A silky shark with a pop-up tag (Credit NOAA Fisheries)
06.01.2020 Animaux marins

Comprendre les mouvements des requins soyeux pour éviter leurs interactions avec la pêche

Les requins soyeux utilisent le même habitat que certaines espèces commercialisables de thon, ce qui entraîne des risques élevés de pêches accidentelles. Une étude de la NOAA utilisant une combinaison de technologies de télémétrie, y compris la télémétrie par satellite Argos, vise à identifier les schémas potentiels de comportement de ces requins pour élaborer des stratégies efficaces de réduction des prises accidentelles.

Photo : un requin soyeux avec une marque archive (Crédits NOAA Fisheries)

Le requin soyeux (Carcharhinus falciformis) est une espèce vivant sous les Tropiques, dans des eaux plus chaudes que 23 °C. Ils vivent également dans la couche de mélange supérieure la plus chaude de la colonne d’eau, qui est également l’habitat préféré de l’albacore et du listao. Comme c’est également là que la pêche est pratiquée, les jeunes requins soyeux sont vulnérables à un effort de pêche intensif, ce qui fait de cette espèce l’une des principales prises accessoires d’élasmobranches par les thoniers. On estime qu’entre 300 000 et 634 000 individus sont capturés chaque année dans l’ouest et le centre de l’océan Pacifique. Les efforts visant à réduire les impacts de la pêche sur les populations mondiales de requins soyeux ont inclus des mesures de  » non rétention  » dans plusieurs organisations régionales de gestion des pêches ; cependant, ces stratégies n’ont pas réussi à réduire la mortalité des requins. Des scientifiques de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) et de l’International Seafood Sustainability Foundation utilisent des marques archives satellite pour améliorer notre compréhension de l’habitat et des déplacements de cette espèce, y compris l’organisation spatiale au stade juvénile. L’objectif est de concevoir des stratégies de gestion des pêches et réduire les interactions entre les requins et les thoniers.

Dans cette étude, des requins soyeux ont été capturés dans le Pacifique tropical oriental (ETP) et dans l’océan Pacifique occidental et central (WCPO) en 2004-2005 et en 2012, et équipés d’émetteurs télémétriques Argos. Dans le Pacifique tropical oriental, près de l’île de Clipperton et du Costa Rica, dix jeunes requins soyeux ont été équipés de marques archives par satellite reliées par Argos, dont trois avaient également une marque transmettant la position et la température (SPOTs, Wildlife Computers Inc., Redmond, Washington, États-Unis). Ce double marquage fournit une position en temps quasi réel lorsque l’étiquette est hors de l’eau. Dans l’océan Pacifique occidental et central, 26 requins juvéniles ont été équipés de marques archives pop-up (Wildlife Computers Inc., Redmond, Washington, USA).

Silky shark tracks compared with chlorophyll-a concentrations from satellites. The crosses and squares show the ends of the tracks. (Credit NOAA Fisheries)
Trajectoires de requin soyeux comparées aux concentrations de chlorophylle-a satellite. Les croix et les carrés représentent les extrémités des trajets. (Crédit NOAA Fisheries)

L’analyse des données transmises a montré que les requins sont restés à des températures moyennes de 28-29 °C (de 26,8 au minimum à 31,3 °C au maximum). Leurs mouvements verticaux se sont limités à des profondeurs inférieures à 5-10 m dans le Pacifique Equatorial et Tropical, et inférieures à 100 m dans l’océan Pacifique occidental et central, ce qui correspond à la structure verticale de la couche de mélange dans chaque région. Ils se sont souvent déplacés dans des régions moins productives que celles où ils ont été marqués, mais la durée du suivi (jusqu’à 129 jours) n’a pas permis d’identifier les principales zones d’habitat ou les corridors de migration. La longueur totale des trajets varie de 250 à 3 880 km environ, alors que la distance réelle entre le lieu de marquage et le lieu de relâché des marques est d’un ordre de grandeur inférieur dans la plupart des cas (120-1 010 km).

 

Archived tag data illustrating the depth and temperature for an entire deployment from one of the sharks. A shows the whole track (100 days), while B and C show two different weeks from these 100 days. C illustrates deep dives beyond the thermocline depths. Shaded areas represent nighttime. (Credit NOAA Fisheries)
Données des marques archives illustrant la profondeur et la température pour l’ensemble d’un déploiement à partir d’un des requins. A montre la piste entière (100 jours), alors que B et C montrent deux semaines différentes de ces 100 jours. C illustre les plongées profondes au-delà des profondeurs de la thermocline. Les zones ombragées représentent la nuit. (Crédits NOAA Fisheries)

 

Cette étude a montré que les requins soyeux occupent des zones peu profondes, ce qui les rend vulnérables à la capture dans les pêcheries à la senne coulissante et à la palangre de l’océan Pacifique. Les courtes périodes de déploiement des marques ne montrent pas les effets de la saisonnalité et des migrations qui peuvent se produire à long terme, mais montrent que les requins juvéniles sont capables de se déplacer sur de longues distances à travers les frontières. Cela renforce l’argument en faveur d’une collaboration internationale sur les stratégies de conservation.

Référence

  • Melanie Hutchinson, Daniel M. Coffey, Kim Holland, David Itano, Bruno Leroy, Suzanne Kohin, Russell Vetter, Ashley J. Williams, Johanna Wren (2019) Movements and habitat use of juvenile silky sharks in the Pacific Ocean inform conservation strategies, Fisheries Research 210: 131–142, https://doi.org/10.1016/j.fishres.2018.10.016

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