02.03.2020 Oiseaux

Le bécasseau spatule, petit oiseau, grandes distances

Les bécasseaux spatule sont de petits oiseaux des zones humides côtières qui migrent sur de longues distances de la Russie vers le sud de la Chine, principalement le long des côtes. La télémétrie Argos permet de répondre aux questions encore en suspens sur ces migrations dans le cadre d’un effort international pour sauver l’espèce.

Photo : un des oiseaux suivis (baptisé EH) à Pak Thale, Thaïlande, le 14 Novembre 2019 (Crédits Ayuwat (Ton) Jearwattanakanok)

Le bécasseau spatule (Calidris pygmaea) est un petit oiseau de bord de mer qui vit sur les côtes les plus orientales de l’Asie. Il se reproduit dans la toundra arctique russe (péninsules de Tchoukotsk et du Kamtchatka), migre vers le sud en passant par la Russie, le Japon, la Corée du Nord, la Corée du Sud et la côte chinoise près de Shanghai pour hiverner en Asie du Sud et du Sud-Est (Chine méridionale, Bangladesh, Myanmar, Vietnam et Thaïlande). Il peut ainsi parcourir 8 000 km depuis ses lieux de reproduction en suivant le « couloir aérien » Asie de l’Est – Australasie.

The East Asian - Australasian “Flyway” (Credit WWT)
le « couloir aérien » de migration de l’Asie de l’Est – Australasie (Crédits WWT)

C’est l’une des espèces d’oiseaux les plus menacées, comme de nombreuses espèces d’oiseaux de zones humides, car ces milieux se dégradent presque partout (plus de 80 % des zones humides d’Asie de l’Est et du Sud-Est sont classées comme menacées). Son statut de l’UICN a été élevé au rang de « En danger critique d’extinction » en 2008. Sa population a diminué de 90 % au cours de la décennie 2000-2009 et est passée à moins de 250 couples reproducteurs en 2014. Les deux principales menaces semblent être la perte et la dégradation de l’habitat intertidal, et le piégeage sur les zones d’hivernage, où les jeunes oiseaux sont touchés de manière disproportionnée car on pense qu’ils y restent pendant leurs 18 premiers mois.

Depuis 2009, un grand nombre de personnes et d’organisations ont pris des mesures pour enrayer ce déclin. Une population captive a été établie comme garde-fou contre l’extinction. Les signes sont encourageants et le déclin de la population est désormais bien moindre.

Mais le fait de ne pas connaître l’emplacement de la plupart des aires majeures de reproduction, d’hivernage et de repos, rend la protection du bécasseau spatule difficile. Le suivi par satellite est utile à cet égard, surtout depuis qu’une balise Argos solaire de 2 g a été mise au point par Microwave Technology Inc. en 2016, suffisamment petite pour suivre les bécasseaux spatule. Les émetteurs ont été testés sur des oiseaux en captivité pour voir comment ils réagissaient – ils ont semblé ignorer tout simplement l’émetteur et l’antenne.

Les émetteurs Argos ont été installées sur trois bécasseaux spatule sauvages et adultes en octobre 2016 dans les vasières de Tiaozini, dans le Jiangsu, en Chine (sud-ouest de la mer Jaune). Treize autres ont été installés depuis (7 autres en Chine et 6 en Russie).

 

Tracks of three bird fitted with 2-g Argos PTTs in Jiangsu province, China, in autumn 2019 (Credit WWT)
Trajets de trois oiseaux équipés d’émetteurs Argos de 2 g dans la province de Jiangsu, Chine, à l’automne 2019 (Crédits WWT)

Cela a conduit à la découverte de nouveaux sites de repos, d’hivernage et de reproduction, dont seulement le deuxième site connu de mue automnale, dans la zone démilitarisée de Corée du Nord. Le fait que les oiseaux qui migrent vers le Bangladesh, le Myanmar et la Thaïlande le font par voie terrestre a été confirmé. Certaines menaces ont également été traitées, grâce au suivi, comme la capture au filet (illégale) sur des sites du sud de la Chine.

La télémétrie Argos permet ainsi de répondre à des questions sur la migration des bécasseaux spatule qui intriguent les écologistes depuis des siècles. Le travail de suivi par satellite se poursuit pour identifier d’autres sites encore inconnus, dans le cadre d’un effort international intégré pour sauver l’espèce. L’action la plus importante et la plus difficile consiste à maintenir et à protéger les habitats humides sur des sites clés, en particulier les sites d’escale dans la mer Jaune. Le fait que la Chine ait interdit l’assèchement de la zone intertidale en 2018 représente, espérons-le, un changement transformateur dans le destin du bécasseau spatule.

Références et liens