Les anguilles deviennent légèrement moins glissantes grâce à Argos et au Goniomètre

An eel in the sea with a pop-up tag. Credits G. Simon, Perpignan University

27.06.2018 Animaux marins Les anguilles deviennent légèrement moins glissantes grâce à Argos et au Goniomètre

L’anguille est encore aujourd’hui une espèce de poisson sauvage très mystérieuse. Pour mieux connaître le comportement de nage de cette espèce lorsqu’elle quitte les côtes européennes, des accéléromètres ont été combinés à des marques archive Argos. L’objectif est d’étudier de façon précise leurs mouvements et leurs variations de vitesse pendant leurs migrations verticales afin de mieux appréhender les dépenses énergétiques des anguilles quittant l’Europe pour se reproduire dans la mer des Sargasses.

La population d’anguille européenne (Anguilla anguilla) a chuté de façon spectaculaire dans les années 1980, sans qu’une raison majeure soit clairement identifiée. De nombreuses causes (détériorations des habitats, changement climatique, surpêche, contaminations chimiques et biologiques), à différents stades de la vie de ces poissons, sont envisagées. Les jeunes anguilles (civelles) arrivent en grand nombre sur les côtes européennes, y compris dans les lagunes méditerranéennes (par exemple la lagune de Salses-Leucate) depuis la mer des Sargasses, où elles sont nées. Elles restent dans ces zones côtières, ou remontent vers des habitats d’eau douce comme les cours d’eau pendant plusieurs années, jusqu’à ce qu’elles se métamorphosent en anguilles argentées. Elles changent alors de couleur, leur dos devient noiret leur ventre blanc. . Dans les habitats productifs tels que les lagunes, les mâles argentés (taille inférieure à 45 cm) ont en moyenne 3 ans, et les femelles argentées taille supérieure à 45 cm) ont 5 ans en moyenne (mais peuvent atteindre 50 ans dans des habitats moins productifs). En automne, entre novembre et janvier, ces futurs parents quittent la Méditerranée pour se reproduire dans la mer des Sargasses, où ils meurent ensuite.

Une équipe internationale composée de scientifiques du laboratoire CEFREM de l’Université de Perpignan en France (Elsa Amilhat, Gaël Simon et Elisabeth Faliex), du DTU au Danemark (Kim Aarestrup), du CEFAS au Royaume-Uni (David Righton) et du SLU en Suède (Hakan Westerberg) a marqué des anguilles argentées à l’automne 2017, pour mieux comprendre leur comportement de nage en mer. Ce projet a été financé par le Ministère français de l’Agriculture et de l’Alimentation et a été possible grâce aux balises fournies par le CEFAS et le DTU, la collaboration des scientifiques des quatre instituts de recherche cités ci-dessus et des pêcheurs professionnels de la Région Occitanie.

Parce qu’il est très difficile de suivre les anguilles une fois qu’elles migrent en mer, très peu de choses sont connues sur leur comportement pendant cette période spécifique de leur cycle de vie. Cependant, la compréhension de leur comportement sur le chemin du retour vers leur site de reproduction est une question cruciale car la génération future dépendra du succès de la migration et de la reproduction de ces futurs géniteurs. Quatre anguilles argentées quittant la lagune de Salses-Leucate, et capturées par des pêcheurs professionnels, ont été marquées avec des accéléromètres G6 hybrides du CEFAS, attachés à une marque archive Argos mrPAT de Wildlife Computer. Ce système a été spécialement conçu pour cette étude car pour le moment il n’existe pas d’accéléromètre équipé d’un système de pop-up et de géolocalisation. C’est pourquoi une marque capable de géolocaliser l’accéléromètre, ici le mrPAT, a dû être couplée à ce dernier afin de le récupérer en mer et d’accéder aux données qui y sont stockées. En effet, il n’est malheureusement pas possible de déterminer la trajectoire d’une anguille sous l’eau, car elle nage trop profondément pour permettre la géolocalisation à partir des mesures de lumière du jour. L’accéléromètre mesure l’accélération en trois dimensions ainsi que la température et la profondeur. La procédure consiste à laisser l’accéléromètre et la marque archive mesurer pendant six jours (assez longtemps pour que l’anguille atteigne les eaux profondes de plus de 200 m et commence ses migrations verticales), et de les programmer pour se détacher assez près des côtes pour pouvoir les récupérer avec leurs données stockées, et ce avant que la batterie du mrPAT ne se vide (après 2 jours). Pour récupérer les accéléromètres, les marques archives Argos émettent à la surface de l’eau. Ils sont ensuite localisés à l’aide d’un goniomètre, utilisé pour trianguler la position en tournant autour de la source d’émission. Un chalutier professionnel a été spécialement affrété pour l’occasion. Avec ce protocole, trois des quatre accéléromètres ont été localisés (le dernier étant hors de portée du navire)  et deux ont été récupérés (certains en moins de 20 minutes !). Les données sont en cours d’analyse au CEFAS.

 
 

An eel with the accelerometer and pop-up tag
Une anguille avec l’accéléromètre et la marque archive
The goniometer antenna on top of trawl
 L’antenne du goniomètre sur le dessus du chalut
the captain looking at the goniometer
Le capitaine regardant le goniomètre
 

the pop-up on surface, located using the goniometer, ready to be retrieved
La marque archive en surface, localisée à l’aide du goniomètre et prête à être récupérée ( Credits G. Simon, Perpignan University)

Utiliser des accéléromètres a permis d’apporter un nouvel éclairage sur le comportement de nage des anguilles : nagent-elles au même rythme toute la journée ? Y a-t-il une différence entre les montées et les descentes ?… Les données ne sont pas encore entièrement analysées. La quantité de données est très importante, avec 3 mesures d’accélération 25 fois par seconde pendant plusieurs jours. On retrouve le schéma de plongée typique de toutes les anguilles suivies par télémétrie.

A short segment of the diving behavior of an eel: a 20 minutes sample of a depth profile, with 10 seconds blowups of the accelerometer data during descent and ascent (grey boxes on depth profile). The x and y component of acceleration show the heave and sway of the eel and the z component is along the length axis of the eel, where the gravitational acceleration is added or subtracted depending on the attitude of the eel. A short segment of the diving behavior of an eel: a 20 minutes sample of a depth profile, with 10 seconds blowups of the accelerometer data during descent and ascent (grey boxes on depth profile). The x and y component of acceleration show the heave and sway of the eel and the z component is along the length axis of the eel, where the gravitational acceleration is added or subtracted depending on the attitude of the eel.

Un court extrait du comportement de plongée d’une anguille : échantillon de 20 minutes du comportement de nage, avec des zoom sur 10 secondes de données de l’accéléromètre pendant la descente et la montée (rectangles gris sur le profil de profondeur). Les composantes x et y de l’accélération montrent les battements et les ondulations latérales de l’anguille. La composante z est le long de l’axe longitudinal de l’anguille, où l’accélération gravitationnelle est ajoutée ou soustraite selon le mouvement de l’anguille. (Crédits CEFREM, Université de Perpignan)

 

 

Liens utiles:

CEFREM : Elsa Amilhat elsa.amilhat@univ-perp.fr/ Gael Simon gsimon@univ-perp.fr/Elisabeth Faliex faliex@univ-perp.fr

DTU : Kim Aarestrup kaa@aqua.dtu.dk

CEFAS: David Righton (Cefas) <david.righton@cefas.co.uk>

SLU : Håkan Westerberg <hakan.westerberg@slu.se>

Goniomètre

Photo : Une anguille dans la mer avec une marque archive. Crédits G. Simon, Université de Perpignan