Male black caiman with an Argos satellite transmitter glued to its head (photo S Caut)
19.11.2019 Suivi des animaux

Des caïmans noirs dans leur marigot

Les crocodiliens sont les prédateurs principaux des écosystèmes humides tropicaux, mais ils ont fait l’objet de peu d’études. Parmi ces espèces, les caïmans noirs vivent de l’Amérique centrale au nord de l’Amérique du Sud mais ont vu leur population diminuer de 90 % au 20e siècle. Pour mieux comprendre leurs comportements, des émetteurs Argos ont été utilisés pour les suivre dans une réserve naturelle de Guyane.

Caïman mâle noir avec un émetteur satellite Argos collé à sa tête (photo S Caut)

Prédateur des zones humides

Le caïman noir (Melanosuchus niger) est un prédateur vivant dans les zones humides des régions tropicales des Amériques. Il s’attaque aux poissons, oiseaux, mammifères, etc. Au cours du XXe siècle, il a fait l’objet d’une chasse intensive, en particulier pour sa peau. Il est aujourd’hui entièrement protégé en Guyane française, mais on ne le connait pas bien. Le caïman noir est un animal facilement dérangé, difficile à observer dans la nature, car il passe de longues périodes en immersion et/ou hors de vue. Toutes ces caractéristiques rendent les outils de télésurveillance particulièrement utiles pour les étudier, même si l’utilisation de la télémétrie par satellite n’est pas facile pour les crocodiliens.

Au milieu de la série de grandes mangroves qui s’étendent entre l’estuaire de l’Amazone au Brésil et la péninsule de Cayenne en Guyane française, les marais de Kaw-Roura, réserve naturelle de biodiversité, sont les plus éloignés de l’estuaire du fleuve Amazone. Quelques zones permanentes d’eau libre (étangs) s’y trouvent parmi les plans d’eau couverts de végétation flottante. Parmi ces étangs, l’étang d’Agami abrite une population de caïmans noirs. Il connaît des variations saisonnières – en saison sèche, c’est l’une des seules zones du marais restant en eau. Une plateforme scientifique flottante a été construite en 2001 pour étudier cet écosystème unique et largement méconnu.

Situation map of Kaw marshes and Agami pond; photo of the Agami pond platform. (Credit S. Caut)
Carte de situation des marais de Kaw et de l’étang d’Agami ; photo de la plate-forme de l’étang d’Agami. (Crédits S. Caut)

 

Une étude multidisciplinaire

Une étude multidisciplinaire sur le caïman noir y a été menée, y compris un relevé des caïmans avec analyse de leur ADN et des isotopes stables, observation directe et télémesure par satellite Argos. L’objectif était de mieux comprendre l’alimentation et les mouvements de l’espèce dans cet étang particulier, et donc son rôle dans les écosystèmes humides de ce type en général.

Quatre caïmans noirs ont été marqués avec des émetteurs Argos, une femelle et trois mâles. Leurs comportements étaient différents selon le sexe, mais aussi selon les saisons et la disponibilité alimentaire. Le fait que l’étang d’Agami soit un site de nidification important pour un certain nombre d’oiseaux aquatiques semble inciter les caïmans à y rester jusqu’en juin. Les trois mâles suivis sont ensuite partis, peut-être pour se reproduire, allant dans des directions différentes jusqu’à environ 4 km de distance, tandis que la femelle est restée (peut-être pas pour la reproduction cette année-là). Les deux mâles encore suivis l’année suivante sont revenus à l’étang au moment où les hérons d’Agami étaient également de retour.

The movements of the tagged black caimans (three males, one female), with home ranges. (Credit ANIMAVEG Conservation)
Les mouvements des caïmans noirs équipés d’émetteurs (trois mâles, une femelle), avec leurs domaines vitaux (Crédit ANIMAVEG Conservation)

 

Il est important de comprendre la dynamique du domaine vital du caïman noir afin d’élaborer et de mettre en œuvre des plans de préservation réalisables pour ces prédateurs. Les résultats sur l’écologie trophique et les déplacements des caïmans noirs de l’étang d’Agami constituent un premier pas vers une meilleure protection de cette espèce en Guyane française. Cependant, des recherches supplémentaires sont nécessaires, car nous en savons encore très peu sur leurs déplacements, leurs sites de reproduction et de nidification.

 

Référence

  • Caut S, Francois V, Bacques M, Guiral D, Lemaire J, Lepoint G, et al. (2019) The dark side of the black caiman: Shedding light on species dietary ecology and movement in Agami Pond, French Guiana. PLoS ONE 14(6): e0217239. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0217239