loggerhead turtle
14.06.2019 Animaux marins

Comprendre les tortues caouannes grâce aux données océaniques

Les trajectoires empruntées par des tortues caouannes dans l’océan l’Atlantique et en Méditerranée, ont été étudiées à l’aide d’émetteurs Argos. La comparaison de ces suivis avec des données d’environnement marin amène une meilleure compréhension des déplacements de ces animaux.

Crédit photo: Aquarium La Rochelle SAS.

35 ans de suivis…

Depuis plus de 35 ans, l’évolution de la technologie et des méthodes de fixation des émetteurs satellitaires ont permis de suivre les déplacements en mer des tortues marines à tous les stades de leur vie. Ces balises nous dévoilent les positions quotidiennes de ces espèces emblématiques menacées d’extinction et peuvent aussi être capables de transmettre certains paramètres de leur comportement (par exemple la plongée) et/ou de leur environnement (par exemple la température) sur de longues durées.

Une fois collectées, les positions Argos des tortues sont alors superposées aux cartes de différents paramètres environnementaux (comme la chlorophylle, les anomalies de hauteur de mer, les courants de surface, la température…) pour tenter de mettre en évidence le(s) facteur(s) qui peu(ven)t influencer les mouvements de ces animaux.

… des tortues caouannes

La tortue caouanne (Caretta caretta), espèce marine classée vulnérable d’après la liste rouge de l’Union Internationale de la Conservation de la Nature peut être rencontrée dans tous les océans et mers ouvertes du globe : régions tempérées et tropicales des océans Atlantique, Pacifique et Indien, mer Méditerranée… C’est l’une des seules espèces de tortues marines capables de nidifier dans les zones tempérées.

Le cycle de vie de la tortue caouanne est complexe, et incluent un certain nombre de changements avec des juvéniles qui se déplacent avec les gyres océaniques, avant de se rapprocher des côtes, lorsqu’elles atteignent une certaine taille, et se fidéliser à une zone d’alimentation. Les adultes matures quittent ces zones d’alimentation pour rejoindre les sites de reproduction, migrant entre les zones océaniques et côtières ou pour d’autres restant en zone côtière. Bien que la durée de la phase de vie des juvéniles en pleine mer soit longue (au moins une dizaine d’années), cette dernière est la moins étudiée. En effet, leur nombre, leurs mouvements et leurs comportements sont peu documentés.

Icare

Icare was given an Argos PTT just before he was released to the sea, equipped by the Centre d'Etudes et de Soins pour les Tortues Marines of the Aquarium La Rochelle. (Photo Ré Nature Environnement). This turtle has now been monitored for nearly a year (as of June 16, 2019).
Icare sur le point de repartir en mer, équipée par le Centre d’Etudes et de Soins pour les Tortues Marines de l’Aquarium La Rochelle d’une balise Argos (Photo Ré Nature Environnement). Cette tortue est suivie maintenant depuis près d’un an (au 16 juin 2019).

Icare, une jeune tortue caouanne a été remise à l’eau le 29 juin 2018 depuis une plage située au nord de l’île de Ré (Charente-Maritime, Ouest de la France). Cette tortue avait été retrouvée en janvier 2018 sur une plage à Mimizan (Gironde, Sud-Ouest de la France) et prise en charge par le Centre d’Études et de Soins pour les Tortues Marines (CESTM) de l’Aquarium La Rochelle. Le CESTM coordonne le Réseau Tortues Marines Atlantique Est et accueille toutes les tortues marines retrouvées échouées ou en détresse à la dérive sur l’ensemble de la façade Manche-Atlantique de la France (depuis la frontière espagnole jusqu’à la frontière belge).

En étudiant son trajet, le CESTM remarque qu’Icare a réalisé une grande boucle au large de l’archipel des Açores entre le 24/10/2018 et le 22/12/2018. En corrélant ses déplacements avec les cartes d’anomalies de hauteur de mer (SLA Sea Level Anomalies ou variations de la hauteur de mer) et de hauteur dynamique (Absolute Dynamic Topography ou SSH hauteur de mer), on voit que cette tortue caouanne semble suivre très précisément la limite entre deux zones marquant des variations de hauteur de mer. Ces zones de front sont en général des zones riches en nutriments. À l’échelle de 10 à 200 kilomètres, des structures océanographiques tourbillonnaires mésoéchelles se créent et brassent de façon hétérogène la production primaire, affectant ainsi la répartition de l’ensemble de la chaîne alimentaire. Ces zones de tourbillons et de fronts, évoluant aussi bien dans l’espace que dans le temps, constituent des habitats d’alimentation essentiels pour de nombreux prédateurs pélagiques tels les tortues marines.

L’animation montre le trajet d’Icare entre le 29 juin 2018 et le 4 juin 2019 superposé à la hauteur de mer (topographie dynamique). Entre le 24 octobre et le 22 décembre 2018, on observe que la tortue fait le tour d’une structure en creux (autour de laquelle les courants tournent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre).

Antioche

Antioche, une jeune tortue caouanne a été suivie en 2009 par le Centre d’Études et de Soins pour les Tortues Marines (CESTM) de l’Aquarium La Rochelle. L’originalité du parcours de cette tortue est surtout qu’elle soit rentrée en Méditerranée après avoir longé les côtes de toute la péninsule Ibérique, montrant ainsi la capacité des tortues juvéniles à entrer en Méditerranée grâce aux courants de surface présents dans le détroit de Gibraltar.

Voir l’étude de cas fait pour le projet éducatif Argonautica en collaboration avec le CESTM

Vita

Vita est une tortue caouanne capturée aux Baléares, en Méditerranée, en juillet 2018 par l’ONG Alnitak. Elle a été équipée d’un émetteur satellite Argos et de capteurs océanographiques qui ont fourni des données en temps réel à ICTS SOCIB.

L’animation montre comment cette tortue s’est déplacée par rapport à des structures comme les tourbillons du bassin algérien.

Liens

Tweeting Mediterranean Loggerhead turtles as oceanographers

Photo d’introduction par Cédric Frixon on Unsplash.