fiordland crested penguin
11.06.2019 Suivi des animaux

Les manchots marathoniens de Nouvelle Zélande

La Nouvelle-Zélande abrite plus d’espèces de manchots que tout autre pays au monde. Le manchot Tawaki, également connu sous le nom de Gorfou du Fiordland (Eudyptes pachyrhynchus), est l’une des espèces qui se reproduit sur le territoire néo-zélandais. Avec une population d’à peine 5 500 à 7 000 oiseaux adultes, les Tawaki sont très rares. Cette espèce est classée «Vulnérable » dans la liste rouge de l’UICN. Le Dr. Klemens Pütz de l’ Antarctic Research Trust et le Dr. Thomas Mattern, de l’Université d Otago, se sont associés pour équiper des manchots Tawaki adultes de balises Argos afin de comprendre les raisons de ce déclin, et intrigués par les très longues distances qu’ils parcourent. Les balises ont été posées entre la fin de la saison de reproduction et la mue annuelle, pour suivre leurs déplacements en mer. L’article “Marathon penguins – Reasons and consequences of long-range dispersal in Fiordland penguins / Tawaki during the pre-moult period” (Plos One) , dont des extraits sont publiés ci-dessous, montre les conditions environnementales des destinations choisies par les Tawaki et explore les implications bio-géographiques des longs voyages entrepris par ces gorfous.

En savoir plus sur les longs voyages des Tawakis

Les espèces migratoires parcourant de longues distances sont amenées à être en contact avec des conditions variées pouvant les menacer – ou avoir une influence sur la dynamique de leur population. C’est vrai en particulier lorsque ces dernières entreprennent un voyage à une période cruciale du cycle de vie annuelle. Les gorfous, par exemple, se dispersent en général sur des centaines de kilomètres à la fin de leur saison de reproduction, une saison particulièrement énergivore, et juste avant la mue annuelle, un changement également très coûteux.  Pour bien connaître les facteurs pouvant influer sur la survie des individus, il est très important de comprendre le comportement des gorfous et les dispersions qu’ils entreprennent avant la mue annuelle.

Argos révèle les trajets des tawakis

Le Dr Thomas Mattern et son équipe ont suivi la dispersion de 17 Tawakis adulte par télémétrie satellite Argos au départ d’une des colonies les plus au nord de la zone de reproduction en Nouvelle Zélande. Pendant 8 à 10 semaines, les gorfous se sont éloignés jusqu’à 2.500 km de leur aire de reproduction, pour un trajet total pouvant atteindre 6.800 km.

Durant le voyage “aller”, les gorfous se sont tous dirigés vers le sud-ouest, suivant un couloir bien précis avant de bifurquer de la “route” centrale vers l’une des deux destinations « finales ». Les oiseaux partant à la fin-novembre se sont approchés en général du front sub-Tropical, à 800 km au sud de la Tasmanie, pendant que les manchots partants au mois de décembre se sont dirigés vers le front sub-Antarctique.

L’impact des conditions océanographiques

En s’appuyant sur une analyse K-select, l’équipe a examiné l’impact des conditions océanographiques sur la dispersion des manchots. Pour les manchots au front sub-Antarctique, la profondeur de l’eau, la vitesse des courants de surface, et les anomalies de hauteur de mer semblaient influencer les dispersions. En revanche, au niveau du front sub-Antarctique, la température de surface et la concentration en chlorophylle semblaient jouer un rôle clé dans le comportement des oiseaux.

Pour plus d’information sur l’interaction – ou absence d’interaction – entre les manchots et les activités anthropogènes et l’impact du voyage pré-mue sur la distribution des aires de reproduction des manchots sur le territoire néo-zélandais, lisez l’article complet dans le journal Plos One “Marathon penguins – Reasons and consequences of long-range dispersal in Fiordland penguins / Tawaki during the pre-moult period.

Quelques faits marquants sur les voyages des Tawaki

La distance parcourue par les manchots Tawaki augmente tous les jours pendant le voyage. Durant le premier tiers du voyage, les manchots parcourent 20 km par jour, une distance qui augmente tous les jours pour atteindre les 50 km en moyenne par jour pendant cette partie du trajet. Pendant le deuxième tiers du voyage, les distances parcourues par jour oscillent entre 40 km et 60 km en moyenne. Vers la fin du voyage, les manchots parcourent jusqu’à 80 km voire plus par jour.

kernel densities mattern et al
https://doi.org/10.1371/journal.pone.0198688.g002

Légende: Densité des positions des tawaki pendant la partie aller du trajet pré-mue (A) et la partie retour (B). Plus de détails sur les méthodes utilisées dans l’article

Le voyage le plus long traité dans cette étude est un voyage de 67 jours aller-retour vers le front sub-Antarctique entrepris par une femelle Tawaki . Elle a nagé 83 km/jour en moyenne pour faire une distance totale de 6.801 km. Une distance incroyable pour un animal qui pesait seulement 2,95 kg à son départ.

Remerciements

Ces importants travaux ont été financés en partie par l’Antarctic Research Trust, qui a permis d’obtenir des balises Argos et les données de suivi.  Les organisations suivantes ont également participé au financement de cette étude : Le Global Penguin Society,  Ornithological Society New Zealand (Birds NZ Research grant), et le JS Watson Trust et Forest & Bird Southland. Les données sont disponibles à travers Movebank, une base de données de suivi des animaux.  (movebank.org, Movebank Study ID: 302410815).

Dr. Klemens Pütz

Depuis 1998 Dr. Pütz a déployé près de 300 balises Argos sur des manchots royaux, des gorfous sauteurs, des gorfous huppés, des manchots papous, des manchots de Magellan, des manchots Humboldt et des manchots antipodes. Il a souvent travaillé seul (dans les Malouines) mais aussi  en collaboration avec le Dr. Andrea Ray Rey (CADIC-CONICET Ushuaia Argentina), le Prof. Alejandro Simeone (Andres Bello University Santiago Chile) et le Dr. Thomas Mattern (Tawaki-Project, Dunedin New Zealand).

De plus, il a travaillé avec le Dr Richard Philips (BAS) sur des suivis d’albatros juvéniles et avec le Dr. Julieta Pedrana (INTA Balcarce Argentina) sur des suivis de mouettes en Amérique du Sud (programme 5526).

Citation: Mattern T, Pütz K, Garcia-Borboroglu P, Ellenberg U, Houston DM, Long R, et al. (2018) Marathon penguins – Reasons and consequences of long-range dispersal in Fiordland penguins / Tawaki during the pre-moult period. PLoS ONE 13(8): e0198688. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0198688

Photo des gorfous de Wikimedia, travelwayoflife.