barge hudsonienne équipée d'un émetteur Argos
12.09.2022 Oiseaux

Les barges hudsoniennes traversent les océans

Les barges hudsoniennes sont des oiseaux migrateurs qui effectuent un vol-marathon transocéanique de l’Amérique du Sud à l’Amérique du Nord arctique ou subarctique. Leurs trajectoires de vol suivies à l’aide d’Argos, en relation avec les vents variables, peuvent aider à comprendre comment ils parcourent de si longues distances.

Photo : une barge hudsonienne équipée d’un émetteur Argos (crédit : Natalia Martínez Curci)

 

migration complète des barges hudsoniennes suivies
La migration complète des barges hudsoniennes suivies. L’étude examine la partie comprise entre le départ au Chili et l’arrivée sur les côtes du golfe du Mexique (d’après [Linscott et al., 2022]).

Les barges hudsoniennes (Limosa haemastica) sont de grands oiseaux de rivage de la famille des scolopacidés (voir, de la même famille, Suivis de jeunes barges à queue noireLes migrations des barges à queue noire diffèrent selon leur origine). Elles se reproduisent dans l’extrême nord-ouest arctique et subarctique de l’Alaska et du Canada et migrent vers l’Amérique du Sud sur les côtes du Chili et de l’Argentine. Comme pour tous les animaux migrateurs, la gestion efficace des coûts énergétiques est souvent la clé de la réussite de leur migration. En tant qu’oiseaux, le vent est l’un des principaux facteurs environnementaux dans leur dépense d’énergie, et différentes stratégies ont été notées pour affronter les vents défavorables sans trop se fatiguer.

La première partie de la migration des barges hudsoniennes vers l’Amérique du Nord se déroule en eaux libres – océan Pacifique et golfe du Mexique. Elle se fait sans escale, et dure en moyenne près de 6 jours avec plus de 8300 km parcourus, et peu d’occasions de s’arrêter. Les vents qu’elles rencontreront ne peuvent être prédits depuis leur point de départ, car elles traversent différents régimes de vent (direction et/ou force) en cours de route. Comment gèrent-elles leurs déplacements à longue distance dans ces conditions ?

 

Suivi des barges hudsoniennes et comparaison de leurs déplacements avec les vents

54 barges hudsoniennes ont été équipées d’un émetteur Argos (25 Argos seulement, 29 avec GPS) à Chiloé (Chili). Un certain nombre d’entre elles sont restées sur place et n’ont pas migré. Parmi ceux qui ont migré, 24 trajets complets de migration vers le nord et 5 partiels, de Chiloé à la côte nord du golfe du Mexique, ont été enregistrées. Deux individus ont été suivis pendant trois années.

Plus d’infos sur le suivi d’animaux avec Argos

 

Les vents à différentes altitudes ont été extraits du jeu de données de réanalyse climatique ERA5 du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF). Les balises n’ont cependant pas enregistré d’informations sur l’altitude. L’appui du vent, une quantité dépendant de la direction du déplacement et du vecteur vent, a été considéré comme le meilleur prédicteur de l’altitude pendant les vols continus. 

la direction du vent et la direction des oiseaux par rapport aux vents
En bleu la direction du vent, en jaune la direction privilégiée des oiseaux, en noir leur direction réelle de vol, pour les différents comportements attendus par rapport aux vents. (d’après [Linscott et al., 2022])

 

Plusieurs tactiques ont été enregistrées de la part d’oiseaux confrontés à des vents contraires. Ils ont pu ajuster leur cap et leur vitesse pour compenser entièrement (ou « complètement ») le déplacement latéral. Ils ont également compensé partiellement, dérivé et/ou surcompensé. On s’attendait à ce que la barge hudsonienne commence par dériver, et surtout à ce qu’elle dérive en pleine mer, mais qu’elle augmente sa compensation lorsqu’elle s’approche de l’Amérique du Nord, se fiant alors à certains points de repère. On pensait également que leur point d’arrivée sur les côtes du golfe du Mexique serait influencé par les conditions de vent.

 

Surveiller de futurs changements de régime des vents

Les données ont montré que les barges hudsoniennes compensent plus qu’elles ne dérivent, même au début de leur long voyage. Les vents au début de leur voyage peuvent être choisis pour le départ, mais ils ne le conditionnent pas et elles peuvent partir sous des vents défavorables. Pendant leur vol, elles semblent rester dans un couloir donné, corrigeant quand elles en sortent. À l’autre bout de leur traversée océanique, les vents qu’elles ont rencontrés pendant leur migration ne semblent pas influencer leur point d’arrivée sur les côtes du golfe du Mexique. 

Des différences sont cependant constatées entre individus, et l’expérience pourrait jouer un rôle. Si le régime des vents change, cela pourrait avoir un impact sur les capacités de ces migrateurs. Les prévisions de tels changements de vent peuvent être cruciales pour la protection des barges hudsoniennes et des oiseaux migrateurs similaires.

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Référence

Linscott, J.A., Navedo, J.G., Clements, S.J. et al. Compensation for wind drift prevails for a shorebird on a long-distance, transoceanic flight. Mov Ecol 10, 11 (2022). https://doi.org/10.1186/s40462-022-00310-z