothèse. Un suivi tout au long de la vie, de la naissance à la mort, de populations de différentes densités est nécessaire pour vérifier cette hypothèse de conformité sociale implicite.

 

Références & liens

  • Loonstra A.H.J., Verhoeven M.A., Zbyryt A., Schaaf E., Both C. & Piersma T. 2019. Individual Black-tailed Godwits do not stick to single routes: a hypothesis on how low population densities might decrease social conformity. Ardea 107: 251–261. doi:10.5253/arde.v107i3.a11
  • Verhoeven M.A., Loonstra A.H.J., Senner N.R., McBride A.D., Both C. & Piersma, T. 2019. Variation from an unknown source: large inter-individual differences in migrating Blacktailed Godwits. Front. Ecol. Evol. 7:31.
  • Verhoeven M.A., Loonstra A.H.J., McBride A.D., Both C., Senner N.R. & Piersma, T. 2020. Migration route, stopping sites, and non-breeding destinations of adult Black-tailed Godwits breeding in southwest Fryslân, The Netherlands. J. Ornith. 2020.

Pour voir où se trouvent actuellement toutes les Barge à queue noire équipées :