Grand albatros équipé d’une balise Centurion
31.05.2021 Animaux marins

Les albatros aident à la détection de bateaux de pêche illégaux

Les albatros ont tendance à être attirés par les bateaux de pêche, ce qui constitue l’une des principales menaces pour l’espèce. Le risque de prise accidentelle est généralement évalué en comparant les localisations des albatros et celles, réglementaires, des bateaux (légaux). Les zones de pêche illégales sont moins faciles à localiser, sauf que les bateaux gardent leur radar allumé, une émission qui peut être détectée si les albatros sont équipés de dispositifs adaptés. Le projet Ocean Sentinel du CEBC/CNRS a testé cette méthode avec des résultats prometteurs.

Photo: Grand albatros équipé d’une balise Centurion, sur l’île de la Possession, dans l’archipel Crozet, dans le sud de l’océan Indien. © Alexandre Corbeau/CEBC/CNRS Photothèque

 

Localisation des bateaux de pêche : une information clé pour la protection de la faune marine

Où sont les flotteurs de pêche ? La réponse à cette question n’est pas simple. Si un certain nombre de réglementations, notamment dans les zones économiques exclusives de chaque pays, tendent à imposer des systèmes de localisation à chaque navire de pêche (Vessel Monitoring Systems, VMS), ceux-ci peuvent être désactivés, et les eaux internationales ne sont pas soumises à de telles réglementations. Pour l’instant, l’évaluation des risques de prises accessoires pour la faune (comme décrit par exemple dans “Argos aide à évaluer les risques de prises accessoires d’oiseaux marins par les pêcheries“) est basée sur une déclaration volontaire à l’aide de systèmes de surveillance des navires (VMS) ou indirectement par l’utilisation de systèmes d’identification automatique (AIS) le plus souvent, mais avec la certitude de manquer au moins la partie illégale des efforts de pêche.

 

Mise au point d’une nouvelle balise Argos

Si les navires peuvent éteindre leur système d’identification automatique, ils gardent leur radar allumé pour des raisons de sécurité, surtout dans une zone comme l’océan Austral où le risque de rencontrer un iceberg ou d’autres navires est important.

Ainsi, si ces émissions radar peuvent être détectées par un dispositif géolocalisé, le navire sera localisé. Le CEBC a développé avec Sextant Technology un enregistreur (XGPS) qui fournit la localisation par le système de positionnement global (GPS) du mobile qui en est équipé et qui détecte les émissions radar. En ajoutant une antenne GPS, un processeur et une mémoire, une antenne Argos pour la transmission des données en temps réel, une batterie et un panneau solaire capable de la recharger, deux versions d’une plateforme ont été testées (Centurion et XArgos), pesant respectivement 65 et 55 g. La différence réside dans une mémoire d’archive interne qu’il faut récupérer pour la transférer pour XGPS, ou une récupération des données en temps réel via Argos.

 

L’albatros, « Ocean Sentinel »

Les albatros font partie des espèces souvent capturées par les navires de pêche dans l’océan Austral, car ils ont tendance à être attirés par les bateaux de pêche jusqu’à 30 km de distance (surtout les individus adultes) et peuvent essayer d’attraper les appâts ou les poissons pris sur les longues lignes. Ce sont également de grands oiseaux de mer (6-12 kg) qui parcourent toute l’étendue de l’océan Austral, capables de faire un tour complet de la Terre à des latitudes de 30 – 70°S en moins de 2 mois.

Pour ces raisons, équiper certains d’entre eux de ces nouveaux dispositifs semble être un bon test du concept.

Le suivi des animaux avec Argos

 

Test sur six mois

169 albatros hurleurs (Diomedea exulans) et d’Amsterdam (Diomedea amsterdamensis) ont été équipés sur l’île de Crozet, de Kerguelen ou d’Amsterdam d’une des deux plateformes, selon qu’ils étaient en période de reproduction (et donc retournaient régulièrement sur leur île de nidification) ou non (dans le cas des juvéniles et des adultes non reproducteurs).

Pendant cette période, les positions GPS où des émissions radar ont été détectées par les capteurs des oiseaux ont été comparées aux positions AIS/VMS – ou à leur absence. 632 333 localisations GPS d’albatros ont été récupérées, ainsi que 5 108 détections radar, représentant des interactions avec 353 bateaux différents. Les oiseaux ont couvert ensemble une zone de plus de 47 millions de km2.

Océan Indien Sud avec les suivis des albatros hurleurs de Crozet, et de Kerguelen et des albatros d'Amsterdam

Océan Indien Sud avec les suivis des albatros hurleurs de Crozet (vert), et de Kerguelen (orange) et des albatros d’Amsterdam (bleu). Les marqueurs jaunes indiquent les détections radar ; la ligne jaune, les limites de la ZEE.(crédits CEBC/CNRS)

Zoom sur la ZEE de Kerguelen
Zoom sur la ZEE de Kerguelen (crédits CEBC/CNRS)

 

Les positions des détections radar sans AIS ont également été comparés à la bathymétrie et aux eaux internationales ou aux ZEE. Il est apparu qu’un peu plus de 28% des détections radar n’étaient pas accompagnées d’une émission AIS dans un rayon de 30 km, avec une différence entre les eaux internationales et les eaux des ZEE : beaucoup plus d’AIS étaient éteints dans les eaux internationales (près de 37%) que dans les ZEE. Dans ces dernières, toutefois, les autorités locales peuvent décider de poursuivre la pêche illégale.

 

Localisation des détections radar avec AIS associé et sans AIS associé
Localisation des détections radar avec AIS associé (points verts) et sans AIS associé (points rouges). ligne bleue ; zone de déplacement de tous les oiseaux (noyau 90%), zone bleue ; noyau 50%, limites des ZEE ligne jaune. (crédits CEBC/CNRS)

 

Les premiers résultats de ce programme Ocean Sentinel montrent clairement que les animaux peuvent améliorer notre capacité de surveillance de secteurs océaniques très isolés. Le test a été réalisé sur des albatros, mais il peut être reproduit dans d’autres cas, où des oiseaux de mer suffisamment grands et au rayon d’action étendu sont attirés par les bateaux de pêche.

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