Photo: A lesser kestrel with an Argos PTT (Green Balkans)
17.12.2019 Oiseaux

Où vont les faucons crécerellettes d’Europe ?

Le faucon crécerellette est un petit faucon qui migre d’Europe en Afrique. Une étude utilisant un vaste ensemble de données sur les suivis de cet oiseau a permis d’évaluer les différentes voies de migration et les points d’arrivée africains en fonction de leurs régions de reproduction en Europe. Cela peut être utilisé pour concevoir des stratégies de conservation efficaces dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce.

Photo : Un faucon crécerellette avec un émetteur Argos. Crédits Green Balkans)

Un petit rapace présent dans le sud de l’Europe

Un article sur ce site a montré le succès de la réintroduction des faucons crécerellette (Falco naumanni) par Green Balkans en Bulgarie. Cependant, ce petit oiseau de proie est également présent dans tout le sud de l’Europe, et les raisons de son déclin en Europe de l’Est (notamment la diminution du nombre d’insectes liée à l’usage de pesticides) sont aussi valables ailleurs. Une étude collaborative de suivi à grande échelle a exploité les informations recueillies dans les différents pays européens où l’on trouve ce rapace pour améliorer la connaissance de ses habitudes migratoires.

Les trajets de migration de 87 individus, provenant de 25 sites de reproduction différents en Espagne, en Italie, en Grèce, en France, en Bulgarie et au Portugal, ont été analysés dans une étude à l’échelle du continent. Pour ceux qui ont été suivis avec Argos, les émetteurs utilisés étaient tous de 5 g, étant donné le faible poids de l’oiseau (environ 120 g).

Des régions de départ et d’arrivée différenciées

L’étude s’est concentrée sur la connectivité migratoire, un indicateur qui reflète le degré de séparation des différentes populations reproductrices (issues des péninsules ibérique, italienne et balkanique)  une fois arrivées dans leurs aires africaines non reproductrices. Les résultats montrent que les oiseaux migrent sur environ 3500 km en automne à travers le désert méditerranéen et saharien pour atteindre leurs zones non reproductrices en Afrique, et sur 4000 km au printemps pour faire le voyage inverse, faisant de larges détours vers l’ouest au niveau du désert. Les zones non reproductrices de tous les oiseaux se trouvent dans les régions arides et semi-arides de la ceinture sahélienne, mais l’espèce présente une forte connectivité migratoire : les individus de chaque région de reproduction ont tendance à migrer vers des secteurs distincts du Sahel, en tout cas plus que le simple hasard ne le voudrait. Une telle connectivité migratoire semble rare chez les oiseaux migrant sur de longues distances.

Post-breeding migration tracks of lesser kestrels from the three main European breeding regions (Iberian, Italian and Balkan peninsulas). The tendency to migrate to distinct sectors from the different breeding regions is quite clear on such a representation, and is corroborated by the statistical analysis of migratory connectivity (modified from Sarà et al. 2019)

Pre-breeding migration tracks of lesser kestrels from the three main European breeding regions (Iberian, Italian and Balkan peninsulas). The tendency to migrate to distinct sectors from the different breeding regions is quite clear on such a representation, and is corroborated by the statistical analysis of migratory connectivity (modified from Sarà et al. 2019)
Voies de migration après la reproduction (à gauche) et avant la reproduction (à droite) des faucons crécerellette des trois principales régions de reproduction européennes (péninsules ibérique, italienne et balkanique). La tendance à migrer vers des secteurs distincts des différentes régions de reproduction est assez claire sur une telle représentation, et est corroborée par l’analyse statistique de la connectivité migratoire (modifié de Sarà et al. 2019).

Une forte connectivité migratoire, telle que celle observée dans cette étude, implique que les différentes populations reproductrices seront affectées différemment par la variabilité climatique (par exemple la variabilité des précipitations au Sahel), ce qui pourrait améliorer la résistance de cette espèce aux changements climatiques et environnementaux en Afrique. L’étude comble une importante lacune dans la connaissance des routes migratoires et de l’aire de répartition africaine des différentes populations européennes de faucons crécerellette. Ces informations pourraient être utiles pour concevoir des stratégies de protection efficaces pour les différentes populations européennes de ce faucon menacé.

 

Référence

Maurizio Sarà, Salvatore Bondì, Ana Bermejo, Mathieu Bourgeois, Mathias Bouzin, Javier Bustamante, Javier de la Puente, Angelos Evangelidis, Annagrazia Frassanito, Egidio Fulco, Giuseppe Giglio, Gradimir Gradev, Matteo Griggio, Lina López‐Ricaurte, Panagiotis Kordopatis, Simeon Marin, Juan Martínez, Rosario Mascara, Ugo Mellone, Stefania C. Pellegrino, Philippe Pilard, Stefano Podofillini, Marta Romero, Marco Gustin, Nicolas Saulnier, Lorenzo Serra, Athanassios Sfougaris, Vicente Urios, Matteo Visceglia, Konstantinos Vlachopoulos, Laura Zanca, Jacopo G. Cecere, Diego Rubolini, 2019: Broad‐front migration leads to strong migratory connectivity in the lesser kestrel (Falco naumanni), Journal of Biogeography (DOI: 10.1111/jbi.13713)