Magellanic penguins, including one with an Argos tag on its back, and one Humboldt penguin (credits Antarctic Research Trust)
15.02.2019 Animaux marins

Les domaines vitaux des manchots d’Amérique du Sud repéré par Argos

Les manchots de Humboldt et de Magellan vivent en Amérique du Sud. Sur la côte Pacifique, ils bénéficient de la productivité élevée du courant de Humboldt mais sont menacés par la pêche artisanale. Ils sont donc considérés comme vulnérables ou menacés, et des mesures de protection devraient être prises. Leur suivi par Argos par le Antarctic Research Trust permet de mieux cerner leurs déplacements.

Les manchots de Humboldt (Spheniscus humboldti) et les manchots de Magellan (Spheniscus magellanicus) vivent pour la plupart dans des régions différentes de la côte Pacifique de l’Amérique du Sud, à l’exception de quelques endroits comme les Islotes Puñihuil, au nord-ouest de l’île Grande de Chiloé au sud du Chili central, où ils se reproduisent. Les oiseaux y bénéficient de la productivité élevée du courant de Humboldt mais sont menacés par la pêche artisanale.

Définir une aire marine protégée

Il serait intéressant, de créer une aire marine protégée dans les zones d’hivernage, par exemple autour d’Isla Mocha ou dans le golfe d’Arauco, en plus de mesures dédiées adaptées pour protéger les manchots migrateurs et d’autres oiseaux de mers. Toutefois, si des mesures de protection ont été partiellement mises en place à l’échelle locale, des efforts supplémentaires seraient nécessaires, par exemple en aidant les pêcheurs locaux engagés dans l’écotourisme.

A magellanic penguin (Credits Antarctic Research Trust)
Un manchot de Magellan (Crédits Antarctic Research Trust)
Humboldt penguins (Credits Antarctic Research Trust)
Deux manchots de Humboldt (Crédits Antarctic Research Trust)

Suivre les manchots

Dix manchots de Humboldt et huit manchots de Magellan ont été équipés avec succès d’émetteurs satellites Argos en mars 2009 sur les îles Puñihuil au sud du Chili central pour les suivre quand ils se dispersent après avoir mué. Les manchots de Humboldt ont été suivis pendant 25 à 93 jours (49 jours en moyenne) et les manchots de Magellan pendant 35 à 68 jours (57 jours en moyenne). Sept de ces oiseaux sont restés dans les environs de leur aire de reproduction pendant toute la période. Tous les autres manchots suivis se sont déplacés vers le nord, soit sur une distance relativement courte (400 km maximum) vers Isla Mocha à 38°S, soit plus au nord, au-delà de 35°S. Huit de ces oiseaux (73 %) sont retournés vers le sud vers la fin des suivis. L’aire totale dans laquelle les deux espèces se sont déplacée au cours de la période de suivi est une bande côtière s’étendant du site de nidification à 42°S à 1000 km au nord de ce site, à 32°S.

Movements of Humboldt (males = squares, females = circles) and Magellanic Penguins (males = triangles, females = diamonds) from Islotes Puñihuil. Given the different spatial scales during the respective tracking periods, data for both species were pooled in relation to the maximum distance from the colony. Movements separated according to birds (a) foraging locally, (b) travelling up to Isla Mocha and (c) further north. Each color/shape pair corresponds to a different individual. Figure from [Pütz et al., 2016]. (credits Antarctic Research Trust)
Mouvements des manchots de Humboldt (mâles = carrés, femelles = cercles) et des manchots de Magellan (mâles = triangles, femelles = diamants) des îles Puñihuil. Étant donné les différentes échelles spatiales au cours des périodes de suivi respectives, les données pour les deux espèces ont été regroupées en fonction de la distance maximale à la colonie. (a) oiseaux se nourrissant localement, (b) remontant jusqu’à Isla Mocha et (c) plus au nord. Chaque paire couleur/forme correspond à un individu différent. figure tirée de [Pütz et al., 2016]. (crédits Antarctic Research Trust)

Des comportements différents

Presque tous les manchots de Humboldt se trouvaient dans des zones où il y avaient aussi des manchots de Magellan. Par contre, presque la moitié des oiseaux étudiés de cette dernière espèce étaient dans des zones où aucun des manchots de Humboldt n’a été localisé. Les résultats indiquent que le comportement de ces manchots du Pacifique diffère de celui des mêmes espèces de manchots côté Atlantique. Les manchots de Magellan dans l’océan Pacifique sont semble-t-il moins migrateurs que dans l’Atlantique, tandis que les manchots de Humboldt le sont plus. Une comparaison avec les cartes de mesure satellite de Chlorophylle-A ainsi qu’avec la quantité de poissons capturés dans la région par la pêche artisanale montre peu de corrélation dans ces zones côtières de nourrissage.

Photo:  des manchots de Magellan dont un avec un émetteur Argos sur le dos, et un manchot de Humboldt (crédits Antarctic Research Trust)

References:

Klemens Pütz, Andrea Raya Rey, Luciano Hiriart-Bertrand, Alejandro Simeone, Ronnie Reyes-Arriagada, Benno Lüthi, Post-moult movements of sympatrically breeding Humboldt and Magellanic Penguins in south-central Chile, Global Ecology and Conservation, Volume 7, 2016, Pages 49-58, ISSN 2351-9894, https://doi.org/10.1016/j.gecco.2016.05.001. (http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2351989416300415)