beluga whales in the Pacific
17.12.2021 Animaux marins

Argos aide à détecter les sons des bélugas qui se nourrissent

Argos peut aider à comprendre le comportement d’une espèce menacée, en fournissant des localisations mais aussi en recueillant d’autres données mesurées par un large éventail de capteurs possibles. Certaines populations de bélugas en Alaska ont été étudiées en combinant Argos, des enregistreurs de sons et des transmetteurs de température stomacale pour repérer les sons d’écholocation qu’ils émettent lorsqu’ils se nourrissent.

Photo: bélugas dans le Pacifique (Crédit: NOAA/NMFS/National Marine Mammal Laboratory, NOAA Photolibrary)

 

Le béluga (Delphinapterus leucas) est un cétacé vivant dans l’Arctique et le subarctique. La bosse sur sa tête abrite un organe d’écholocation, qui lui permet de se repérer dans les eaux troubles sous la banquise, notamment. Le degré de menace qui pèse sur ses populations dépend de la région. Certaines populations sont en assez bonne santé, tandis que d’autres sont “en danger critique d’extinction”, comme celle qui se trouve autour de Cook Inlet, en Alaska.

 

Une population de bélugas en voie de disparition

Cook Inlet abrite une population en déclin de moins de 300 bélugas, tandis que Bristol Bay, également en Alaska, a une population assez saine de 2000 à 3000 animaux. Ce alors que les conditions environnementales sont similaires dans les deux zones. Malgré cela, les efforts de protection ne semblent pas fructueux à Cook Inlet. Il est donc important de comprendre pourquoi et d’agir sur ces facteurs afin de ne pas voir cette population s’éteindre.

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Carte de situation montrant l'emplacement d'un mouillage acoustique pour détecter l'alimentation des bélugas
Carte de situation montrant l’emplacement d’un mouillage acoustique pour détecter l’alimentation des bélugas (drapeau) et les stations de marquage des poissons et de comptage des seuils pour évaluer la présence de proies (d’après [Castellote et al., 2021]).

 

Huit bélugas de Bristol Bay ont été équipés en août 2014 et mai 2016 d’un ensemble de balises : une balise archive enregistrant le son en stéréo, le mouvement de l’animal via des accéléromètres et magnétomètres tri-axiaux, et sa profondeur de plongée, une balise satellite Argos pour collecter et récupérer les données temps-profondeur et température stomacale et fournir également la localisation, et un émetteur de la mesure de température stomacale. L’objectif était d’explorer le comportement acoustique des bélugas de Bristol Bay lorsqu’ils se nourrissent et socialisent, afin de déterminer les caractéristiques des “buzz” d’écholocation émis pendant ces deux états comportementaux, et de pouvoir ainsi les distinguer.

L’étude considère que les bélugas de Bristol Bay sont de bons substituts de ceux de Cook Inlet, qui ne peuvent être perturbés par des marquages afin de ne pas mettre en danger cette population déjà très vulnérable.

 

Déterminer les sons d’écholocation émis par les bélugas pour détecter leurs proies

La collecte de données a été assez difficile suite à une suite de problèmes. En particulier, différents bruits (éclaboussures, hydrophones dans l’air ou sons d’autres bélugas) se mêlaient aux sons des bélugas instrumentés, les masquant en partie. Peu de données ont été obtenues qui combinaient à la fois les buzz d’écholocation, les mouvements du corps, des indices d’alimentation (soit une baisse de la température de l’estomac, soit des bruits de broyage par les mâchoires enregistrés) et les localisations, mais suffisamment pour que certaines conclusions puissent être tirées. Les buzz d’écholocation dirigés vers les proies, les sons spécifiques marquant l’alimentation des bélugas, ont donc été caractérisés par leurs intervalles entre les clics à la fin de la séquence sonore.

Une fois cette caractérisation effectuée, elle a été appliquée aux bélugas de Cook Inlet, et croisée avec les périodes de frai de différentes espèces de poissons (eulakane (Thaleichthys pacificus), saumon royal (Oncorhynchus tshawytscha), rose à bosse (Oncorhynchus gorbuscha) et argenté (Oncorhynchus kisutch)). Une nette augmentation de l’occurrence de l’alimentation a été remarquée au pic des remontées de saumon royal et rose à bosse à l’embouchure de la rivière Susitna.

La méthode est prometteuse et pourrait être affinée avec davantage de données, et appliquée à d’autres populations de bélugas afin de comprendre leurs habitudes alimentaires et de les protéger aux bons moments et aux bons endroits.

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