un fou de Bassan adulte (au plumage blanc) et un juvénile (au plumage sombre)
21.09.2021 Animaux marins

Suivre de jeunes fous de Bassan du premier envol à la migration

Les fous de Bassan juvéniles prennent leur envol indépendamment de leurs parents. Ils doivent donc acquérir des compétences en matière de vol et de recherche de nourriture, et effectuer une migration automnale par leurs propres moyens. La mortalité des oiseaux de mer est élevée au cours de leur première année, mais le moment et la raison de cette mortalité ne sont pas bien compris. Suivre les fous de Bassan juvéniles en même temps que des adultes permet de mieux comprendre les risques encourus par cette espèce aux différents stades de sa vie.

Photo : un fou de Bassan adulte (plumes blanches) et un juvénile (plumes sombres) (crédit Maggie Sheddan)

 

Les fous de Bassan (Morus bassanus) sont de grands oiseaux de mer qui se reproduisent en colonies autour des côtes de l’Atlantique Nord, tant européennes qu’américaines. Les populations de cette espèce sont stables, voire en légère augmentation. Ils n’ont aucun prédateur naturel, et peuvent s’attaquer à un large éventail de proies en parcourant de longues distances pour trouver leur nourriture. Les oiseaux des populations reproductrices européennes migrent vers le sud en automne, allant jusqu’en Afrique de l’Ouest.

Les adultes laissent les juvéniles à la colonie. Ces jeunes doivent donc s’envoler, apprendre à voler et à se nourrir avant d’entreprendre le voyage de migration de façon totalement autonome de leurs parents. Leur premier vol s’effectue en se lançant depuis leur falaise natale, une technique plutôt drastique. Des études de baguage ont montré que les fous de Bassan juvéniles peuvent, comme les adultes, migrer vers l’Afrique de l’Ouest, mais on sait peu de choses sur leurs voyages.

  Photo d'un juvénile avec un émetteur Argos PTT, tout juste visible sous l'extrémité des plumes de sa queue (crédits Keith Hamer)
Photo d’un juvénile avec un émetteur Argos PTT, tout juste visible sous l’extrémité des plumes de sa queue (crédits Keith Hamer)

 

Suivi des juvéniles et des adultes

Quarante-deux fous de Bassan juvéniles de la plus grande colonie du monde, Bass Rock, en Écosse, ont été équipés d’émetteur Argos-GPS à énergie solaire en 2018 et 2019. Les mêmes années, soixante-deux adultes ont été équipés de géolocalisateurs à intensité lumineuse.

Les dates d’envol des fous de Bassan juvéniles ont été estimées à l’aide de la distance à la colonie et de leurs vitesses de déplacement. Le temps pris et la distance parcourue ont été estimés entre le nord de la mer du Nord et le détroit de Gibraltar. Ceci afin de comparer les vitesses de migration des juvéniles et des adultes, tout en tenant compte des différentes destinations de migration (certains oiseaux voyagent plus au sud que d’autres).

Plus d’infos sur le suivi d’animaux avec Argos

 

Des routes plus côtières et plus directes, mais une mortalité élevée

Les juvéniles ont commencé leur migration lentement, passant jusqu’à 9 jours à dériver sur l’océan avant de s’envoler depuis la surface de l’eau pour la première fois. Une période similaire d’absence de vol a également été observée chez des albatros juvéniles, au cours de laquelle ils perdent du poids, ce qui leur permet de s’envoler plus facilement.

Les fous de Bassan juvéniles et adultes ont voyagé jusqu’au grand écosystème marin du courant des Canaries, au large de la côte atlantique de l’Afrique occidentale. Pendant leurs voyages vers le sud, les juvéniles sont restés plus près des côtes que les adultes. En revanche, ils ont parcouru autant de kilomètres par jour. Les oiseaux de chaque groupe d’âge ont fait le tour des îles britanniques aussi bien dans le sens des aiguilles d’une montre que dans le sens inverse. Les routes plus directes empruntées par les juvéniles leur ont permis d’atteindre le détroit de Gibraltar plus rapidement que les adultes.

Près d’un tiers des juvéniles sont morts pendant la période de suivi, la plupart peu de temps après l’envol (les données de la balise indiquant que l’oiseau n’avait pas pris son envol ou n’avait pas volé une fois parti du nid, qu’il y avait plusieurs jours d’inactivité ou un corps ayant été trouvé), tous au cours des deux premiers mois. Ces oiseaux se sont montrés plus incertains de la direction qu’ils prenaient pour migrer, effectuant des changements brusques.

 

Localisation GPS de 41 fous juvéniles suivis et localisation par géolocalisation de 35 adultes suivis entre septembre et novembre 2018 et 2019
(a) Localisation GPS de 41 fous juvéniles suivis depuis Bass Rock (triangle noir) entre septembre et novembre 2018 et 2019 ; (b) Localisation par géolocalisation de 35 adultes suivis depuis Bass Rock entre septembre et janvier 2018-19 et 2019-20. Notez que cette technique est moins précise avec une plus grande variance des localisations (mais la distance moyenne ne devrait pas être biaisée). Les oiseaux individuels sont identifiés par leur couleur. La zone ombrée montre le grand écosystème marin du courant des Canaries (d’après [Lane et al, 2021]).

 

Un voyage potentiellement risqué

Les routes migratoires empruntées par les fous de Bassan de Bass Rock présentent un certain nombre de menaces et d’obstacles potentiels. Au début du voyage, les oiseaux doivent négocier une densité élevée et croissante de parcs éoliens offshore en mer du Nord. À la fin de leur migration, le grand écosystème marin du courant des Canaries est une zone d’activité de pêche non réglementée, non déclarée et illégale. Cette pêche pourrait menacer les oiseaux par l’appauvrissement de leurs proies mais aussi par le risque de prises accessoires, auxquelles les oiseaux marins juvéniles sont plus vulnérables (voir également Suivre de jeunes albatros à tête grise ou Argos aide à évaluer les risques de prises accidentelles d’oiseaux de mer par les pêcheries). La protection de la faune sauvage dans cette région devrait être une priorité.

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