Sur la piste des ours polaires

Collared female with two cubs. (Credits A. Derocher)

24.07.2018 Animaux marins Sur la piste des ours polaires

Les ours polaires vivent dans un environnement difficile pour les êtres humains, et s’approcher d’eux n’est pas sans danger. Le suivi de la faune à l’aide des émetteurs Argos a donc permis d’en savoir plus à leur sujet.

L’ours polaire (Ursus maritimus) est fortement dépendant de la glace de mer, puisqu’il se nourrit de phoques (phoques annelés et phoques barbus) qu’il attrape lorsqu’ils remontent à la surface pour respirer ou se hisser hors de l’eau.  La télémétrie par satellite utilisant Argos a été capitale pour connaître les déplacements des ours polaires.  Les méthodes antérieures supposaient de survoler la banquise dans un avion pour suivre les ours, ce qui était non seulement inefficace mais aussi dangereux pour ceux qui le faisaient.  Avec l’avènement des satellites, nous pouvons aujourd’hui examiner les caractéristiques des habitats des ours, la distance qu’ils parcourent chaque jour, leur fréquence et distance de nage et, surtout, dans un Arctique en rapide évolution, la façon dont ils réagissent à la diminution de la glace de mer.

An adult male polar bear with an ear tag Argos PTT (Credits A. Derocher)
Ours polaire mâle adulte avec un émetteur d’oreille Argos (Crédits A. Derocher)

Le cœur du programme de recherche et de surveillance des ours polaires de l’Université de l’Alberta utilise depuis des décennies la télémétrie par satellite à l’aide de colliers émetteurs Argos équipant des femelles adultes. En suivant ces ourses adultes, nous savons que celles qui ont de jeunes oursons tout juste sortis de leur tanière fréquentent des zones différentes de celles qui ont des oursons plus âgés.  De plus, les femelles en période d’accouplement se rendent sur des zones encore différentes.  L’avantage des colliers est qu’ils peuvent fournir jusqu’à six localisations par jour pendant un ou deux ans.  Ces dernières années, les émetteurs d’oreille ont également été utilisées pour élargir nos connaissances sur les populations de mâles adultes et de subadultes, qui ont un comportement différent de celui des femelles adultes. Les émetteurs d’oreille, qui ont de minuscules batteries, ne transmettent que pendant quelques mois, mais comme les colliers ne conviennent pas aux ours polaires mâles et ne peuvent pas être mises sur des individus en pleine croissance, l’utilisation des deux types d’émetteurs permet de mieux comprendre le monde des ours sous tous ses aspects.

Locations of adult female polar bears on June 4, 2018 tracked by U. Alberta
Localisations des ours polaires femelles adultes suivis par l’Université de l’Alberta le 4 juin 2018
The ear-tagged ones tracked since May 2018. (U. Alberta)
Les ours polaires avec un émetteur à l’oreille suivis depuis mai 2018 (à droite). Les ours munis de marques auriculaires demeurent plus près du rivage que les femelles munies de colliers qui se déplacent sur une grande partie de la baie d’Hudson  (U. Alberta)

Du fait des changements qui ont lieu en l’Arctique, l’un des principaux paramètres que l’on surveille est la durée de la période sur la glace des ours.  Une femelle gravide peut jeûner jusqu’à 8 mois, donner naissance à une paire d’oursons et les allaiter jusqu’à qu’ils atteignent un poids d’environ 10 kg chacun avant de retourner sur la glace de mer pour se nourrir à nouveau, mais une débâcle précoce peut réduire la survie des oursons.  Un tel jeûne n’est pas possible pour les subadultes qui grandissent rapidement, ont moins d’expérience de la chasse et ont donc moins de graisse stockée. De plus, les mâles adultes se concentrent sur l’accouplement au printemps, et leur recherche de l’amour se fait aux dépens de leur alimentation.  Le résultat net est que les subadultes et les mâles adultes , ne sont capables de jeûner que pendant des périodes plus courtes que les femelles.  Les données satellitaires sont utilisées pour dire quand les ours arrivent sur terre au moment de la débâcle et quand ils repartent pour reprendre leur vie sur la glace de mer.

Les données recueillies sur les ours aident également les gestionnaires de la faune à prendre des décisions. Toutes les analyses suggèrent que nous allons perdre de nombreuses populations car la glace de mer disparaît trop longtemps au cours d’une année donnée, et les ours ne sont plus en mesure d’équilibrer leurs périodes de festins et de jeûnes.  Cependant, nous nous attendons aussi à ce que les ours subsistent jusqu’à la fin du siècle dans l’Extrême-Arctique du Canada et au Groenland.  C’est une période difficile pour les ours polaires, mais mieux les connaître devrait aider.

Photo: Ourse avec un collier émetteur, et ses deux petits. (Crédits A. Derocher)

Références

Dag Vongraven, Andrew E. Derocher and Alyssa M. Bohart, 2018: Polar bear research: has science helped management and conservation?, Environmental Reviews, DOI: 10.1139/er-2018-0021

Polar Bear Science http://polarbears.biology.ualberta.ca/

Andrew Derocher sur twitter https://twitter.com/AEDerocher