26.11.2020 Animaux marins

Des requins baleines à Sainte-Hélène, océan Atlantique

Les requins baleines vivent dans les eaux tropicales tout autour du globe, y compris dans l’océan Atlantique. Leurs sites de reproduction sont l’objet d’études, car mal connus tout en étant critiques pour leur protection. La télémétrie par satellite Argos permet d’aider à résoudre quelques-uns des mystères qui subsistent encore sur cette espèce.

 

Photo: Le Dr Alistair Dove du Georgia Aquarium équipant un requin-baleine adulte dans les eaux entourant l’île de Sainte-Hélène en 2019. (© Simon Pierce, https://www.simonjpierce.com. )

 

Le requin-baleine (Rhincodon typus) est présent dans les eaux tropicales du monde entier (en Indonésie, à Madagascar, aux Galapagos …), y compris dans l’Atlantique – dans le Golfe du Mexique et les Caraïbes, mais aussi dans l’Atlantique Sud tropical, autour des quelques îles qui s’y trouvent. Certains indices suggèrent que cette zone précise pourrait être importante pour la reproduction des requins baleines en Atlantique. L’espèce étant sur le déclin, la compréhension de leurs comportements et des liens entre les différentes populations peut contribuer aux efforts de préservation ou de rétablissement des populations.

 

Combiner les techniques pour étudier les requins baleines

St Helena & whale shark sightings from 1999 to 2019 (green dots), sites of eyewitness accounts of mating behavior (asterisks); receivers in the acoustic array (crosses). Southeast trade winds create a difference in navigability between the calmer leeward side facing the northwest, and the rougher windward side facing southeast.(Credit Georgia Aquarium and Georgia Institute of Technology)
Observations de requins baleines et de Sainte-Hélène de 1999 à 2019 (points verts), sites de témoignages oculaires du comportement d’accouplement (astérisques) ; récepteurs dans le réseau acoustique (croix). Les vents alizés du sud-est créent une différence de navigabilité entre le côté sous le vent plus calme, orienté vers le nord-ouest, et le côté au vent plus rude, orienté vers le sud-est. (Crédit Georgia Aquarium and Georgia Institute of Technology)

L’île de Sainte-Hélène, dans l’Atlantique Sud, est l’une des îles habitées les plus éloignées du monde. Une population de requins baleines s’y trouve également, de décembre à mai chaque année.

Une étude de cette population a été menée en collaboration par des scientifiques du Georgia Aquarium et du Georgia Institute of Technology, avec le partenariat du gouvernement de Sainte-Hélène. Cette étude a été menée en utilisant les rapports d’observation et l’identification à partir de photos des marques corporelles naturelles, de la télémétrie acoustique et aussi de la télémétrie satellite. L’identification photographique a permis à l’équipe de mieux évaluer les caractéristiques démographiques de la population de requins baleines de Sainte-Hélène, tandis que la télémétrie acoustique et celle par satellite ont été combinées pour explorer leurs déplacements à grande comme à petite échelle.

Les modèles suggèrent qu’une centaine de requins se trouve sur l’île à tout moment donné de la saison. Ils y restent en moyenne 19 jours. Cette population est majoritairement composée de mâles et de femelles adultes en proportion à peu près égale. Ceci est très inhabituel, car la plupart des regroupement de requins baleines connus sont composées principalement de jeunes mâles. Des témoignages de comportement d’accouplement ont été rapportés en deux occasions distinctes par des observateurs locaux fiables, ainsi que d’autres comportements de reproduction. Le comportement d’accouplement n’a été observé nulle part ailleurs dans le monde. Ce fait et le ratio mâles/femelles adultes tendent à renforcer l’hypothèse d’un site de reproduction important.

 

Analyse de la télémétrie par satellite

Cinquante émetteurs satellite Argos ont été installés sur des requins baleines, soit des balises donnant uniquement la position, pour évaluer les mouvements horizontaux, soit des marques archives pop-up pour les mouvements verticaux. Trente d’entre eux ont fourni des données fiables. Certains se sont détachés à une profondeur prédéfinie de 1 650 ou 1 850 m pour éviter d’être écrasés par la pression (les eaux autour de Sainte-Hélène sont plus profondes que la tolérance limite des balises sur la pression) ; d’autres ont pu être endommagés pour la même raison. Ceci, et le fait que les requins doivent parcourir plus de 1 000 km pour atteindre l’île la plus proche (Ascension), et plus de 2 000 km pour rejoindre tout autre habitat connu de l’espèce, n’ont pas permis de trouver de nouveaux indices de connectivité entre les différentes populations de l’Atlantique. Cependant, six individus se sont rendus sur l’île de l’Ascension, et trois ont atteint l’Afrique ou l’Amérique du Sud. La majorité d’entre eux sont restés autour de Sainte-Hélène. Les individus ont été localisés tout autour de l’île, contrairement à la perception des habitants d’une concentration sur le Nord-Est.

 

Three kind of whale shark paths recorded by the surface near-real time locations (staying close to St Helena Island for the majority, moving to Ascension Island, of moving wide range, to either Gulf of Guinea or Brazil) (Credit Georgia Aquarium and Georgia Institute of Technology)

Trois types de trajectoires de requins-baleines enregistrées par la surface en temps quasi-réel (en restant près de l’île de Sainte-Hélène pour la majorité, en se déplaçant vers l’île de l’Ascension, ou en se déplaçant à grande distance, soit vers le Golfe de Guinée, soit vers le Brésil)  (Crédit Georgia Aquarium and Georgia Institute of Technology) 

 

Des marques archive pop-up ont été posées sur des requins baleines. Huit d’entre elles ont transmis des données de plongée, avec 509 plongées enregistrées. Autour de l’île, tous les animaux marqués ont plongé presque tous les jours, de jour, à une profondeur maximale d’environ 600 m. Après avoir quitté l’île, cependant, le schéma de plongée a brusquement changé pour devenir moins régulier avec de nombreuses plongées très profondes dans la zone bathypélagique – assez profondes pour déclencher le relâcher ou la destruction de la marque. Cela soumet l’animal à des changements de température de 25°C à 3°C, et à une pression de près de 200 atmosphères ! La raison de ce comportement reste à élucider. Il pourrait être lié aux voyages sur de longues distances, mais il faut davantage de données pour élucider cette question.

 

Protection des zones de reproduction

La probabilité que Sainte-Hélène soit un important lieu de reproduction dans l’Atlantique pour une espèce aussi menacée que le requin baleine suggère que davantage d’études soient menées autour de l’île, afin de confirmer cette hypothèse (les Galapagos pourraient être l’équivalent dans le Pacifique). Le regroupement d’un grand nombre de requins baleines autour de l’île, leur comportement de plongée profonde quand ils s’en éloignent, devrait conduire à davantage d’efforts de recherche et de protection dans cette zone.

 

Les données ont été utilisées pour soutenir la définition d’une zone marine protégée de classe VI de l’UICN pour l’ensemble de la zone économique exclusive de l’île, et un code de conduite des meilleures pratiques pour l’industrie touristique en plein essor autour du requin baleine a été mis en place avec l’aide de l’équipe de recherche. Sainte-Hélène est en première ligne pour ce qui est des questions de protection des requins baleines.

 

Référence & lien