A whooping crane with an Argos PTT on its right leg (Credit Louisiana Department of Wildlife and Fisheries)
17.07.2019 Oiseaux

Les longs voyages depuis la Louisiane des grues blanches suivies par Argos

La grue blanche avait presque disparu d’Amérique du Nord dans les années 1950. Les actions de protection initiées depuis lors ont permis la sauvegarde de l’espèce. Les programmes de réintroduction, aidés par la télémétrie par satellite Argos, permettent aujourd’hui d’accroître les populations et de faire de nouvelles découvertes sur ces oiseaux.

La Grue blanche (Grus americana) est un oiseau de grande taille qui niche dans les zones humides. Elle était présente partout en Amérique du Nord, mais ses populations ont décliné à partir du 19e siècle, en raison du drainage des zones humides, de la transformation des prairies en terres agricoles et de la chasse. Elles ont frôlé l’extinction, avec seulement 21 oiseaux restants en 1942. Ces oiseaux se trouvaient dans deux sites différents, six dans un groupe non migrateur dans le sud-ouest de la Louisiane, qui a disparu en 1950. Les autres ont passé l’hiver dans la réserve nationale d’Aransas, au Texas, où la population a augmenté depuis. Cependant, le fait que des animaux ne soient présents que sur un seul site est dangereux pour la préservation d’une espèce, car cela rend la totalité de cette espèce vulnérable aux mêmes menaces, par exemple une maladie contagieuse, un déversement chimique ou une catastrophe naturelle. L’établissement de populations supplémentaires, séparées et autosuffisantes est une garantie contre une perte catastrophique du groupe résiduel.

Réintroduction dans un site historique de Louisiane

En 2011, le Louisiana Department of Wildlife and Fisheries (LDWF) et ses partenaires ont établi une population de grues blanches dans une région où elles étaient historiquement présentes, la zone de conservation de White Lake Wetlands dans le sud-ouest de la Louisiane. Chaque hiver depuis lors, d’autres grues juvéniles y ont été relâchées dans un groupe non migrateur. Le fait de ne pas migrer les aide à éviter les dangers inhérents à la migration et à ne pas se mélanger à d’autres populations existantes. De plus, les premières éclosions observées dans la nature en Louisiane depuis 1939 ont eu lieu en 2016, avec un petit nombre de poussins qui éclosent chaque année depuis.

Suivi des grues

Chacun des cinquante oiseaux des quatre premières cohortes a été équipé d’un émetteur satellite Argos GPS pour permettre une surveillance étroite de leurs déplacements et de leur survie. Les émetteurs sont programmés pour collecter trois points par jour et transmettre les données tous les deux jours. À l’aide de ces données, les grues sont suivies au fur et à mesure qu’elles se déplacent. La télémétrie par satellite permet également aux biologistes de déterminer si les grues se déplacent dans une zone dangereuse, où elles peuvent être capturées et déplacées. Et, si l’une d’entre elles devait malheureusement mourir, le corps serait retrouvé pour déterminer la cause du décès. Lorsque les grues ont atteint l’âge de se reproduire, les données des émetteurs ont également aidé les biologistes à surveiller l’activité de nidification.
Bien que la plupart des grues restent dans le sud-ouest de la Louisiane et dans l’est du Texas, quelques unes ont fait des déplacements importants, détectés grâce aux émetteurs Argos. Sans l’utilisation d’appareils compatibles Argos, ces déplacements sur de longues distances n’auraient sans doute pas été connus ni documentés, car le suivi aérien et au sol se limite à une zone géographique plus petite où résident la majorité des grues.

Whooping Crane tracking to Canada and back (Credit Louisiana Department of Wildlife and Fisheries)
la grue blanche se dirige vers le Canada et revient
(Crédits Louisiana Department of Wildlife and Fisheries)
Whooping Crane tracking to Arkansas (Credit Louisiana Department of Wildlife and Fisheries)
la grue blanche se dirige vers le Canada et revient ; à droite vers l’Arkansas  (Crédits Louisiana Department of Wildlife and Fisheries)

Vols longue distance

En mai 2017, deux mâles (un seul avec un émetteur fonctionnel) se sont déplacés vers l’ouest au Texas avant de virer vers le nord et de parcourir environ 2 700 km pour atteindre la province canadienne de la Saskatchewan, une zone de migration printanière habituelle de grues blanches d’une population différente. Au début de juin, la grue suivie a volé plus à l’ouest jusqu’au sud de l’Alberta. À la mi-septembre, après presque trois mois dans le sud de l’Alberta, les données de l’émetteur indiquaient qu’elle était de nouveau en mouvement en direction du sud-ouest de la Louisiane. Elle a peut-être rencontré des grues du Canada en migration quelque part au Nebraska ou au Kansas, car sa trajectoire a légèrement changé. Elle a hiverné avec des grues du Canada dans le nord-ouest du Texas.
Les données des émetteurs ont permis aux biologistes de la Louisiane de documenter que des oiseaux se sont également rendus dans l’Arkansas à trois occasions distinctes, soit lors de vols d’exploration de jeunes oiseaux qui n’y ont passé que quelques nuits avant de retourner en Louisiane, soit lors d’un séjour de presque trois mois avant leur retour.
Fin novembre 2017, une jeune femelle nouvellement relâchée s’est envolée vers l’est, passant plusieurs semaines dans les marais côtiers du sud-est de la Louisiane. Les données indiquent qu’elle a d’abord commencé à retourner vers l’ouest au début de décembre, puis qu’elle a fait demi-tour et a poursuivi sa route vers l’est puis vers le nord pour finalement s’établir dans le sud-est de l’Alabama. Elle est retournée en Louisiane à la fin janvier et est repartie, cette fois vers l’ouest, au début mai. Les données indiquent qu’elle a survolé la frontière jusqu’à l’État mexicain de Coahuila avant de se diriger vers le nord et de s’établir dans le comté de Wagoner, en Oklahoma, où elle est restée pendant l’été. Elle s’est ensuite déplacée de nouveau vers l’est et a passé l’hiver au Wheeler National Wildlife Refuge dans le centre-nord de l’Alabama, un important lieu d’hivernage pour des milliers de grues du Canada et pour une douzaine de grues blanches d’une population migratoire de l’est. Elle est retournée brièvement dans le nord de la Louisiane au printemps avant de continuer vers l’ouest jusqu’en Oklahoma pour son deuxième été.

Photo: Une grue blanche avec un émetteur Argos sur sa patte droite (Crédits Louisiana Department of Wildlife and Fisheries)

Liens

Pour plus d’information : http://www.wlf.louisiana.gov/wildlife/whooping-cranes

& page Facebook : https://www.facebook.com/lawhoopingcranes

Film (en français) : https://www.youtube.com/watch?v=Mfl-xlXBHo0&feature=youtu.be

CLS America User Story: https://www.clsamerica.com/whoopingcranes