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25.08.2021 Oiseaux

Les courlis hudsoniens traversent les tempêtes tropicales

Les courlis hudsoniens migrent au plus fort de la saison des ouragans, traversant l’Atlantique. Les différentes populations de cet oiseau limicole ont des stratégies variées pour traverser la zone des cyclones.  Cependant, elles devront peut-être trouver de nouveaux moyens avec le changement climatique qui aggrave les tempêtes.

Photo : Courlis en vol avec l’antenne de l’émetteur dépassant de la queue (Crédit Fletcher Smith)

 

Un courlis avec un émetteur Argos
Un courlis avec un émetteur Argos (crédit Bart Paxton)

Le courlis est un oiseau de rivage de taille moyenne, de la famille des scolopacidés. Le courlis hudsonien (Numenius phaeopus hudsonicus) est présent dans trois zones de nidification isolées autour de l’ouest de la baie d’Hudson, dans le delta du fleuve Mackenzie au nord-ouest du Canada et en Alaska. Comme de nombreuses espèces d’oiseaux limicoles des régions arctiques et tempérées, ils sont fortement migrateurs. Et, comme la plupart, une de leurs migrations se fait en automne. Cependant, le début de l’automne est aussi le pic de la saison des ouragans dans l’Atlantique. Nous avons déjà montré comment les tortues peuvent éviter de nager au cœur d’une tempête tropicale (voir Des tortues marines en plein cyclones tropicaux). Qu’en est-il des oiseaux migrateurs ?

 

Le suivi des courlis révèle deux stratégies par rapport aux tempêtes tropicales

Vingt-quatre courlis provenant de deux populations (delta du Mackenzie, baie d’Hudson) ont été équipés d’émetteurs Argos sur une période de douze années. Le Center for Conservation Biology (CCB) et ses partenaires ont commencé à déployer de petits (5 g) émetteurs satellites Argos à énergie solaire au cours du printemps 2008. Cette longue période a permis d’enregistrer suffisamment de traversées d’ouragans pour répondre à la question des interactions oiseaux-tempêtes tropicales.

Les deux populations de courlis migrent vers un lieu d’hivernage le long de la côte nord de l’Amérique du Sud. Ils effectuent généralement pour cela des vols sans escale jusqu’à cette destination. Le suivi par satellite révèle cependant que ces deux populations ne suivent pas exactement le même itinéraire.

Plus d’infos sur le suivi d’animaux avec Argos

Itinéraires schématisés des deux populations
Itinéraires schématisés des deux populations (d’après [Watts et al., 2021])

 

Itinéraire plus court et plus risqué mais avec une escale sûre, ou itinéraire plus long et plus calme mais sans repos possible ?

En venant du delta du Mackenzie, les courlis ont contourné la zone où les tempêtes tropicales sont les plus actives (” hurricane alley “). C’est une route très longue mais qui traverse peu de tempêtes (3 sur 22 pendant les périodes d’observation). La population de la baie d’Hudson a, elle, emprunté une route plus directe, plus courte, qui a traversé nettement plus d’ouragans (13 comptabilisés).

Les oiseaux qui n’ont pas rencontré de tempête tropicale ont effectué une traversée rapide vers leurs lieux d’hivernage. La moitié des courlis qui ont rencontré une tempête se sont posés sur une des îles des Caraïbes, les utilisant comme refuge. Ceux-là ont mis plus de temps à effectuer la traversée de l’Atlantique. Certains ont été tués, deux par des chasseurs et un par un prédateur (ce qui montre que la sécurité de ces refuges est toute relative). L’autre moitié des courlis a affronté les tempêtes, parfois dans leur partie la plus violente. Mais cela ne s’est pas fait sans épuisement de leur part. En effet, certains ont touché terre prématurément.

Trajectoires individuelles des courlis pendant les migrations d'automne des populations du delta du Mackenzie et de la baie d'Hudson
Trajectoires individuelles des courlis pendant les migrations d’automne des populations du delta du Mackenzie et de la baie d’Hudson. Les cercles représentent les endroits où les oiseaux ont rencontré des tempêtes tropicales, et la catégorie de celles-ci à ce moment-là. (tiré de [Watts et al., 2021])

 

Des risques accrus avec des tempêtes tropicales plus fortes

Aujourd’hui, les populations de courlis empruntant la route de migration de l’Atlantique occidental déclinent déjà à un rythme élevé. Elles ont d’ailleurs été classées comme populations à haut risque de disparition.

L’un des effets prévus du changement climatique mondial sur les tempêtes tropicales est l’accroissement de leur taille et de leur intensité, à mesure que la température de l’eau augmente. Cela pourrait entraîner un plus grand nombre de courlis de la baie d’Hudson à se poser sur des îles des Caraïbes. Or la menace de la chasse y est toujours présente. À l’extrême, les changements de ces tempêtes pourraient induire des ajustements dans les routes ou les comportements d’espèces migratrices.

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