A grey-headed albatross chick with an attached PTT (the aerial can be seen coming from the back of the bird). (credit Derren Fox)
30.03.2020 Oiseaux

Suivre de jeunes albatros à tête grise

Les albatros sont des oiseaux marins emblématiques de l’océan Austral. La télémétrie par satellite Argos a permis d’améliorer considérablement les connaissances sur la répartition et le comportement des adultes en mer, et a contribué aux initiatives visant à réduire leurs prises accidentelles par les pêcheries. Par contre, on en sait nettement moins sur les mouvements des juvéniles et des immatures, qui sont potentiellement plus exposés dans les zones non utilisées par les adultes. Le BAS suit les juvéniles d’albatros à tête grise de Bird Island pour combler cette lacune et aider à atténuer le risque associé.

Photo : Un jeune albatros à tête grise avec un émetteur attaché (on peut voir l’antenne venant du dos de l’oiseau). (crédits Derren Fox)

Les albatros sont un cas d’école pour démontrer l’utilisation pour la protection des animaux des données de suivi par satellite. Ils peuvent rester en mer pendant des mois, sans jamais atterrir sur la terre ferme, parcourant des distances incroyables. Leurs mouvements sont donc impossibles à suivre autrement que par satellite. Le développement du système Argos a permis aux scientifiques de découvrir beaucoup de choses sur leurs zones d’alimentation. Il est rapidement devenu évident que la mortalité accidentelle (prises accidentelles) dans les pêcheries était une préoccupation majeure (les albatros se noient après s’être accrochés sur les hameçons ou se brisent les ailes en entrant en collision avec les câbles des chaluts). Les données de suivi Argos ont permis de mieux définir les zones utilisées pendant les saisons de reproduction et de non reproduction, et où des mesures d’atténuation devraient donc être utilisées, de manière à réduire les taux de prises accidentelles d’oiseaux de mer. Cependant, la plupart des balises de suivi ont été déployées sur des adultes, et ce n’est que récemment qu’il est devenu évident que les oiseaux de mer juvéniles et immatures peuvent avoir des comportements alimentaires très différents. Ils se dispersent davantage, évitant peut-être la concurrence avec les adultes et passent des années en mer à trouver les meilleures zones d’alimentation. Ainsi, ils peuvent être confrontés à des pêcheries différentes, où ils courent un plus grand risque de prises accidentelles que les adultes plus expérimentés.

Une espèce de pleine mer

L’albatros à tête grise (Thalassarche chrysostoma) est l’une des espèces d’albatros les plus pélagiques, qui reste et se nourrit en pleine mer. Il est inscrit sur la liste des espèces menacées par l’UICN en raison d’un déclin très rapide d’environ 5 % par an au cours des dernières décennies en Géorgie du Sud (dans l’Atlantique Sud), qui abrite la moitié de la population mondiale. Comme toutes les espèces d’albatros, ils vivent longtemps et ont un comportement très différent en fonction de leur âge. La surveillance à long terme des oiseaux bagués a révélé que moins de juvéniles que prévu étaient à nouveau observés, ce qui indique un taux de mortalité élevé entre l’envol et le premier retour dans la colonie.

Les pétrels géants prédatent les jeunes albatros à tête grise dès leur premier vol ou un peu plus tard, lorsqu’ils sont encore proches de leur colonie. Une partie de la mortalité peut également être attribuée aux variations climatiques. En outre, des observateurs à bord de bateaux de pêche ont rapporté avoir vu des albatros à tête grise juvéniles et immatures pris accidentellement dans des zones où les adultes n’étaient généralement pas repérés.

Suivre pour une meilleure connaissance

Le British Antarctic Survey et BirdLife International ont reconnu qu’il était urgent de cartographier les mouvements et les zones d’alimentation des juvéniles afin de déterminer le chevauchement avec les zones de pêches et d’évaluer le taux de survie dans les premières semaines et les premiers mois suivant leur envol. En mai 2018, des émetteurs Argos ont été attachés à 16 juvéniles d’albatros à tête grise avant qu’ils ne quittent Bird Island (Géorgie du Sud) avec un cycle de fonctionnement de 8 heures de marche et 43 heures de repos. Un an plus tard, 16 nouveaux émetteurs ont été attachés à d’autres poussins.

Le financement des appareils utilisés pendant la saison 2019 a été obtenu auprès du South Georgia Heritage Trust et des Friends of South Georgia Island, et pour ceux de la saison 2018 auprès de la Fondation David et Lucile Packard, par le biais du programme marin international de BirdLife.

Near real-time tracking using the Argos system for 2018 (Credits BAS)
Suivi en temps quasi réel à l’aide du système Argos pour 2018 (Crédits BAS)
Near real-time tracking using the Argos system for 2019 (Credits BAS)
Suivi en temps quasi réel à l’aide du système Argos pour 2019 (Crédits BAS)

Les zones d’alimentation des jeunes albatros à tête grise dans les mois qui ont suivi leur envol empiètent sur les zones de pêche de la flotte thonière dans le centre de l’Atlantique Sud. Cette superposition se produit au cours de leurs premiers mois en mer, lorsque les jeunes oiseaux sont particulièrement vulnérables aux prises accidentelles en raison de leur inexpérience ou de leur comportement naïf de charognage. Cette constatation prouve que les oiseaux capturés accidentellement proviennent probablement de Géorgie du Sud et que la réduction des prises accidentelles dans ces flottes pourrait contribuer à enrayer le déclin de leur population.

Une campagne de sensibilisation a été lancée dans les pays asiatiques qui sont les États des pavillons de ces flottes de pêches. En outre, les informations ont été présentées à la CICTA (Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique) pour être examinées par les pêcheries.

Les juvéniles ont parcouru d’énormes distances, les suivis montrant jusqu’où même de jeunes oiseaux peuvent voler – certains individus ont parcouru plus de 50 000 km (c’est-à-dire plus que la circonférence de la Terre à l’équateur) en quelques mois seulement.

 

Liens & références

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  • Page sur le site du BAS : https://www.bas.ac.uk/project/grey-headed-albatross-juvenile-tracking/
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