un touladi avec une marque archive Argos
31.08.2022 Animaux marins

Des habitats différents pour les écotypes de touladi

Les touladis sont des poissons d’eau douce que l’on trouve notamment dans les Grands Lacs américains. Ils ont failli disparaître, mais la restauration de l’espèce a été un succès, du moins dans le lac Supérieur. Comprendre les différents habitats des écotypes de touladi peut aider à en restaurer les populations dans tous les Grands Lacs.

Photo : un touladi avec une marque archive Argos (crédit F. Goetz)

 

Le touladi (Salvelinus namaycush) est un poisson d’eau douce vivant principalement dans les lacs d’eau froide des régions les plus septentrionales de l’Amérique du Nord. Les populations de touladis du lac Supérieur ont presque disparu, à cause de la surpêche et des lamproies, un poisson parasite. Leur restauration a été un succès, et on estime actuellement que ces populations sont viables.

On trouve cependant plusieurs écotypes dans le lac Supérieur, qui vivent dans des environnements différents. Il s’agit notamment des touladis leans, siscowets et redfins. Les populations de ces écotypes ne se sont cependant peut-être pas rétablis au même niveau, et ne sont pas forcément vulnérables aux mêmes menaces. Leur distribution bathythermique, c’est-à-dire la température et la profondeur dans lesquelles ils vivent et les changements saisonniers, peut aider à mieux évaluer la restauration réelle, et la vulnérabilité, de chacun des écotypes.

 

Suivi de touladis à l’aide de marques archives pop-up

De nouveaux développements techniques dans les marques archives pop-up en ont rendu certaines utilisables en eau douce (d’autres ont un déclenchement par corrosion qui est destiné aux eaux salées). 26 touladis leans, 31 siscowets et 12 redfins ont été équipés avec ces balises. Elles étaient réglées pour enregistrer la pression (profondeur), la température et l’accélération, avec un capteur de lumière (pour la localisation) / un panneau solaire (pour alimenter la balise).

En ce qui concerne le suivi du comportement des poissons, les marques archives pop-up collectent continuellement des données environnementales (pendant qu’elles sont attachées au poisson) pour obtenir un profil continu et complet de l’habitat.

Les balises ont duré de 4 à 13 mois avant de se détacher et de transmettre une position au système satellite Argos. Elles ont été récupérées à l’aide du goniomètre Argos pour télécharger l’ensemble de leurs données archivées. Certaines n’ont pas été récupérées, et ce sont finalement les données de 15 leans, 16 siscowets et 3 redfins qui ont été utilisées.

Plus d’infos sur le suivi d’animaux avec Argos

 

Restaurer la diversité des touladis dans les autres Grands Lacs américains

Les trois écotypes suivis ont montré des comportements et des habitats différents sous un aspect ou un autre.

Les touladis leans sont restés en dessous de 20 m tout au long de l’année alors que la profondeur médiane des touladis redfins était de 24-32 m en été. Les siscowets sont allés beaucoup plus profond, de 103 à 204 m, mais avec quatre schémas différents, selon les individus et la période de l’année. Tous les écotypes de touladis suivis sont restés à des températures inférieures à 8,5°C et ont passé la plupart de leur temps entre 4 et 6°C. Les données des touladis siscowets ont montré une gamme de température plus étroite, avec des températures de l’habitat généralement autour de 4-5°C mais ne dépassant pas 12°C. Pendant ce temps, les touladis leans ont été détectés à des températures aussi basses que 0°C en hiver mais jusqu’à 15°C en été. Les touladis redfins se sont maintenus à une température légèrement plus froide (1-3°C) que les leans en été.

Les données obtenues à partir des marques archives tendent à confirmer que les écotypes de touladi sont hautement adaptatifs et peuvent prospérer dans les eaux froides et les lacs oligotrophes en utilisant toute la colonne d’eau. Cette caractérisation des divers écotypes de touladi, de leurs habitats spécifiques et de leurs cycles de vie est essentielle. Elle permet de comprendre la diversité présente dans le lac Supérieur et devrait contribuer à la maintenir. Elle pourrait également être utilisée pour restaurer une diversité similaire dans l’ensemble du système des Grands Lacs américains.

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Référence

  • Jasonowicz, S. Sitar, M. Seider et al., Depth and temperature selection of lake charr (Salvelinus namaycush) ecotypes in Lake Superior revealed by popup satellite archival tags, Journal of Great Lakes Research, https://doi.org/10.1016/j.jglr.2022.05.003