tortue
26.04.2021 Animaux marins

Comment se portent les tortues de mer après avoir été soignées et relâchées ?

Les centres de soin de tortues de mer sont de plus en plus importants pour des populations menacées partout dans le monde. Cependant, une question clé est de savoir si les soigner est réellement utile aux populations ; les tortues de mer survivent-elles dans la nature après avoir été relâchées ?

Photo: Une tortue caouanne après soins et remise en liberté, équipée d’un émetteur Argos (photo Simone Caprodossi)

 

L’un des objectifs de tous les centres de soin est de prendre en charge les individus sauvages malades ou blessés et de les relâcher dans leur environnement dès qu’ils sont guéris. Ces soins à la faune sauvage sont censés être positifs pour la protection de populations de plus en plus menacées, en particulier par des activités principalement anthropiques. Nous avons cités un certain nombre d’études de suivi de tortues, y compris d’individus relâchés après un séjour en centre de soin (voir Des tortues marines en plein cyclones tropicaux , où des tortues soignées et relâchées sont suivies, Deux destinations très différentes pour deux tortues éprises d’aventures ou Comprendre les tortues caouannes grâce aux données océaniques). Dans ces études, l’aspect guérison n’était pas mis en avant. Certains suivis étaient assez longs, mais est-ce habituel ou exceptionnel ? Les tortues guéries mènent-elles une vie normale de tortue après avoir été relâchées ?

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Cinq espèces de tortues différentes dans le golfe Persique

Le golfe Persique est la mer la plus chaude du monde, avec des températures de surface allant de 10°C à 39°C tout au long de l’année, et pourtant il abrite cinq des sept espèces de tortues de mer existantes. Ce golfe comprend une diversité d’habitats, dont de vastes herbiers marins, des mangroves, des marais salants et des récifs coralliens, mais il est exposé aux pressions anthropiques dues à l’augmentation de la population et des activités industrielles.

Le Dubai Turtle Rehabilitation Project (DTRP), basé aux Émirats arabes unis, a soigné et relâché environ 1800 tortues depuis sa création en 2004. La grande majorité des blessures étaient d’origine anthropique et auraient entraîné la mort de l’individu sans intervention humaine. Les amputations, en particulier, sont une blessure de plus en plus courante, généralement causée par un enchevêtrement dans des filets de pêche ou des déchets humains.

 

Suivi des tortues guéries

Vingt-six tortues de mer guéries ont été relâchées après soins entre mars 2012 et janvier 2018 par le Dubai Turtle Rehabilitation Project. La durée des soins a varié entre 89 et 817 jours (avec une moyenne d’un peu moins d’un an). Elles représentent quatre espèces différentes, les tortues imbriquées Eretmochelys imbricata (12 individus), les caouannes Caretta caretta (11), les vertes Chelonia mydas (2) et les olivâtres Lepidochelys olivacea (1 individu).

Leurs problèmes de santé initiaux comprenaient l’étourdissement par le froid, des blessures physiques telles que des traumatismes dus à la collision avec un bateau, une faiblesse générale et des infections. Six des individus relâchés avaient des nageoires amputées.

 

Mouvements horizontaux de onze tortues imbriquées après soins et guérison

Mouvements horizontaux de onze tortues caouannes après soins et guérison

Mouvements horizontaux de onze tortues imbriquées (à gauche) et onze tortues caouannes (à droite) après soins et guérison, suivies par satellite et relâchées aux Émirats arabes unis au cours de cette étude ; les caouannes se déplacent sur une plus grande distance que les imbriquées (d’après [Robinson et al., 2021], crédit Dubai Turtle Rehabilitation Project).

 

Menaces

Vingt-et-une des vingt-six tortues de mer relâchées ont survécu dans la nature au moins pendant la durée de leur suivi, c’est-à-dire entre 8 et 387 jours. Durant cette période, leurs domaines vitaux ont été sensiblement différents selon les espèces (en tout cas pour les tortues imbriquées et les caouannes, qui comptaient plus d’individus dans l’échantillon que les deux autres espèces). Les individus amputés ont montré un comportement et une survie similaires à ceux des non-amputés, même si leur rétablissement a été plus long.

Trois tortues ont été tuées par une collision avec un bateau dans la semaine suivant leur relâché, ce qui a été confirmé par la récupération des animaux. Deux autres tortues ont probablement souffert d’une collision avec un bateau ou d’un enchevêtrement dans un engin de pêche, car les transmissions de leurs émetteurs ont été détectées en continu, ce qui montre qu’ils étaient en permanence à la surface ; des émetteurs détachés auraient coulé. Cependant, ce taux de mortalité et ces causes sont cohérents avec ce qui est observé dans la population générale des tortues marines. Ainsi, leur mort ne semble pas liée à leur problème initial ni à leur période de soin.

 

Soigner des tortues fait une différence

Les résultats de cette étude suggèrent que les soins de tortues marines donnent des résultats positifs, compte tenu de la survie de la majorité des individus suivis. Elle montre également que les tortues présentant des blessures graves, telles que des amputations, peuvent se réinsérer avec succès dans la nature. Il a été démontré que les centre de soins contribuent à la protection des tortues marines en maintenant en vie des individus qui, laissés à eux-mêmes, auraient presque certainement péri. Cette étude a montré que c’est un moyen de maintenir les populations dans le golfe Persique. Et ce alors même que les individus sont confrontés à de graves menaces qui sont principalement d’origine anthropique.

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Références et liens