A ruddy-headed goose with an Argos PTT (Antonella Gorosábel)
17.08.2020 Oiseaux

L’ouette à tête rousse, migratrice menacée sur le continent Sud-américain

L’ouette à tête rousse est considérée comme régionalement menacée en Argentine et au Chili, puisque des estimations récentes indiquent que la population y est inférieure à 800 individus. Les ouettes à tête rousse ont été suivies dans leurs migrations sur le continent sud-américain afin de mieux comprendre comment les protéger.

Photo : une ouette à tête rousse avec un émetteur Argos (Antonella Gorosábel)

 

Une population migratrice continentale en voie de disparition

L’ouette à tête rousse (Chloephaga rubidiceps) est la plus petite des cinq ouettes d’Amérique du Sud. C’est un oiseau aquatique dont il existe deux populations distinctes. L’une, sédentaire dans les îles Malouines, est considérée comme « la moins préoccupante » par l’UICN. L’autre, migratrice sur le continent sud-américain, est en danger critique d’extinction en Argentine et au Chili, avec une diminution importante de sa population. Seuls 800 individus sont signalés aujourd’hui, soit 10 % de la population estimée vers 1900. La diminution récente est attribuée à des prédateurs envahissants, à la dégradation des zones de reproduction due au bétail et au braconnage. La modification et la dégradation de l’habitat sur les sites de halte le long des voies de migration sont également suspectées.
La population continentale d’ouettes à tête rousse passe l’hiver dans les zones de pampa d’Argentine et se reproduit en Patagonie du Sud (Argentine et Chili), dans des plaines herbeuses ouvertes, avant de retourner dans ses zones d’hivernage. Cependant, les détails de ces migrations annuelles étaient mal connus, avec des questions sur l’identification des haltes, des sites de reproduction et d’hivernage, et led dates et durées de migration, au printemps comme à l’automne.

 

Suivies de leurs zones d’hivernage à leurs sites de reproduction

Six mâles adultes d’ouettes à tête rousse ont été équipés d’émetteurs satellite Argos dans leur zone d’hivernage en juillet-août 2015 et 2016. Ils ont été suivis depuis leurs zones d’hivernage de pampa, en Argentine, jusqu’à leurs sites de reproduction en Patagonie du Sud et retour. Tous sont revenus sur la zone où ils avaient été capturés un an auparavant.
Les oiseaux suivis ont quitté leurs sites d’hivernage dans la deuxième quinzaine du mois d’août et ont migré en moins de deux semaines sur environ 2 400 km en moyenne, en survolant principalement les terres, vers leurs sites de reproduction. Les ouettes sont restées sur place, dans le sud de la Patagonie, dans la région de Magallanes (Chili), pendant l’été, pendant au moins sept mois. Il faut noter que les ouettes à tête rousse ont revisité les mêmes zones de reproduction les années suivantes. Les six oiseaux ont migré pendant l’automne austral, partant fin mai et en juin, parcourant un peu moins de kilomètres (environ 2 350) en plus d’un mois, la plupart du temps lors de haltes. Pour cette migration, les ouettes se sont déplacées le long de la côte atlantique, au-dessus de la mer ou à proximité du littoral, peut-être en raison des conditions météorologiques qui prévalaient. Les données de télémétrie montrent que les deux migrations sont similaires en termes de distance, de vitesse de vol et de nombre d’escales, mais pas en termes de lieux et de temps passé en haltes.

Protection de l’ouette à tête rousse

Il est essentiel de comprendre les périodes de migration et les sites de halte pour proposer un plan de protection pour une espèce. Cette étude montre pour la première fois le cycle de migration complet de l’ouette à tête rousse en utilisant des émetteurs satellites. Parmi les actions de protection qui pourraient être menées suite à cette nouvelle information, la mise en place d’aires de nourrissage le long des sites de halte migratoire de l’ouette à tête rousse serait la plus importante. Cela permettrait de créer des zones exemptes de perturbations, avec un couvert végétal nourricier et protecteur, et un contrôle des carnivores introduits et du braconnage.

 

Références & liens