A wookcock captured for marking (credit EWMRC)
27.04.2020 Oiseaux

La Bécasse d’Amérique suivie par télémétrie satellite Argos

La bécasse d’Amérique est un oiseau migrateur, qui se déplace la nuit dans la partie est et centrale de l’Amérique du Nord. Leur discrétion fait que leurs comportements migratoires ne sont pas bien connus. Les migrations de la bécasse d’Amérique sont suivies par télémétrie satellite par la Coopérative de recherche sur la migration des bécasses de l’Est (EWMRC) avec des émetteur Argos de 4, 5 ou 6,3 g.

Photo : Une bécasse capturée pour être équipée (crédit EWMRC)

La Bécasse d’Amérique

La bécasse d’Amérique (Scolopax minor) est un oiseau forestier migrateur qui vit dans la partie orientale du continent nord-américain. Comme leurs homologues eurasiens (voir Bécasses sans frontières sur la bécasse des bois d’Eurasie), elles migrent de façon nocturne en automne (octobre-décembre) et au printemps (février-mai). En général, la bécasse d’Amérique est difficile à observer en dehors de la saison de reproduction et pendant les périodes de migration. Comme la plupart des espèces migratrices, sa population est en déclin – dans son cas, lentement mais régulièrement, d’environ 1% par an depuis une cinquantaine d’années. Les émetteur Argos GPS légers désormais disponibles permettent de suivre nuit et jour par télémétrie satellitaire les migrations de la bécasse d’Amérique tout au long de leurs trajets.

A wookcock with an Argos PTT (credit EWMRC)
Une bécasse avec un émetteur Argos (crédit EWMRC)

Suivie par télémétrie satellite

D’octobre 2018 à janvier 2020, l’Eastern Woodcock Migration Research Cooperative a déployé 247 émetteurs satellites sur des bécasses capturées dans 11 États des États-Unis d’Amérique et dans 3 provinces canadiennes de l’est de l’Amérique du Nord, sur ce qu’on appelle la « voie de migration atlantique », où un certain nombre de ces oiseaux migrateurs font l’aller-retour.

Les données de déplacements de ces bécasses pendant les migrations de printemps et d’automne ont donc été obtenues, avec au moins une migration complète pour la plupart des oiseaux. L’analyse des résultats des premières années montre une variabilité dans le comportement des oiseaux. Certains sont des migrateurs très rapides, d’autres prennent leur temps (de 2 à 73 jours, avec une moyenne de 25 jours pour la migration d’automne) même si la distance qu’ils doivent parcourir entre leur point de départ et leur destination est également un facteur décisif dans le temps mis (par exemple, s’ils partent de plus au nord pour la migration d’automne). La distance moyenne de migration entre les lieux de capture et le lieu de résidence (zone d’hivernage ou de reproduction) est de 1 392 km en automne, et de 1 245 km au printemps. La distance parcourue au cours d’un seul vol est très variable. La plus longue distance de vol nocturne enregistrée est d’environ 1 000 km ! Alors que la plupart des vols de migration sont plus courts (moyenne entre 252 km en automne et 177 km au printemps), cet exemple permet d’illustrer la distance que peut parcourir un si petit oiseau. La distance parcourue dépend probablement de facteurs tels que la direction et la vitesse du vent. Pour la migration de printemps, le départ est en moyenne le 10 mars et la fin le 7 avril. En moyenne également, il a fallu 29,3 jours pour achever la migration de printemps, soit une durée plus longue que la migration d’automne.

Escales sur la route

Les animaux s’arrêtent souvent pour se reposer et se nourrir pendant les migrations avant de poursuivre leur voyage. C’est ce qu’on appelle une « escale ». Une question se pose : à quelle fréquence, dans quel type d’habitat et pendant combien de temps l’animal migrateur fait escale pendant sa migration ? Il semble que la bécasse d’Amérique utilise une variété d’habitats tout au long de son voyage. En fait, l’analyse des traces montre qu’elle utilise presque tous les types d’habitat imaginables – forêts exploitées, champs agricoles, cours de banlieue résidentielles, zones industrielles, et même le World Trade Center Tower Memorial à New York !

Woodcock Stopover: commercial forest (Credit EWMRC)
escale dans une exploitation forestière (Crédit EWMRC)
Woodcock Stopover: suburban yards (Credit EWMRC)
… dans une banlieue résidentielle (Credit EWMRC)
Woodcock Stopover: a golf (Credit EWMRC)
… dans un golf (Crédit EWMRC)
Woodcock Stopover: World Trade Center Tower Memorial in New York City (Credit EWMRC)
… ou au mémorial du World Trade Center à New York (Crédit EWMRC)

En moyenne, les bécasses font 4,4 escales chacune pendant la migration d’automne et restent sur chaque site pendant 5,4 jours avant de continuer. Pendant la migration de printemps, les bécasses font un peu plus d’escales (4,8) et restent plus longtemps sur chaque site (7,4 jours en moyenne) avant de poursuivre leur migration.

 

 

Map of 20 March 2020: the woodcocks began moving north at the end of February / beginning of March for most of them. A few began earlier, and some, marked in Georgia, South Carolina, and North Carolina, have not left yet. A few have flown as far north as Wisconsin, Maine, and Michigan. As birds continue to move north, they are arriving on the edge of the snowpack and will likely need to wait for the snow to melt before continuing further north. (Credit EWMRC)
Carte du 20 mars 2020 : les bécasses ont commencé à se déplacer vers le nord fin février / début mars pour la plupart d’entre elles. Quelques-unes ont commencé plus tôt, et certaines, équipées en Géorgie, Caroline du Sud et Caroline du Nord, ne sont pas encore parties. Quelques-unes se sont dirigées vers le nord jusqu’au Wisconsin, au Maine et au Michigan. Comme les oiseaux continuent à se déplacer vers le nord, ils arrivent au bord du manteau neigeux et devront probablement attendre que la neige fonde avant de continuer plus au nord. (Crédit EWMRC)

Perspectives

Comme l’a déclaré l’un des participants, « l’étude sur les migrations de la bécasse d’Amérique nous permettra d’en savoir plus en 3 ans que ce que nous avons appris au cours des 50 dernières années grâce au seul baguage ». L’objectif est d’acquérir une compréhension globale des mouvements migratoires des bécasses d’Amérique dans toute l’aire de répartition de l’espèce. Ces informations peuvent ensuite être utilisées pour aider à planifier des projets d’amélioration de l’habitat, à gérer la chasse, à évaluer le calendrier des enquêtes sur la saison de reproduction et à accroître les connaissances sur l’écologie de l’espèce et la migration des oiseaux en général.

 

Références et liens

L’EWMRC est un groupe coopératif d’agences fédérales et étatiques, d’organisations non gouvernementales et d’universités qui s’intéressent à la compréhension des mouvements de la bécasse d’Amérique sur l’ensemble du cycle annuel, avec un intérêt particulier pour la migration.