Green turtle with an Argos PTT (credit E. Lancelot)
31.08.2020 Animaux marins

Les tortues vertes juvéniles se comportent différemment les unes des autres, révèle la télémétrie par satellite

Le suivi du comportement d’un grand nombre de jeunes tortues vertes par télémétrie satellite dans des environnements très variés permet de montrer des différences de comportement entre les individus.

 

Photo : Tortue verte avec un émetteur Argos (crédit E. Lancelot)

La tortue verte (Chelonia mydas) est l’une des sept espèces de tortues marines (avec également la tortue caouanne, la tortue de Kemp, la tortue olivâtre ou la tortue luth). On la trouve dans toutes les mers tropicales et subtropicales du monde, y compris dans l’océan Indien.

 

Suivies depuis cinq îles différentes de l’océan Indien

De 2010 à 2018, 49 tortues vertes juvéniles ont été suivies à l’aide de la télémétrie par satellite Argos dans le sud-ouest de l’océan Indien, sur cinq îles différentes : Europa, Glorieuses et Juan de Nova (îles isolées avec seulement quelques scientifiques ou gardiens présents) et aussi Mayotte et La Réunion qui sont des îles à la fois peuplées et touristiques, représentant des habitats contrastés avec des conditions anthropogéniques différentes. Seules deux tortues ont quitté Europa, tandis que les autres sont restées à proximité de leur site de relâcher, dans les eaux côtières des îles.

 

The five islands where the juvenile green turtles were tagged and satellite tracked. (from [Chambault et al, 2020])
Les cinq îles où les tortues vertes juvéniles ont été marquées et suivies par satellite. (d’après [Chambault et al, 2020])

Différences de comportement entre les individus

L’objectif de cette méta-analyse est d’étudier les schémas jour/nuit de leurs comportements, les différences entre les sites et entre les individus, et les facteurs environnementaux potentiels de ces comportements. La profondeur, la distance par rapport au rivage, les habitats du fond marin et les marées ont été utilisés comme facteurs potentiels de leurs mouvements. Les domaines vitaux diurnes et nocturnes ont également été estimés à partir des positions GPS.
Les résultats montrent que globalement, les tortues juvéniles utilisent des domaines vitaux restreints (0,21 ± 0,27 km2), ce qui témoigne d’une grande fidélité à leurs habitats d’alimentation. Une constatation générale est également que les tortues se dispersent davantage pendant la journée (plus grands domaines vitaux), mais avec des différences notables entre les individus. Dans les Glorieuses, par exemple, la distance moyenne au rivage varie entre 0,24 et 4,31 km. Les domaines vitaux plus petits constatés la nuit sont en accord avec l’hypothèse selon laquelle les tortues de mer diminuent leur activité en nocturne. Sur une île donnée, les tortues ont choisi différents habitats (par exemple, mangrove, plaine récifale, avant-récif, terrasse) associés à des ressources variées (corail, herbe marine, algues).

 

 

Individual kernel densities (50% contours) during day and night for (a,b) Europa, (c,d) Glorieuses, (e,f) Juan de Nova, (g,h) Mayotte and (I,j) La Reunion. The green lines in each figure refer to the 10 m isobaths (from [Chambault et al, 2020])
Densités individuelles de présence (50% des contours) de jour et de nuit pour (a,b) Europa, (c,d) Glorieuses, (e,f) Juan de Nova, (g,h) Mayotte et (I,j) La Réunion. Les lignes vertes dans chaque figure se réfèrent aux isobathes à 10 m (d’après [Chambault et al, 2020])

Plasticité des comportements

Si certaines similitudes ont été observées, notamment dans les schémas jour/nuit, les différences entre les sites et les individus sont plus frappantes, ce qui montre une plasticité comportementale potentielle de cette espèce. Les raisons peuvent être liées à la personnalité ou à l’expérience de chaque individu, mais aussi aux conditions locales de chaque site. En effet, les habitats et ressources contrastés de chacun des cinq sites pourraient également contribuer à cette variabilité comportementale, soulignant la capacité des jeunes tortues vertes à s’adapter aux modifications imminentes de leur habitat.

 

Référence & Lien

  • Philippine Chambault, Mayeul Dalleau, Jean-Benoît Nicet, Pascal Mouquet, Katia Ballorain, Claire Jean, Stéphane Ciccione and Jérôme Bourjea, 2020: Contrasted habitats and individual plasticity drive the fine scale movements of juvenile green turtles in coastal ecosystems, Movement Ecology, (2020) 8:1, https://doi.org/10.1186/s40462-019-0184-2
  • https://www.facebook.com/KeloniaRMR