a juvenile grey-headed albatross close to fledging with an Argos PTT
20.06.2022 Oiseaux

Les albatros à tête grise juvéniles apprennent à décoder leur environnement

Découvrir comment les jeunes animaux apprennent à se déplacer efficacement et à trouver de la nourriture est l’une des nombreuses utilisations possibles de la télémétrie par satellite. Ici, des chercheurs du British Antarctic Survey ont suivi par satellite des albatros à tête grise juvéniles pour comprendre l’effet des conditions environnementales au cours de ce stade précoce et critique du développement.

Photo : un albatros à tête grise juvénile proche de l’envol avec un PTT Argos (Mark Whiffin)

Les juvéniles d’albatros, dont ceux des albatros à tête grise (Thalassarche chrysostoma), sont abandonnés par leurs parents dans le nid. Après leur envol, ils traversent une période d’apprentissage difficile en mer. Pendant ce laps de temps, ils doivent apprendre à se déplacer efficacement et à trouver de la nourriture par eux-mêmes. 

La télémétrie par satellite peut contribuer à comprendre le comportement de ces jeunes oiseaux pendant cette période de grande vulnérabilité. Le British Antarctic Survey a suivi des albatros à tête grise juvéniles de l’île de Bird, en Géorgie du Sud, pendant deux années différentes (9 individus en 2018 et 12 en 2019), en utilisant des émetteurs satellites Argos. L’un des objectifs était de démêler comment des animaux « naïfs » développent des stratégies de déplacement et d’alimentation spécifiques à leur espèce.

 

Indicateurs de changements dans les mouvements

Les chercheurs ont quantifié les mouvements des juvéniles, en s’attachant à caractériser la façon dont les longueurs de pas et les angles de virage (la distance et le changement de direction du déplacement entre des endroits consécutifs, respectivement) ont changé au cours de leurs quatre premiers mois en mer. Ils ont également étudié l’évolution de ces mouvements en fonction des conditions environnementales, notamment : tout d’abord en fonction du soutien apporté par le vent arrière, qui permet des déplacements peu coûteux et indique donc si les jeunes oiseaux utilisent efficacement le vent pour voler, et deuxièmement, la concentration en chlorophylle A, qui est un indicateur des ressources en proies.

Plus d’infos sur le suivi d’animaux avec Argos

Emplacements des albatros à tête grise juvéniles suivis depuis l'île Bird (Géorgie du Sud) en 2018 et 2019 au cours de leurs quatre premiers mois en mer
Emplacements (points violets) des albatros à tête grise juvéniles suivis depuis l’île Bird (Géorgie du Sud) en 2018 et 2019 (21 individus au total) au cours de leurs quatre premiers mois en mer (1, 2, 3, 4) par rapport à la concentration en chlorophylle a (barre de couleur), aux vecteurs vent (flèches) et aux fronts polaires subtropical, subantarctique et antarctique de haut en bas (lignes bleu foncé). (d’après [Franckish et al., 2022])

 

Changements de comportement

Les changements de comportement sont apparus après le premier mois en mer, au cours duquel les oiseaux avaient atteint le sud-est de l’océan Atlantique. Au cours de ce premier mois, tous les albatros à tête grise juvéniles ont utilisé les vents arrière pour se déplacer à grande vitesse et dans la même direction générale, ce qui suggère qu’ils utilisent une boussole innée qui augmente la probabilité de trouver une zone de recherche de nourriture appropriée peu après l’envol. Après 2 à 4 mois, ils ont quitté la région du sud-est de l’Atlantique, peut-être en raison d’une moindre disponibilité de la nourriture, en réduisant leur vitesse de déplacement mais en augmentant la sinuosité de leurs trajectoires – comme le font les adultes lorsqu’ils cherchent de la nourriture – et se sont installés dans les régions frontales.

 

Plus de suivis sont nécessaires

Grâce à la télémétrie par satellite, cette recherche a montré que les mouvements des albatros à tête grise juvéniles étaient déterminés par une combinaison de vents et de disponibilité de nourriture, et que les stratégies passaient d’un vol rapide et dirigé vers la première zone d’alimentation productive à des mouvements plus lents et plus exploratoires dans les zones frontales. Il est probable que ces jeunes oiseaux affinent leurs stratégies optimales de migration ou de recherche de nourriture au cours de cette période. D’autres suivis par satellite seront nécessaires pour le savoir ! 

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