A grey-headed albatross chick with an attached PTT (the aerial can be seen coming from the back of the bird). (credit Derren Fox)
27.10.2020 Animaux marins

Suivre des animaux marins est-il vraiment utile pour leur protection ?

L’une des raisons invoquées le plus fréquemment pour équiper des animaux de dispositifs de suivi est de contribuer aux mesures et aux réglementations de protection. Dans le cas des animaux marins, cet argument est-il seulement (ou surtout) un souhait, ou les études de suivi ont-elles des conséquences réelles ? Suivre des animaux marins est-il utile pour leur protection ? Une étude montre que plus les parties prenantes sont impliquées tôt dans la collecte des données, plus la transposition en termes de politique de protection est concrète.

Photo : Un jeune albatros à tête grise avec un émetteur attaché (on peut voir l’antenne venant du dos de l’oiseau). (crédits Derren Fox)

 

Aider à la protection, une raison souvent invoquée

Nous avons souvent cité ici les politiques de protection et/ou la gestion des populations comme étant le résultat final des études de suivi des animaux (par exemple Comprendre les mouvements des requins soyeux pour éviter leurs interactions avec la pêcheLa vie nocturne des grands dauphins dans un labyrinthe de chenaux étroits, Répartition des baleines à fanons dans l’Atlantique NordLe système Argos contribue au Plan National d’Action (PNA) pour la préservation des tortues marines aux Antilles, ou Mouvements et habitat des dugongs dans des lagons de récifs coralliens). En effet environ un tiers de ces articles mentionnent la protection comme raison d’être. Cependant, nous n’avons pas toujours d’informations sur cette dernière étape, car elle vient souvent après la publication de l’article.
Un groupe d’experts a décidé d’examiner la transposition des recommandations formulées dans les études de suivi des animaux marins, comme celles faites grâce à la télémétrie par satellite Argos, en politiques et mesures de protection. Les conditions dans lesquelles elles se sont traduites par des résultats tangibles dans ce domaine ont été particulièrement notées.
Hays et al, [2019] considèrent que très peu d’articles basés sur le suivi des animaux ont un impact clair et réel sur la gestion et les politiques de protection des animaux, alors que c’est souvent la seule façon de déterminer les recoupements géographiques entre une espèce donnée et les menaces qui pèsent sur sa population. Ils y voient plusieurs raisons possibles, telles que le manque de connexion entre les scientifiques et les décideurs politiques, et le fait que ces derniers ne lisent probablement pas la littérature scientifique. Le formalisme de cette littérature qui ne conduit pas forcément à des recommandations claires et directement utilisables pourrait en être une autre. Et si les besoins des décideurs politiques ou des gestionnaires n’ont pas été pris en compte dans la conception de l’étude, ces besoins peuvent ne pas être satisfaits non plus par les recommandations exprimées.

 

Des exemples où suivre des animaux marins a été utile pour leur protection

Néanmoins, en interrogeant des experts dans le domaine, on peut énumérer un certain nombre de changements réels, provenant du suivi d’un large éventail d’espèces marines. Nous avons parlé ici de la réduction des prises accessoires d’oiseaux de mer ( Argos aide à évaluer les risques de prises accidentelles d’oiseaux de mer par les pêcheries), qui est l’une des réalisations concrètes les plus importantes. La création, la définition ou l’élargissement de certaines zones marines protégées peuvent également être liés au suivi des animaux – celles de la Géorgie du Sud et des Orcades du Sud suite au suivi de différentes espèces de manchots, celles des Galapagos à ceux d’otaries, au Gabon ou au Mexique aux suivis de tortues marines, etc. L’évaluation des populations et l’estimation des domaines vitaux sont également liées au suivi et aux régulations, dans le cas, par exemple, des grands dauphins, des cabillauds, des bélugas. Certaines constructions d’infrastructures telles que les ponts au-dessus de voies navigables, ou l’utilisation de dispositifs de pêche tels que les filets ont été modifiées à la suite d’études de suivi des lamantins ou des tortues de mer. La citation sur la liste des espèces menacées a également été mentionnée (par exemple, le requin pèlerin dans la liste de la CITES). Enfin, l’évaluation de l’efficacité des réglementations déjà en application ou des efforts de réintroduction ou rétablissement des populations à partir des suivis est documentée, par exemple dans le cas des lamantins dans le nord du Golfe du Mexique.

 

Impliquer toutes les parties prenantes dès la conception d’une étude

D’après les témoignages des experts, les auteurs de l’étude concluent que l’engagement précoce des parties prenantes impliquées dans l’élaboration et la mise en œuvre de la politique environnementale auprès des collecteurs de données a souvent été la clé pour aider à transposer les données de suivi, ou les conclusions des études les utilisant, en actions ou réglementations de protection.

 

Référence

  • Graeme C. Hays, Helen Bailey, Steven J. Bograd, W. Don Bowen, Claudio Campagna, Ruth H. Carmichael, Paolo Casale, Andre Chiaradia, Daniel P. Costa, Eduardo Cuevas, P.J. Nico de Bruyn, Maria P. Dias, Carlos M. Duarte, Daniel C. Dunn, Peter H. Dutton, Nicole Esteban, Ari Friedlaender, Kimberly T. Goetz, Brendan J. Godley, Patrick N. Halpin, Mark Hamann, Neil Hammerschlag, Robert Harcourt, Autumn-Lynn Harrison, Elliott L. Hazen, Michelle R. Heupel, Erich Hoyt, Nicolas E. Humphries, Connie Y. Kot, James S.E. Lea, Helene Marsh, Sara M. Maxwell, Clive R. McMahon, Giuseppe Notarbartolo di Sciara, Daniel M. Palacios, Richard A. Phillips, David Righton, Gail Schofield, Jeffrey A. Seminoff, Colin A. Simpfendorfer, David W. Sims, Akinori Takahashi, Michael J. Tetley, Michele Thums, Philip N. Trathan, Stella Villegas-Amtmann, Randall S. Wells, Scott D. Whiting, Natalie E. Wildermann, Ana M.M. Sequeira, 2019: Translating Marine Animal Tracking Data into Conservation Policy and Management, Trends in Ecology & Evolution, Volume 34, ISSUE 5, P459-473, May 01, 2019, DOI:https://doi.org/10.1016/j.tree.2019.01.009