Arctic Fox
19.07.2019 Mammifères terrestres

Une renarde arctique suivie par Argos, de Svalbard au Canada

Les renards arctiques vivent dans l’ensemble des régions entourant l’océan Arctique. Le suivi par télémétrie satellite Argos démontre que certains de ces renards changent de continent en utilisant la glace de mer, parcourant ainsi des milliers de kilomètres en quelques mois, de Svalbard au Canada.

‘Recordfox’ de distance

Depuis 2012, l’Institut polaire norvégien équipe des renards arctiques (Vulpes lagopus) d’émetteurs Argos, qui ont l’avantage d’être très légers, sur l’archipel de Svalbard. Certains de ces renards arctiques sont du type « côtier » à fourrure bleue (sombre), qui se nourrissent de ressources marines, ainsi que de carcasses de rennes et de phoques (au Canada et en Sibérie, le type « lemming », plus clair, se nourrit principalement de lemmings).
Parmi plus de 50 renards arctiques suivis, une jeune femelle « bleue » a fait un voyage record de plus de 3500 km en moins de 80 jours, traversant la glace pour un voyage intercontinental au Canada. L’équipe scientifique qui suivait les renards s’est même demandé si l’émetteur avait été embarqué sur un bateau ou tout autre moyen de transport, comme dans Le Tour du Monde en quatre-vingts jours, mais il semble qu’elle soit allée jusqu’au bout de son périple sur ses quatre pattes.

Argos suit la renarde tout du long

La télémétrie satellite Argos a permis non seulement de localiser le départ au Spitzberg  (archipel de Svalbard, Norvège) le 26 mars 2018 et l’arrivée sur l’île d’Ellesmere (Nunavut, Canada) 76 jours plus tard, le 1er juillet 2018. Elle a aussi fourni la distance totale et les différentes vitesses de la jeune renarde pendant ce voyage. Sa vitesse moyenne a été de 46,3 km/jour, avec des pointes à 155 km/jour, la plus rapide jamais enregistrée pour cette espèce.
L’analyse des différentes sous-parties du trajet montre que la renarde est allée plus vite sur la calotte glaciaire du Groenland, où elle n’a probablement trouvé que peu de nourriture. Elle a aussi été plus vite sur la glace de mer avec une vitesse de 65,4 km/jour, en moyenne (contre 31,4 km/jour sur la terre ferme), ce qui donne à penser qu’elle voyageait plutôt qu’elle ne cherchait de la nourriture. Mais, à deux reprises, elle a ralenti à moins de 10 km/jour. Ces escales peuvent avoir différentes raisons, parmi lesquelles se nourrir : dans ces zones, des chenaux se forment dans la glace de mer, qui peuvent agir comme des points chauds de la biodiversité. Ces chenaux pourraient aussi avoir constitué des barrières pour la renarde, avec leurs eaux non gelées sur plusieurs centaines de mètres de large. Elle aurait dû attendre qu’ils gèlent ou se referment pour traverser.

 

The travel of the young female Arctic fox between 1 March 2018 and ending when she settled on Ellesmere Island, after 4415 km. Color codes her speed, with the two two-day stopovers showed. She went as far north as 84.7°N (Credits A. Tarroux, Norwegian Institute for Nature Research)
Le voyage de la jeune renarde arctique entre le 1er mars 2018 et son installation sur l’île d’Ellesmere, après 4415 km. la couleur indique sa vitesse ; les deux escales de deux jours sont également indiquées. A noter qu’elle est montée jusqu’à 84,7°N (Crédits A. Tarroux, Norwegian Institute for Nature Research)

 

Voyages intercontinentaux sur glace de mer

Si un seul renard sur plus de cinquante équipé a fait un tel voyage, on a des preuves d’échanges génétiques entre les populations, y compris celles séparées par la mer ou l’océan mais reliées par de la glace de mer en hiver. Il y a donc aujourd’hui très peu de populations vraiment isolées de renards arctiques. Ces longs voyages sont plus fréquents chez les renards arctiques de la variété ‘lemmings’, car leur nourriture est plus saisonnière. Mais même la variété ‘côtière’, dont la nourriture est relativement plus stable, parcourt parfois de longues distances, peut-être à cause de pénuries alimentaires hivernales qui se prolongent sur plusieurs semaines. Cependant, comme la glace de mer diminue dans l’Arctique, il se peut que de telles randonnées intercontinentales ne soient plus possibles à l’avenir.

Déplacements jour par jour de la jeune renarde arctique, du 1er mars au 1er juillet 2018, basés sur les données satellitaires Argos et superposés à la concentration de glace de mer (Crédits A. Tarroux, Norwegian Institute for Nature Research)

 

Photo: La jeune renarde arctique avec son collier émetteur Argos (Crédits Elise Strømseng, Norwegian Polar Institute)

 

Références & liens

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