Les requins baleines, bons gros géants des océans

An Argos-tagged juvenile whale shark swims through the waters of Panaon Island, Southern Leyte (Credits LAMAVE).

31.07.2018 Animaux marins Les requins baleines, bons gros géants des océans

Les requins baleines sont à peu près à l’opposé de l’archétype du requin. Ces géants pacifiques, les plus gros poissons nageant dans les océans de la Terre, mangent essentiellement du plancton (éventuellement quelques poissons, crustacés ou céphalopodes un peu plus grands). Il y a encore beaucoup de choses que nous ignorons au sujet de cette espèce marine sauvage, et comprendre leurs schémas de mouvement en les suivant à l’aide d’émetteurs Argos permet d’aider à ce qu’ils soient efficacement protégés.

Les requins baleines (Rhincodon typus) sont menacés d’extinction. Ils ont été et sont encore tués pour l’huile de leur foie, pour leurs ailerons, mais aussi accidentellement heurtés par des bateaux ou pris dans des filets. Ils ont été classés comme « en danger », avec un déclin de plus de cinquante pour cent de la population mondiale.

Les requins baleines se déplacent souvent et loin. Il est donc difficile de dire si une baisse du nombre d’observations dans un pays est significative. La plupart des pays ou régions pour lesquels nous avons des observations à long terme montrent un déclin, ce qui est à l’origine de leur classification « globalement menacé d’extinction ». Cependant, à certains endroits et à certaines périodes, comme en Thaïlande en 2017, on a enregistré beaucoup d’observation de requins baleines ; sans pouvoir dire s’il s’agit d’un signe de rétablissement ou simplement d’une modification dans la population. De plus, nous ne savons pas où se trouvent les nouveau-nés et la plupart des adultes, puisque la plupart des observations, faites dans les aires d’alimentation, sont de mâles juvéniles. Il faut étudier la question, pour comprendre si cette population est en voie de rétablissement ou si elle continue de décliner.

Les requins baleines vivent dans des eaux chaudes (au-dessus de 20°C) tout autour du globe – aux Philippines, à Madagascar, en Tanzanie et au Mozambique, dans le Golfe du Mexique, aux Galapagos… Les Philippines abritent la troisième plus grande population connue. Les recherches menées par le LAMAVE (Large Marine Vertebrates Research Institute Philippines) et une opération de science citoyenne ont permis d’identifier plus de 600 individus dans les mers de Sulu et de Bohol, mais la proximité de cette population par rapport aux pêcheries de la mer de Chine méridionale est préoccupante. Dans ce contexte, il est vital de comprendre les mouvements des requins baleines aux Philippines pour définir les priorités pour la conservation de l’espèce.

The team tag a whale shark, surrounded by barracuda in Tubbataha Reefs Natural Park (Credits LAMAVE).
Un requin baleine avec une balise, entouré de barracuda dans le parc naturel de Tubbataha Reefs (Crédits LAMAVE).

Les émetteurs Argos permettent de suivre les requins sur de grandes distances et d’obtenir des informations sur les préférences de température et le comportement de plongée. Dix-sept requins baleines juvéniles ont été marqués entre avril 2015 et avril 2016 par des chercheurs du LAMAVE, de la Marine Megafauna Foundation (MMF) et du Tubbataha Management Office (TMO) dans trois endroits différents aux Philippines. Les balises étaient reliées à chaque requin baleine par une ligne de 1,8 mètre, afin de s’assurer que les émetteurs brisent la surface plus fréquemment. La transmission se produit lorsque le capteur d’humidité de la balise est déclenché. Ainsi, l’équipe a pu suivre les mouvements de ces requins baleines juvéniles en temps quasi réel. Le suivi a duré entre 6 et 126 jours selon les individus.

Tous les requins baleines sont restés aux Philippines pendant la période de suivi, ce qui montre l’importance de l’archipel pour l’espèce. Le LAMAVE continue d’étudier les requins baleines dans cinq zones clés des Philippines, en collaboration avec les gouvernements locaux et nationaux ainsi qu’avec des organisations partenaires pour développer des stratégies de protection pour cette espèce. D’autres requins baleines sont marqués en ce moment (juillet 2018) par la même équipe.

Satellite tracks of whale sharks tagged in Tubbataha Reefs Natural Park (Palawan). The longest track observed was from a whale shark originally tagged there, which swam through the Sulu and Bohol Seas and into the Pacific, over 2,500 km in length, averaging 47km a day (while whale sharks are not known for their speed) (Credits LAMAVE https://doi.org/10.7717/peerj.5231)
Trajectoires de satellites de requins baleines équipés de balise Argos dans le parc naturel des récifs de Tubbataha (Palawan). La trajectoire la plus longue a été observée à partir d’un requin-baleine équipé sur cette zone, qui a traversé les mers de Sulu et de Bohol pour atteindre le Pacifique soit plus de 2 500 km de long, et en moyenne 47 km par jour (alors que les requins baleines ne sont pas connus pour leur vitesse) (Crédits LAMAVE https://doi.org/10.7717/peerj.5231).

Référence:

Photo: Un requin baleine juvénile avec un émetteur Argos nage dans les eaux de Panaon Island, Southern Leyte (Crédits LAMAVE).

Gonzalo Araujo, Christoph A. Rohner, Jessica Labaja, Segundo J. Conales, Sally J. Snow, Ryan Murray, Simon J. Pierce, Alessandro Ponzo. Satellite tracking of juvenile whale sharks in the Sulu and Bohol Seas, Philippines. PeerJ, 2018; 6: e5231 DOI: 10.7717/peerj.5231

Large Marine Vertebrates Research Institute Philippines (LAMAVE): www.lamave.org 

www.marinemegafauna.org & http://www.simonjpierce.com

Une « histoire d’utilisateur » Argos à propos d’une campagne similaire au Mozambique https://www.clsamerica.com/mmfmozambique  (en anglais)