A male pectoral sandpiper with an Argos PTT (credit: Max Planck Institute for Ornithology)
14.09.2020 Oiseaux

Les bécasseaux à poitrine cendrée mâles sont influencés par les vents dans le choix de leurs zones de reproduction

Certains oiseaux migrateurs changent de site de reproduction chaque année, voire plusieurs fois dans une saison. Les bécasseaux à poitrine cendrée en font partie. La compréhension de leur comportement de reproduction, aidée par la télémétrie satellite Argos peut aider à mieux les protéger.

 

Photo: Un bécasseau à pectoraux mâle avec un émetteur Argos (crédit : Institut Max Planck d’ornithologie)

Le bécasseau à poitrine cendrée (Calidris melanotos) est un petit oiseau littoral qui migre au printemps vers l’Arctique pour s’y reproduire, différent du bécasseau spatule. L’espèce est polygyne, c’est-à-dire qu’un mâle essaie d’inséminer autant de femelles que possible et ne fournit aucun soin parental. Les mâles se font une concurrence intense pour l’accès aux femelles et de nombreux mâles n’engendrent pas de progéniture sur un site donné. La concurrence intense pour l’accouplement pourrait être la raison pour laquelle les individus retournent rarement au même site entre les années, contrairement à la plupart des espèces migratrices monogames. Comprendre pourquoi ils choisissent un site plutôt qu’un autre pourrait également aider à protéger l’espèce.

 

Visiter de nombreux sites au cours d’une même saison

En 2012 et 2014, 60 bécasseaux à poitrine cendrée mâles adultes ont été capturés et équipés d’émetteurs solaires Argos de 5 g pour répondre à ces questions sur la migration et le comportement de reproduction.

Les résultats montrent que la plupart des mâles visitent plusieurs sites de reproduction potentiels pendant la saison qui dure de quatre à six semaines. Les individus semblent se déplacer entre les sites dans n’importe quelle direction, à n’importe quel moment et sur des distances variables. En une seule saison, les individus peuvent parcourir des distances considérables, couvrant ainsi une partie notable de l’ensemble de l’aire de reproduction de l’espèce.

 

Voler selon les vents ?

Voler jusqu’à 13 000 km pendant la courte saison de reproduction dans l’Arctique doit être coûteux en termes d’énergie et de temps. Une nouvelle analyse des suivis recherche maintenant si les conditions de vent influencent les mouvements des bécasseaux à poitrine cendrée mâles pendant la saison de reproduction. Les mâles décident-ils de leur prochaine destination en fonction du vent, et ajustent-ils leur trajectoire de vol en fonction de l’évolution des conditions de vent ?

Tracks of male pectoral sandpipers that left Utqiagvik, Alaska (lower centre of the map) during the breeding season in June 2012 (top) and 2014 (bottom). Track colour indicates wind support, i.e. the length of the wind vector in the direction of the bird’s movement (ground vector), calculated using wind data at 750 m altitude (ECMWF ERA Interim). For a movie of these flights and for individual tracks see https://www.youtube.com/watch?v=A-Q5J1wRBUA&feature=youtu.be. (credit: Max Planck Institute for Ornithology; from [Krietsch et al, 2020])
Trajets de bécasseaux à poitrine cendrée mâles ayant quitté Utqiagvik, Alaska (en bas au centre de la carte) pendant la saison de reproduction en juin 2012 (en haut) et 2014 (en bas). La couleur des trajets indique le support du vent, c’est-à-dire la longueur du vecteur vent dans la direction du mouvement de l’oiseau (vecteur sol), calculée à l’aide des données sur le vent à 750 m d’altitude (CEPMMT ERA Interim). Pour un film de ces vols et pour les trajectoires individuelles, voir https://www.youtube.com/watch?v=A-Q5J1wRBUA&feature=youtu.be. (crédit : Institut Max Planck d’ornithologie ; d’après [Krietsch et al, 2020])

L’étude montre que la force et la direction des vents sur le lieu de départ sont des prédicteurs importants de la direction dans laquelle les bécasseaux à poitrine cendrée mâles volent et donc de l’endroit où le mâle testera des sites de reproduction potentiels. Le coût énergétique de leur voyage est donc réduit par les vents porteurs. Les chercheurs n’ont trouvé aucune preuve que les mâles attendent un vent optimal pour partir vers une zone spécifique, mais qu’ils sont plus susceptibles de voler vers l’Arctique russe avec l’appui du vent. Cela peut expliquer la grande flexibilité des voies de migration et des sites de reproduction testés par ces oiseaux.

La variabilité des schémas de déplacement peut entraîner de grandes différences dans la taille des populations locales d’une année à l’autre, ce qui rend les conclusions sur les variations de population basées sur les comptages locaux difficiles à interpréter.

 

Références & liens

  • Krietsch J., M. Valcu and B. Kempenaers, 2020: Wind conditions influence breeding season movements in a nomadic polygynous shorebird, Proc. R. Soc. B.28720192789 http://doi.org/10.1098/rspb.2019.2789
  • Kempenaers, B., M. Valcu, 2017: Breeding site sampling across the Arctic by individual males of a polygynous shorebird. Nature 541, 528–531 (2017). https://doi.org/10.1038/nature20813
  • Lesku, J.A., N.C. Rattenborg, M. Valcu, A.L. Vyssotski, S. Kuhn, F. Kuemmeth, W. Heidrich, B. Kempenaers, 2012: Adaptive Sleep Loss in Polygynous Pectoral Sandpipers, Science 28 Sep 2012: Vol. 337, Issue 6102, pp. 1654-1658. DOI: 10.1126/science.1220939
  • https://www.youtube.com/watch?v=A-Q5J1wRBUA&feature=youtu.be