Brent geese in flight; the one on the left has an Argos PTT (credit K. Clausen)
06.07.2021 Oiseaux

Les bernaches cravants migrent sans escale au-dessus de l’océan

Les oies sauvages comptent parmi les oiseaux migrateurs les plus célèbres, vedettes de fictions et de documentaires. Cependant, il existe un grand nombre d’espèces différentes, dont la bernache cravant à ventre clair. Toutes n’ont pas les mêmes habitudes migratoires, comme Argos a permis de le démontrer.

Photo : Bernaches cravants en vol ; celle de gauche a un émetteur Argos (crédit K. Clausen)

Parmi les différentes espèces d’oies at apparentés, la durée respective des migrations de printemps et d’automne diffère. La logique voudrait que la migration de printemps soit plus rapide, la nourriture étant rare au départ et la reproduction en objectif à l’arrivée, alors que la migration d’automne n’a pas de tels impératifs. Cependant, certaines espèces d’oies sont deux fois plus rapides au printemps qu’en automne, tandis que d’autres passent à peu près le même temps sur les deux migrations.

La bernache cravant à ventre clair (Branta bernicla hrota) est une espèce d’oie qui migre du Svalbard et du nord-est du Groenland vers le Danemark et vers Lindisfarne, dans le nord-est de l’Angleterre. Elles passent le printemps et l’été près de l’Arctique, où elles se reproduisent, et reviennent vers un climat plus doux au début de l’automne.

 

Suivis de bernaches cravants à ventre clair

Seize bernaches cravants à ventre clair ont été équipées d’émetteurs satellites, sept en 2001 et neuf en 2011.

L’analyse des traces montre que leurs migrations entre le Svalbard et Lindisfarne (Angleterre) couvrent environ 2600 à 2700 km. Leur vitesse de vol atteint un maximum de 100 km/h (36 km/h en moyenne, arrêts compris). Elles ont toutes fait de très courts arrêts pour se reposer, volant presque sans interruption. Ces quelques arrêts n’ont pas été réalisés pour la plupart sur des habitats terrestres, mais bien en pleine mer. L’ensemble du voyage a été effectué en environ 80 heures, alors que des observations équivalentes au printemps montrent une durée de 77 h, pas significativement inférieure.

Le suivi des animaux avec Argos

 

Migration sans escale pour se nourrir à destination

Autumn migration route of the tracked Light-bellied Brent Geese in 2001 and 2011. In 2011, the batteries were depleted at start and charged during migration, thus the missing first leg of the trip. (from [Vissing et al., 2020], credit Aarhus University)
Itinéraire de migration d’automne des bernaches cravant à ventre clair suivies en 2001 et 2011. En 2011, les batteries étaient épuisées au départ et rechargées pendant la migration, d’où l’absence de la première étape du voyage. (tiré de [Vissing et al., 2020], crédit Université d’Aarhus)

 

La principale différence constatée au printemps et en automne est l’étalement du temps de migration. Au printemps, la plupart des oiseaux partent à peu près au même moment (à une dizaine de jours près), en une ou deux vagues. En automne, le début de la migration s’étend de la fin août au début octobre. Leur vitesse de migration est in fine la même, mais elles ne semblent pas aussi impatientes de partir en automne qu’au printemps.

La bernache cravant à ventre clair apprécie particulièrement les zostères (Zostera sp.) et la laitue de mer (Ulva lactuca) comme nourriture. Or ces espèces ne se trouvent pas en haute mer, de sorte que le trajet des bernaches au printemps et en automne pourraient refléter le manque de nourriture pendant la majeure partie de leur migration, effectuée en haute mer.

 

Les bernaches ne semblent pas gênées par les balises

Des calendriers de migration des oies non équipées ont été récupéré sur des portails de science citoyenne pour l’observation des oiseaux. Ces données montrent que les dates de départ étaient différentes pour les deux années de l’étude. Cependant, on a observé que les oiseaux marqués arrivaient à Lindisfarne à peu près aux mêmes moments que le reste des oiseaux – certains avec la plupart des oiseaux ou un peu plus tard, mais pas beaucoup. Cela confirme le fait que les balises ne gênent pas les bernaches.

Une meilleure compréhension de la façon dont les oiseaux migrateurs gèrent leurs réserves, leurs arrêts et de ce qui les incite à entamer leur migration peut aider à les protéger, aux bons endroits et aux bons moments.

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Référence

Marie S. Vissing, Anthony D. Fox & Preben Clausen, 2020: Non-stop autumn migrations of Light-bellied Brent Geese Branta bernicla hrota tracked by satellite telemetry – racing for the first Zostera bite?,  Wildfowl (2020) 70: 76–93, ISSN 2052-6458. Available at: <https://wildfowl.wwt.org.uk/index.php/wildfowl/article/view/2720>. Date accessed: 17 May. 2021.