Phoque avec balise Argos
04.06.2020 Animaux marins

Suivi ARGOS de phoques : Grand migrateur confirmé !

Capable d’apprendre la mélodie du thème de Star Wars, les études scientifiques basées sur le suivi télémétrique ARGOS ont permis de confirmer que le phoque gris était un grand migrateur ! Longtemps chassé pour sa fourrure, il n’a pas fini de nous étonner ! Nous avons rencontré Cécile Vincent, enseignante-chercheuse à La Rochelle Université au laboratoire d’Etudes Biologiques de Chizé qui nous dit tout ou presque sur cette espèce attachante et sur les découvertes qu’elle a pu faire depuis l’espace, grâce notamment au système satellitaire ARGOS dont les données lui sont transmises par CLS.

 

Star WarsDes phoques capables de chanter le thème de Star Wars

Tout comme certains oiseaux, les phoques comptent parmi les animaux reconnus pour leurs capacités vocales !

Le phoque gris, une espèce que l’on trouve notamment sur les côtes françaises seraient même capables de reproduire des sons humains voire des mélodies. Des chercheurs de l’Université de St Andrews, en Écosse, ont même réussi au cours d’une étude scientifique à leur apprendre la mélodie du célèbre film Star Wars et quelques séquences de la berceuse Twinkle, twinkle little star.

 

L’intérêt d’un tel apprentissage ?

Comprendre comment les aptitudes vocales sont influencées par la génétique et l’apprentissage, et comment finalement cette information peut nous aider à développer de nouvelles méthodes pour étudier les troubles du langage ?

Nous avons donc énormément à apprendre de cette espèce et un grand intérêt à la suivre, l’étudier, mieux la comprendre pour mieux la protéger et en assurer sa conservation.

 

Phoque en merDes experts français sur le pont

Cécile Vincent, chercheuse française au Centre d’Etudes Biologiques de Chizé (Unité Mixte de recherche CNRS / La Rochelle Université), compte parmi les plus grandes expertes françaises, spécialiste des phoques. Cette passionnée étudie cette espèce attachante depuis plus de 20 ans. Ses théâtres d’opération : St Pierre et Miquelon et les côtes françaises métropolitaines. Sa particularité ? Outre deux décennies d’observation et d’études, Cécile Vincent mène des recherches sur les phoques et veaux marins depuis l’espace ! Elle a posé plus de 20 balises satellite ARGOS sur ces mammifères marins ces dernières années. Elle a accepté de répondre à nos questions et nous éclaire sur l’état des populations de phoques et de veaux marins.

 

FusilPhoque : une renaissance de la population après avoir été longtemps chassés pour sa fourrure

Le phoque gris et le veau marin sont deux espèces qui sont aujourd’hui classées sur l’échelle de l’IUCN comme espèce protégée à « préoccupation mineure » même si les veaux marins sont plus fragiles. Une bonne nouvelle, résultats de mesures conservatoires efficaces. Aujourd’hui, les deux espèces sont même en croissance. Mais ça n’a pas toujours été le cas. Longtemps, la popularité de la fourrure de phoque dans l’industrie de la mode européenne entraîna une chasse aux phoques intensive et l’effondrement des populations.

Grâce à une opposition à la chasse organisée, les lois ont évolué et la chasse réglementée pour la pérennité des espèces. Mais il faut tout de même noter que les populations n’ont toujours pas retrouvé leur niveau du XIXème siècle.

 

éolienne et trafic maritimeQuelles menaces pèsent aujourd’hui sur cette espèce ?

Les principales pressions que doivent subir les phoques et veaux marins sont toutes liées à l’activité humaine : interaction avec les pêcheries, mais aussi dérangement sur les reposoirs à sec, pollution des eaux, perturbation sonore du milieu marin engendré par le trafic maritime et l’activité offshore (plateformes pétrolières, champs éoliens), etc.

 

Des phoques sous surveillance

Afin de mieux comprendre ces espèces et mieux les protéger, la communauté scientifique s’organise et des programmes de surveillance des mammifères marins sont mis en place au travers de campagnes de suivi télémétriques dans les principales colonies de phoques gris (Halichoerus grypus) et veaux-marins (Phoca vitulina).

 

Pourquoi ces études télémétriques ARGOS ?

Les objectifs de ces suivis ARGOS : connaître les déplacements des animaux, l’interconnectivité entre colonies notamment sur leurs zones d’alimentation, obtenir des prélèvements pour étudier leur niche écologique et leur éventuelle contamination par des polluants.

 

Comment équipe-t-on un phoque d’une balise ARGOS ?

La pose d’une balise ARGOS n’est pas une mince affaire. Elle se déroule en plusieurs étapes, toutes complexes et déterminantes pour un suivi efficace.

  • ETAPE 1 : guetter le moment propice à la capture : lorsqu’il quitte la plage avant d’aller à l’eau.
  • ETAPE 2 : capturer l’animal à l’aide d’un filet adapté. Ces filets droits sont confectionnés avec une matière respectueuse de l’animal, conçus spécialement pour ne pas couper l’animal. On peut également utiliser un filet dit « à papillon », sorte de grande chaussette capable d’accueillir le phoque dans son entièreté.
  • ETAPE 3 : anesthésier l’animal. Une étape stratégique pour limiter le stress de l’animal et poser correctement, sans heurt, la balise mais aussi pour effectuer tous les prélèvements et mesures nécessaires sans risque de morsure pour les chercheurs.
  • ETAPE 4 : coller la balise au niveau du cou pour ne pas gêner l’animal ni dans ses périodes de repos ni dans ses périodes de chasse.

 

Phoque équipé d'une balise ARGOS

 

Une balise ARGOS : un concentrée de technologie

Cécile VincentCes balises ARGOS sont un véritable concentré de technologies et sont souvent le seul moyen d’étudier ces espèces une fois qu’elles ont quitté la plage.

Elle ne dépasse jamais 3% du poids de l’animal, pour le suivi des phoques, elles pèsent environ 380g, leur batterie peuvent durer un an, mais le suivi dure généralement 8 mois. En effet à la mue de l’animal la balise tombera avec le nouveau poil. Elles embarquent à leur bord de nombreux capteurs : capteur de plongée, de température, d’humidité, accéléromètre, puce GPS, émetteur ARGOS. Tout au long de la vie de la balise, elle enregistre tous ces paramètres et les transmet à la constellation satellitaire ARGOS puis CLS transmet ces informations aux scientifiques qui peuvent débuter leurs travaux d’études et d’analyses des comportements.

 

Phoque avec balise Argos

 

Qu’a-t-on découvert grâce au suivi télémétrique ARGOS ?

La principale découverte est que l’on pensait que les phoques veaux-marins étaient sédentaires, et bien c’était faux ! Ils peuvent parcourir entre 100 et 200 km ce qui en fait de grands voyageurs et en termes de dynamique de population des spécimens pour lesquels il faut adapter les mesures de conservation en fonction de leur territoire complet d’occupation. Mais de nombreuses questions restent en suspens : comment s’orientent-ils ? Leur trajectoire migratoire se transmettent elles génétiquement ? Font-elles l’objet d’apprentissage au sein des colonies ? Pourquoi évoluent-ils dans les régions observées sur les tracés ARGOS ? Autant d’interrogations qui nécessiteront encore de nombreuses années d’études ce qui passionne Cécile Convert, chercheuse à La Rochelle Université qui nous a beaucoup appris au cours de cet entretien.

 

Phoque