Two dorcas gazelles (credit C Enseñat)
05.02.2020 Mammifères terrestres

Les activités saisonnières des gazelles Dorcas enregistrés par Argos

Les gazelles dorcas vivent au nord du Sahel, en Afrique. Dans certains pays, elles sont classées comme vulnérables. Pour les réintroduire, il est nécessaire d’évaluer leurs capacités d’adaptation à un nouvel environnement. Des données d’activité de ces gazelles, enregistrées par des colliers et transmises par Argos, permettent de mieux comprendre leurs modes d’activités en fonction des saisons.

Photo : Deux gazelles dorcas (crédits C Enseñat)

A dorcas gazelle with a GPS-collar recording activities, transmitted by Argos. The collar weights less than 500 g, i.e. 3% of the animal's weight (credit C Enseñat)
Une gazelle dorcas avec un collier GPS enregistrant ses activités, transmises ensuite par Argos. Le collier pèse moins de 500 g, soit 3% du poids de l’animal (crédit C Enseñat)

La gazelle dorcas (Gazella dorcas) est l’une des plus petites espèces de gazelles (pas plus de 16 kg pour les mâles adultes). Elle vit en Afrique du Nord, de la côte atlantique à la mer Rouge, du nord du Sahel jusqu’aux côtes méditerranéennes. Elles peuvent donc se trouver dans une grande variété d’habitats et de climats. Ceci entraîne une diversité de la disponibilité en nourriture et en eau mais aussi probablement de leurs rythmes d’activité quotidienne. Le braconnage a fait baisser leur population à un niveau inquiétant, même si leur situation n’est pas au même niveau de vulnérabilité dans tous les pays et habitats où on les trouve.

L’Estación Experimental de Zonas Aridas (Conseil national espagnol de la recherche, CSIC) à Almería (Espagne) a mené un projet visant à réintroduire la gazelle Dorcas au Sénégal, d’où elle a disparu dans les années 1970. Dans le cadre de ce projet, le suivi de certaines populations réintroduites a été effectué afin d’évaluer leur capacité d’adaptation et l’adéquation de l’environnement pour les accueillir.

Trois gazelles dorcas mâles nés en captivité ont été équipés de colliers GPS. Les données de ces colliers sont transmises par Argos, avec des enregistreurs d’activité intégrés composés de capteurs de mouvement à deux axes sensibles aux mouvements de la tête et du cou et d’un capteur de température. Les gazelles ont été relâchées dans l’enceinte de Katané (voir carte) dans des conditions de semi-captivité. Il faut noter que la petite taille de l’échantillon limite en partie la portée des conclusions.

Map of the Katané enclosure (North Ferlo Fauna Reserve, Senegal)e, the area of reintroduction and study (credits Estación Experimental de Zonas Aridas/CSIC)
Carte de l’enceinte de Katané (Réserve de Faune du Ferlo Nord, Sénégal), la zone de réintroduction et d’étude (crédits Estación Experimental de Zonas Aridas/CSIC)

Les résultats montrent que l’activité principale des gazelle, quelle que soit la saison, est le « repos », c’est-à-dire, du point de vue du capteur, de ne pas bouger. En dehors de cette phase de « repos », la plus grande partie du temps est consacrée à l’alimentation, puis au déplacement calme (« déplacement ») et encore moins de temps à la course (7-8% du temps). Le schéma des activités au cours d’une journée est cependant différent selon les saisons. La température par rapport à l’heure de la journée semble être le facteur déterminant des activités des gazelles.

Trois schémas quotidiens différents ont été trouvés : un schéma diurne avec des activités de mouvement plus importantes pendant le jour que pendant la période d’obscurité et le plus grand nombre d’activités à la mi-journée, pendant la saison sèche et froide (décembre à février ; période sèche avec des températures moyennes inférieures à 28°C) ; un schéma bimodal avec une activité maximale au crépuscule et pendant les heures d’obscurité et du repos principalement à la mi-journée, pendant la saison chaude et sèche (avril ; (avril ; également une période sèche, mais avec des températures moyennes supérieures à 30°C) ; et un schéma transitoire en mars, dans lequel les activités sont plus importantes pendant les périodes de jour que pendant les périodes d’obscurité, mais dans lequel, à la mi-journée, le temps de repos est similaire à celui consacré à toute autre activité (se nourrir, se déplacer calmement, courir).

The patterns of activities recorded in February, March and April. The resting or moving activities differ depending on the month (credits Estación Experimental de Zonas Aridas/CSIC)
Schémas d’activités enregistrés en février, mars et avril. Les heures d’activités de repos ou de déplacement diffèrent selon le mois (crédits Estación Experimental de Zonas Aridas/CSIC)

 

Le passage entre le rythme diurne et le rythme bimodal s’effectue lorsque les températures maximales moyennes dépassent la température corporelle de la gazelle dorcas (38,5 – 39 °C). Leur inactivité pendant les heures chaudes facilite la thermorégulation et évite le stress thermique de la mi-journée. C’est une adaptation dont font preuve diverses espèces vivant dans des conditions extrêmes.

Cette étude montre, pour la première fois, les schémas d’activité de la gazelle dorcas. Elle illustre également leur capacité à s’adapter aux conditions climatiques environnementales, y compris à des températures extrêmement élevées. Pour ce faire, elles sont capables de modifier leurs schémas d’activité quotidiens. Cette capacité est cruciale pour assurer le succès de sa réintroduction.

 

Référence

  • Teresa Abáigar, Mar Cano, Conrad Ensenyat, 2017: Time allocation and patterns of activity of the dorcas gazelle (Gazella dorcas) in a sahelian habitat, Mamm Res, doi 10.1007/s13364-017-0334-0