An Asian houbara equipped with an Argos PTT (Credits R. J. Burnside)
02.04.2019 Oiseaux

Préserver les outardes

L’outarde de Macqueen est un oiseau très adapté à son environnement aride, avec des plumes qui le camouflent parfaitement et peu de prédateurs naturels. Cependant, il est traditionnellement chassé à l’aide de faucons dans la péninsule arabique. Avec l’augmentation de cette chasse, il est maintenant menacé. Le suivi par Argos aide à définir des stratégies de protection de cette espèce.

Une espèce traditionnellement chassée par fauconnerie

L’outarde de Macqueen (Chlamydotis macqueenii) est un oiseau migrateur omnivore vivant en milieu aride, appartenant à la famille des outardes. La couleur de ses plumes lui permet de se fondre parfaitement dans son habitat semi-désertique. On le trouve de la péninsule arabique à la Chine en passant par l’Asie centrale. Les populations du centre et de l’est migrent en Asie de l’Ouest et du Sud et au Moyen-Orient en hiver, parcourant jusqu’à 500 kilomètres par jour, principalement la nuit, à une vitesse constante. Pendant des siècles, ils ont été chassés pour la nourriture à l’aide de faucons dans la péninsule arabique. Aujourd’hui, la chasse au faucon mais également à l’arme à feu se développe, ainsi que le braconnage et le piégeage illégal pour l’entraînement des faucons. Cela conduit à des taux de reproduction inférieurs à ceux de mortalité, menaçant la population d’outarde de Macqueen (classée comme vulnérable sur la Liste rouge de l’UICN), qui diminue actuellement de 9,4% par an en Ouzbékistan.

En suivant les oiseaux

Cent soixante-dix outardes de Macqueen, sauvages ou élevées en captivité, ont été équipées avec des émetteurs Argos pour essayer de déterminer un taux durable de prélèvement de la ressource, mais aussi l’impact de l’introduction d’oiseaux élevés. Les résultats montrent que l’essentiel de la mortalité se produit en hiver, due pour moitié à la chasse et au braconnage, les taux actuels de chasse étant le double du taux de prélèvement durable. L’introduction d’oiseaux élevés en captivité, l’une des solutions proposées, n’est pas sans inconvénients (réduction de la diversité génétique, risques de maladies, de domestication, moins bonne aptitude à la survie), et donne aussi l’impression que l’espèce n’est pas aussi menacée du fait de l’augmentation artificielle du nombre d’oiseaux observables ainsi générée. Elle est également extrêmement coûteuse. De plus, une étude récente [Dolman et al, 2018] montre que la reproduction en captivité ne peut à elle seule rendre durable une chasse non réglementée. Et que même avec la réglementation, il faudrait relâcher plus d’oiseaux qu’il n’y en a de sauvages (plus de 170 %).

Tracking wild Asian houbara during migration (Credits Daniel Salliss & R. J. Burnside)
Suivis d’outarde de Macqueen sauvage pendant la migration — voir l’animation (Crédits Daniel Salliss & R. J. Burnside)

Des recommandations en matière de conservation de l’espèce

Une chasse durable doit être développée pour conserver l’espèce tout en maintenant la tradition de la fauconnerie dans la péninsule arabique, une tradition culturelle importante. Le programme de recherche scientifique dirigé par le Prof. Paul Dolman, U. East Anglia vise à développer une approche par modélisation de cette gestion durable. Les recommandations issues des observations faites au cours des dernières années visent à réglementer la chasse dans les aires d’hivernage, à cesser le piégeage des oiseaux et à continuer de relâcher les oiseaux élevés en captivité, mais à un rythme limité.

Photo: Une outarde de Macqueen équipée d’un émetteur Argos (Crédits R. J. Burnside)

Liens

Houbara Conservation & Sustainable Hunting, an evidence-based approach 
@SustainHoubara (Twitter), @SustainHoubara (facebook)

Références

P.M. Dolman, N.J. Collar, R.J. Burnside, Captive breeding cannot sustain migratory Asian houbara Chlamydotis macqueenii without hunting controls, Biological Conservation 228 (2018) 357–366 https://doi.org/10.1016/j.biocon.2018.10.001

R.J. Burnside, N.J. Collar, P.M.Dolman, Dataset on the numbers and proportion of mortality attributable to hunting, trapping, and powerlines in wild and captive-bred migratory Asian houbara Chlamydotis macqueenii, Data in Brief 21 (2018) 1848–1852