jeune barge à queue noire
18.02.2022 Oiseaux

Suivis de jeunes barges à queue noire

Le suivi d’un oiseau de rivage européen appelé barge à queue noire (Limosa l. limosa) a précédemment révélé que différentes populations de cet oiseau ont des comportements migratoires différents (voir Les migrations des barges à queue noire diffèrent selon leur origine). Ces résultats laissaient également entendre que l’inexpérience ou le manque d’expérience partagée pouvait être à l’origine de cette variation de comportement.

Photo: une jeune barge à queue noire (crédit M. A. Verhoeven)

 

Chez les barges à queue noire qui se reproduisent aux Pays-Bas, les individus adultes sont cohérents en ce qui concerne le moment et la destination de leur migration. Mais ces comportements varient considérablement d’un adulte à l’autre, ce qui soulève des questions sur l’origine de ces différences. Les adultes prennent-ils leurs habitudes migratoires lorsqu’ils sont juvéniles ? Pourquoi, et comment ? Deux mécanismes sont suspectés : les barges à queue noire héritent du comportement des parents (génétique ou épigénétique), ou elles s’adaptent à l’environnement qu’elles rencontrent pendant leur jeunesse (plasticité).

Dans le prolongement de leurs travaux antérieurs, une équipe de chercheurs de l’université de Groninguen a récemment publié une étude qui approfondit ces questions. Les chercheurs ont suivi simultanément des barges à queue noire continentales juvéniles et adultes des Pays-Bas lors de leurs migrations vers le sud et retour vers le nord. En 2016 et 2017, l’équipe a déployé 40 émetteurs Argos de 5 g à énergie solaire sur des juvéniles, soit un total de 80 émetteurs. Le taux de mortalité des juvéniles est élevé avant leur première migration vers le sud, mais ces 80 émetteurs ont permis d’obtenir les traces migratoires de 28 juvéniles. Les chercheurs ont également placé des émetteurs sur des barges à queue noire adultes, déployant 32 émetteurs Argos de 9,5 g à énergie solaire en 2015 et 2016, et 4 de 5 g en 2017.

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Les données de suivi ainsi obtenues devaient permettre d’étudier les deux mécanismes proposés. Si la migration des oiseaux est façonnée par le contexte environnemental, on s’attendrait à ce que les barges d’âges différents présentent un comportement migratoire différent. Si le comportement migratoire des barges est hérité, on s’attend à ce que les jeunes et les adultes provenant des mêmes zones de reproduction aient des comportements similaires.

L’étude a examiné si les différences dans les itinéraires de migration, le moment et les taux de mortalité des juvéniles étaient liés à leur date d’éclosion ou à leur année d’éclosion. Elle a également comparé les itinéraires, le moment de la migration et les taux de mortalité des juvéniles et des adultes provenant des mêmes zones de reproduction au cours des mêmes années, afin d’évaluer si les différences individuelles entre les barges à queue noire peuvent également avoir une base héréditaire.

 

Trajectoires migratoires de tous les adultes et des juvéniles
Trajectoires migratoires de tous les adultes de 2015 à 2019 (trait caramel), des juvéniles éclos en 2016 (rouge) et des juvéniles éclos en 2017 (bleu clair) (Crédit Université de Groningen, d’après [Verhoeven et al., 2021]).

 

Cependant, aucun des comportements migratoires – itinéraire, destination, durée, mortalité – ne s’est avéré corrélé à la date d’éclosion. Les migrations des juvéniles présentaient d’autres caractéristiques qui n’étaient pas liées à la date ou à l’année d’éclosion : départ tardif, nombreux vols sans escale vers l’Afrique de l’Ouest et taux de mortalité plus élevé que celui des adultes. Certains juvéniles ont également essayé de nouveaux itinéraires ou lieux d’escale, sans conséquences négatives apparentes.

Les différences individuelles observées chez les barges adultes ne semblent donc pas être présentes à l’éclosion ou lors de la première migration. De plus, les migrations des adultes et des juvéniles provenant des mêmes zones de reproduction n’ont pas montré de similitudes. Les données ne soutiennent donc pas l’hypothèse de l’hérédité, bien que des suivis supplémentaires axés sur des paires de juvéniles et de parents, ou sur des groupes de frères et sœurs, seraient nécessaires pour exclure complètement cette possibilité.

Sur la base de cette récente collecte de données de suivi, il est plus probable que les jeunes barges à queue noire modifient leur comportement migratoire plus tard dans leur vie – à l’âge d’un an ou plus – en réponse aux conditions environnementales.

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Référence

Verhoeven, M. A., Loonstra, A. H. J., McBride, A. D., Kaspersma, W., Hooijmeijer, J. C. E. W., Both, C., Senner, N. R., & Piersma, T. (2021). Age-dependent timing and routes demonstrate developmental plasticity in a long-distance migratory bird. Journal of Animal Ecology, 00,1–14. https://doi.org/10.1111/1365-2656.13641