11.05.2020 Animaux marins

Répartition des baleines à fanons dans l’Atlantique Nord

Les baleines à fanons sont de grands migrateurs, allant des basses latitudes en hiver aux eaux des hautes latitudes en été. La télémétrie par satellite, comme Argos, a permis d’améliorer les connaissances sur leur répartition et leurs mouvements. L’utilisation du modèle d’écosystème Seapodym permet de compléter la télémétrie et de déterminer l’effet des conditions environnementales et de la disponibilité des proies sur la migration des baleines.
Photo : baleines à fanons près de l’île de Pico (la montagne en arrière-plan) (Rui Prieto, AzoresWhaleLab, sous permis 80/2017/DRA)

Répartition et mouvements des baleines à fanons

Les baleines à fanons sont parmi les plus grandes créatures jamais vues sur Terre. Elles sont très migratrices, passant des eaux de basse latitude pour la reproduction et la mise bas en hiver aux eaux productives de haute latitude pour se nourrir (en été), comme nous l’avons vu pour les baleines à bosse dans l’hémisphère sud avec Argos aide à savoir où les baleines à bosse se nourrissent et pour les baleines boréales au printemps dans l’hémisphère nord avec Les baleines boréales, aides-océanographes. Cependant, si le schéma global est connu, les moteurs de ces migrations, incluant le choix des routes de migration , et in fine la répartition de la population sont mal compris. Cela limite notre capacité de prévision de leurs réactions à la variabilité des écosystèmes. En outre, les baleines à fanons sont exposées aux impacts des activités anthropiques (par exemple, les collisions avec les navires ou l’exposition à des niveaux de bruit accrus).
Les progrès de la télémétrie par satellite ont considérablement amélioré les connaissances sur la répartition et les mouvements de ces espèces marines très mobiles. Toutefois, par définition, ces données ne fournissent « que » les lieux où se trouvaient des animaux, et non ceux où ils ne se trouvaient pas, avec des échantillons souvent assez petits, ce qui biaise les estimations de la répartition.
Dans l’Atlantique Nord, les Açores sont un point chaud de la biodiversité, où l’on peut observer de nombreuses baleines à fanons. AzoresWhaleLab a déployé des émetteurs Argos sur 31 baleines à fanons (15 rorquals communs (Balaenoptera physalus), 10 baleines bleues (Balaenoptera musculus) et 6 rorquals boréals (Balaenoptera borealis) au large des Açores entre juin 2008 et juin 2016.
Whale tracks by Argos used in this study (credit AzoresWhaleLab)
Trajectoires Argos des baleines étudiées (crédit AzoresWhaleLab)

 

Utilisation d’un modèle d’écosystème

La répartition et les mouvements des prédateurs marins supérieurs sont étroitement liés à ceux de leurs proies. Cependant, les données sur les proies sont rares, de sorte que la plupart des modèles écologiques sont basés sur des approximations de leur répartition. Mais ces approximations peuvent être décalées dans le temps par rapport à la répartition des proies (par exemple, les floraisons de phytoplankton sont un indicateur utilisé, mais le zooplancton qui s’en nourrit ne se multiplie qu’après) et aussi décalées géographiquement (notamment puisque le zooplancton dérive avec les courants). Cependant, les récents progrès des modèles d’écosystèmes permettent d’incorporer les distributions de proies prévues dans les modèles de répartition des espèces.
Les emplacements des baleines ont ainsi été combinés avec des données océaniques observées par satellite et avec la biomasse dérivée du modèle spatial d’écosystème et de dynamique des populations Seapodym, dans un modèle écologique complet afin de déterminer l’effet des conditions environnementales et de la disponibilité des proies sur la migration des baleines.

Predicted distribution for Fin, Blue and Sei whales for May and June. The three species behave differently: predicted summer habitats are not totally overlapping, with some constants, such as moving northwards in Summer, and a constrain by depth.
Répartitions prévues pour le rorqual commun, le rorqual bleu et le rorqual boréal en mai et en juin. Les trois espèces se comportent différemment : les habitats estivaux prévus ne se chevauchent pas totalement. Il y a quelques constantes, comme le déplacement vers le nord en été, et le fait que la profondeur soit une contrainte. (crédit AzoresWhaleLab)

 

Comprendre les facteurs qui déterminent les mouvements des espèces migratrices

Cette approche a permis de montrer que les schémas de déplacement des baleines sont principalement influencés par l’interaction de la température et de la disponibilité des proies, mais de façon différente selon les espèces, avec également une influence de la profondeur et de l’énergie cinétique des tourbillons sur leurs routes de migration vers le nord. Les modèles montrent que les hautes latitudes sont les habitats préférés des trois espèces de baleines à fanons pendant les mois d’été, comme prévu en ce qui concerne la saisonnalité connue. Cependant, les résultats soulignent également que les rorquals communs évitent les températures intermédiaires, en allant dans des eaux froides ou chaudes, que les rorquals boréaux privilégient les eaux subpolaires productives, tandis que les baleines bleues semblent cibler les zones qui étaient productives les mois précédents.
Ces résultats soulignent l’importance d’intégrer les données de télémétrie et les modèles de proies pour comprendre les facteurs qui façonnent les schémas de déplacement des espèces hautement migratoires. Ils montrent également que l’importante route maritime internationale située au milieu de l’Atlantique Nord chevauche l’habitat préféré prévu pour les trois espèces de baleines à fanons. Ainsi, les résultats pourraient contribuer à alerter sur les menaces anthropiques pesant sur ces baleines dans une région peu étudiée. Les conclusions de cette étude sont donc pertinentes pour la préservation de ces espèces aux échelles nationale et internationale, pour la désignation de zones marines protégées transatlantiques, et pour des initiatives de gestion des écosystèmes.

 

Références et liens