un engoulevent
12.04.2021 Oiseaux

Les populations d’engoulevent d’Amérique se mélangent pendant leurs migrations

L’engoulevent d’Amérique est un oiseau migrateur qui réalise de longues migrations entre l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud tropicale. Pour leur protection et leur compréhension, les biologistes étudient si leurs différentes populations restent séparées, ou si elles se mélangent à certains endroits ou moments de leurs parcours.

Photo: un engoulevent sur une branche d’arbre, de jour (crédits Jukka Jantunen)

 

L’engoulevent d’Amérique (Chordeiles minor) est répandu sur le continent américain, du Canada à l’Amérique du Sud. C’est un oiseau insectivore, en déclin, qui migre sur de longues distances

Comme pour la plupart des animaux migrateurs, l’une des questions est de déterminer si les populations font toujours des allers-retours chacun sur leur site, ou si elles se mélangent à un endroit ou un moment de leur migration (voir également, par exemple La migration des sternes hansel sur les mêmes routes et sites d’hivernage d’une année sur l’autre ou Les migrations des antilopes d’Amérique au travers des barrières créées par l’homme). La connectivité migratoire en est une mesure. Une connectivité élevée signifie que les différentes populations sont dissociées et peuvent évoluer différemment. Une faible connectivité signifie qu’elles se mélangent davantage et peuvent être influencées par les mêmes facteurs. Cette connaissance de la connectivité migratoire est importante pour comprendre ce qui influence la trajectoire et l’évolution de la population d’une espèce donnée.

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Suivi de l’engoulevent d’Amérique au cours de ses migrations

Un engoulevent avec un émetteur Argos
Un engoulevent avec un émetteur Argos (crédits Stuart MacKenzie)

Quatre-vingt-quatorze oiseaux capturés, mâles et femelles, pesant plus de 70 g et ne présentant aucune blessure, ont été marqués avec des balises GPS-Argos de 3,5 g. Les données de cinquante-deux individus ont été analysées. Les données de cinquante-deux individus ont été analysées pour déterminer la connectivité migratoire. Elles couvraient douze populations reproductrices différentes, englobant au moins une migration complète avec une escale autour du Mississippi,

Les lieux de capture en Amérique du Nord (et 100 km autour) ont été définis comme des zones de reproduction. Les sites d’hivernage ont été définis comme les points les plus éloignés de la reproduction, principalement à l’est dans les biomes de l’Amazonie et du Cerrado au Brésil.

 

Des itinéraires de migration similaires

Itinéraires de migration des douze populations nicheuses d'engoulevent d'Amérique suivies pendant la migration d'automne et de printemps.
Itinéraires de migration des douze populations nicheuses d’engoulevent d’Amérique (code couleur) suivies pendant la migration d’automne et de printemps. Les routes sont très similaires. (d’après [Knight et al., 2021])

 

Des analyses statistiques ont été menées dans l’espace et dans le temps pour déterminer les corrélations entre les emplacements des oiseaux. D’après ces analyses, les différences mâles/femelles semblent globalement négligeables concernant la connectivité migratoire. Les résultats montrent que quelle que soit la population reproductrice et les lieux d’hivernage, la route migratoire globale est la même. Tous les engoulevents suivis ont survolé le golfe du Mexique (sans jamais traverser le Mexique par voie terrestre) et le bassin amazonien pour la migration d’automne. Ils sont revenus à peu près par le même chemin pour la migration de printemps. En automne, les individus ont migré en suivant la voie Centre/Mississippi et le long des Andes colombiennes. Au retour, ils partent de la côte nord de la Colombie pour traverser le Golfe. Après l’avoir franchi, ils se dispersent vers leurs zones de reproduction.

 

Une connectivité migratoire généralement faible

Sites de reproduction et sites d'hivernage des populations suivies
Sites de reproduction et sites d’hivernage des populations suivies (code couleur). Encart : 7 oiseaux relocalisés pendant leur hivernage. Il n’y a pas ou peu de regroupement par sites de reproduction sur les sites d’hivernage, ce qui montre qu’ils se mélangent (faible connectivité) (d’après [Knight et al., 2021]).

Les sites d’hivernage ne semblent pas spécifiques à une population. Les oiseaux se dispersent dans toute la zone sans corrélation claire avec leurs sites de reproduction d’origine (faible connectivité). La zone de Colombie où ils traversent les Andes, en particulier la vallée du fleuve Magdalena, représente un goulot d’étranglement migratoire. À cet endroit, la population d’engoulevents pourrait être affectée négativement au niveau de l’espèce. Dans l’ensemble, les engoulevents montrent une faible connectivité migratoire en Amérique du Sud.

Il y a quelques moments et lieux où la séparation entre les différentes populations est plus grande. Tout d’abord lorsqu’elles entrent dans la région nord de l’Amazonie lors de la migration d’automne, ce qui pourrait créer des pressions spécifiques à une population donnée par le biais de menaces telles que la perte d’habitat et l’utilisation de pesticides. Ensuite, en Amérique du Sud, avant de retraverser le golfe du Mexique lors de la migration de printemps, lorsque les vents peuvent modifier les chances des oiseaux d’atteindre l’autre rive. Et, enfin, en Amérique du Nord, à la fois au départ et au retour des zones de reproduction.

 

Aide à l’orientation des actions de protection

Les migrations de l’engoulevent d’Amérique ne semblent donc pas être spécifiques à une population pendant la majeure partie du cycle annuel en dehors des zones de reproduction. Quelques endroits ou moments clés ont cependant été mis en évidence par l’étude. L’utilisation d’un cycle annuel complet (reproduction, migration d’automne, hivernage, migration de printemps) est importante dans de telles analyses, afin d‘identifier les lieux et les moments qui peuvent imposer des limites à des populations.

Une telle approche pourrait être appliquée à d’autres espèces qui migrent sur de longues distances. Elle peut aider à orienter les actions de protection, puisque l’analyse donne des causes potentielles des tendances différentes entre des populations d’une même espèce.

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Référence

Knight, E.C., Harrison, A.‐L., Scarpignato, A.L., Van Wilgenburg, S.L., Bayne, E.M., Ng, J.W., Angell, E., Bowman, R., Brigham, R.M., Drolet, B., Easton, W.E., Forrester, T.R., Foster, J.T., Haché, S., Hannah, K.C., Hick, K.G., Ibarzabal, J., Imlay, T.L., Mackenzie, S.A., Marsh, A., McGuire, L.P., Newberry, G.N., Newstead, D., Sidler, A., Sinclair, P.H., Stephens, J.L., Swanson, D.L., Tremblay, J.A. and Marra, P.P. (2021), Comprehensive estimation of spatial and temporal migratory connectivity across the annual cycle to direct conservation efforts. Ecography. https://doi.org/10.1111/ecog.05111