manchots à jugulaire
16.03.2020 Animaux marins

Les manchots à jugulaire se dispersent tout autour de l’Antarctique

Les manchots à jugulaire vivent autour de l’Antarctique. Pour mieux comprendre les raisons précises du lent déclin de leur population, des chercheurs de la division de recherche sur les écosystèmes antarctiques de la NOAA ont équipé certains d’entre eux, provenant de trois zones de reproduction différentes, d’émetteurs Argos. Ceci a permis de les suivre pendant l’hiver austral, en comparant les trajets avec des données environnementales.

Photo : Un manchot à jugulaire (crédits NOAA)

On trouve des manchots à jugulaire (Pygoscelis antarctica) autour de l’Antarctique, principalement dans le secteur correspondant à l’océan Atlantique. Cette espèce ne fait pas partie des manchots les plus menacés, mais la population adulte est en déclin dans la région de la péninsule Antarctique. Leurs sites de reproduction sur des îles isolées sont connus, mais leur répartition dans l’océan pendant le reste de l’année, en particulier en hiver, l’est moins, même si les conditions environnementales pendant l’hiver sont soupçonnées de contribuer à leur déclin.

Location of the three chinstrap penguin colonies (at the tip of the Antarctic Peninsula) (Credit NOAA)
Localisation des trois colonies de manchots à jugulaire dont des individus ont été suivis (à l’extrémité de la péninsule Antarctique) (Crédits NOAA)

Quarante et un manchots à jugulaire adultes et juvéniles ont été suivis par télémétrie satellite Argos durant l’hiver austral 2017. Ils ont été équipés d’émetteurs Argos sur trois sites de reproduction connaissant des évolutions de population différentes dans la région du nord de la péninsule Antarctique. L’une des hypothèses à tester est qu’ils pourraient se déplacer différemment selon leur colonie d’origine.

Les trajets ainsi obtenus ont été comparés aux paramètres environnementaux que les manchots rencontrent : la glace de mer (y compris la lisière de la glace de mer puisque les manchots à jugulaire évitent généralement la glace elle-même), la température de surface de la mer et les courants de surface (indicateurs des fronts océaniques où se trouvent les aires d’alimentation pour un certain nombre d’espèces de la région), et la bathymétrie.

Month-by-month chinstrap penguin tracks (the colors of the line refer to the colonies of origin) vs sea ice concentration (grey scale close to the continent) and sea surface temperature (colored scale over ice-free waters). The black lines are showing the different current fronts. The penguins are moving between the ice edge and the polar front (thick solid black line) (Credit NOAA)
Les trajets mois par mois des manchots à jugulaire (les couleurs des traits se réfèrent aux colonies d’origine) en fonction de la concentration de glace de mer (échelle de gris proche du continent) et de la température de surface de la mer (échelle de couleurs sur les eaux libres de glace). Les lignes noires indiquent les différents fronts de courant. Les manchots se déplacent entre la lisière de la glace et le front polaire (ligne noire épaisse et continue la plus externe) (Crédits NOAA)

 

Les oiseaux des colonies dont la population est en augmentation ont tendance à rester plus près de leur colonie pendant l’hiver, ce qui peut être un indice que les conditions locales sont importantes pendant la période hivernale. Mais on ne sait pas encore pourquoi certains individus se détournent de telles conditions locales favorables pour migrer vers des régions éloignées de l’océan Austral. Certains comportements génériques ont été observés, tels que le fait de rester entre la lisière de la glace et le front polaire, et d’utiliser des eaux profondes libres de glace à des températures inférieures à 2°C. La colonie d’origine semble être à l’origine de certains comportements génériques, comme le fait que quelques individus se dirigent vers l’est ou qu’au contraire aucun ne le fasse. Les résultats montrent également que la trajectoire de chaque manchot est pour l’essentiel unique, y compris les escales choisies, avec très peu de recoupements avec les trajets d’autres individus. Les manchots à jugulaire ne semblent donc pas avoir de routes prédéterminées pour se rendre dans des zones d’hivernage données. Cela signifie probablement que cette espèce tire profit de son environnement partout et à tout moment, sans préférence pour des lieux spécifiques.

 

Référence

  • Hinke JT, Santos MM, Korczak-Abshire M, Milinevsky G, Watters GM (2019): Individual variation in migratory movements of chinstrap penguins leads to widespread occupancy of icefree winter habitats over the continental shelf and deep ocean basins of the Southern Ocean. PLoS ONE 14(12): e0226207. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0226207