une tortue verte avec un émetteur Argos
10.09.2021 Animaux marins

Analyse du comportement des tortues vertes d’Australie occidentale

L’Australie occidentale abrite une importante population de tortues vertes. L’utilisation d’une base de données de trajectoires permet aux scientifiques de modéliser leur comportement et d’aider à décider des règles de protection à appliquer.

 

Photo : une tortue verte avec un émetteur Argos retournant à la mer après la nidification (crédit Luciana Ferreira/AIMS)

 

La tortue verte (Chelonia mydas) est une espèce de tortue marine hautement migratrice. On la trouve tout autour de la Terre dans les tropiques. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) la classe parmi les espèces menacées d’extinction, tandis que l’espèce est considérée comme “vulnérable” en Australie, où se trouvent certaines des plus grandes colonies de la région indo-pacifique. Nombre d’entre elles se trouvent en Australie occidentale, où les activités d’exploitation des hydrocarbures et des ressources minérales se multiplient.

 

Compléter une base de données de suivi des tortues vertes pour modéliser leur comportement

L’impact potentiel de ces activités sur des espèces déjà menacées a donné lieu à plusieurs projets de suivis par satellite de tortues marines en Australie occidentale. En effet, soixante-seize tortues vertes ont été marquées dans cette région entre 2001 et 2018 pendant la saison de reproduction (octobre à avril). Les balises fournissaient soit des localisations Argos uniquement, soit à la fois Argos et GPS.  Sur la base de ces données existantes et de l’emplacement des principales colonies, les zones où de nouveaux déploiements devraient être entrepris ont été identifiées. Vingt tortues vertes supplémentaires ont ainsi été équipées et suivies.

Plus d’infos sur le suivi d’animaux avec Argos

Toutes les trajectoires satellites utilisées dans l'analyse par population/sous-population et par type de comportemen
Toutes les trajectoires satellites utilisées dans l’analyse (a) par population/sous-population et (b) par type de comportement. Les contours de profondeur 50, 200 et 1 000 m sont représentés en gris clair (tiré de [Ferreira et al., 2021]).

 

Au final, on obtient un total de 96 tortues vertes femelles adultes suivies à partir de dix colonies et de deux stocks génétiques pendant les périodes inter-nidification (individus se déplaçant en mer pendant la saison de nidification) et post-nidification. La compilation et l’analyse d’un tel ensemble de données de suivi ont permis de disposer d’un échantillon représentatif pour modéliser la distribution spatiale et le comportement de la population.

 

Distribution à 95 % à l'échelle de la population/sous- populations des tortues vertes
Distribution à 95 % à l’échelle de la population/sous- populations des tortues vertes entre les zones de nidifications, lors de la migration et de la recherche de nourriture dans le nord-ouest de l’Australie superposée aux zones de protection marine et aux zones critiques d’habitat définies pour la nidification. (tiré de [Ferreira et al., 2021]).
Distribution à 75% à l'échelle de la population/sous- populations des tortues vertes
Distribution à 75% à l’échelle de la population/sous- populations des tortues vertes entre les zones de nidifications, lors des migrations et pour la recherche de nourriture dans le nord-ouest de l’Australie superposée aux zones marines protégées et aux zones d’importance biologique (BIA) pour la recherche de nourriture officiellement reconnues par le gouvernement australien. (tiré de [Ferreira et al., 2021]).

 

Analyse de près d’une centaine de trajectoires

Le modèle a permis d’identifier deux principaux corridors migratoires (Pilbara et Kimberley). Contrairement aux autres populations du globe, les tortues vertes d’Australie occidentale ne migrent pas loin (environ 800 km), voire ne migrent pas du tout pour 14% d’entre elles. Lorsqu’elles migrent, elles restent principalement près des côtes, un comportement que l’on observe également chez les populations de la mer Méditerranée, de la Guinée équatoriale et du Costa Rica, peut-être lié à la recherche de nourriture. Quelques grandes distances (plus de 2.000 km) et des mouvements en pleine mer ont cependant été enregistrés.

Les zones de recherche de nourriture sont réparties sur une large zone et ne se chevauchent pratiquement pas. Mais cela pourrait être dû à l’étendue de la zone et à l’échantillon (relativement) réduit utilisé par rapport à l’ensemble de la population locale de tortues vertes. Le déploiement d’émetteurs non seulement dans les zones de nidification mais aussi dans les zones de recherche de nourriture pourrait aider à mieux qualifier ce comportement, et à élargir la population échantillonnée aux mâles et aux juvéniles.

Les résultats montrent que la réglementation actuelle d’une zone protégée sur un rayon de 20 km autour des colonies devrait être efficace pour protéger les tortues vertes nidifiant en Australie occidentale dans la plupart des cas. Mais les zones de protection actuelles autour des aires de recherche de nourriture sous-estiment toujours l’espace utilisée par les tortues.

Contacter les équipes Argos

 

Référence & liens