Group of Mhorr gazelle with a GPS collar (credits T. Abáigar)
03.07.2019 Mammifères terrestres

Rendre des gazelles de Mhorr à la vie sauvage

La gazelle de Mhorr est une espèce menacée de la zone sahélienne. C’est l’une des espèces de gazelles d’Afrique du Nord les plus singulières, et cependant à la fois menacée et peu étudiée. La population locale la considère comme une partie intégrante de sa culture. La réintroduction dans la nature d’individus élevés en captivité a été testée pour la première fois dans le sud du Maroc grâce à la télémétrie par satellite Argos.

La gazelle Dama (Nanger dama) vit dans les zones désertiques et semi-désertiques d’Afrique du Nord. Elle se caractérise par ses adaptations physiologiques, écologiques et comportementales à cet environnement aride. L’espèce est actuellement classée en danger critique d’extinction (liste rouge UICN 2018), considérée comme éteinte au Sénégal, en Mauritanie, au Soudan et dans la région atlantique du sud du Maroc. Moins de 250 individus vivraient à l’état sauvage (au Niger, au Mali et au Tchad), et environ 1000 en captivité (environ 350 gazelles de Mhorr).

Réintroduire des gazelles de Mhorr

Parmi les trois sous-espèces existantes, la gazelle de Mhorr (Nanger dama mhorr) est la gazelle Dama la plus colorée et celle qui vit le plus à l’ouest. Afin d’éviter l’extinction complète de cette sous-espèce, un programme d’élevage en captivité a été lancé en 1971 au Sahara Rescue Center de l’Estación Experimental de Zonas Aridas (EEZA) à Almeria (Sud-Est de l’Espagne). En mai 2015, les autorités locales marocaines (Haut-Commissariat des Eaux et Forêts et à la Lutte Contre la Désertification) en collaboration avec une ONG locale ( » Initiative Nature « ) ont décidé de lancer, pour la première fois, un projet de réintroduction de la gazelle de Mhorr dans la nature, utilisant des gazelles élevées dans des conditions semi sauvages dans une zone protégée clôturée de la Réserve Naturelle de Safia.

Sept des gazelles ont été suivies à l’aide de colliers de télémétrie par satellite, dont des émetteurs Argos. Cette surveillance a fourni des statistiques qui n’existaient pas auparavant sur le temps passé au repos, à s’alimenter ou debout, à se déplacer à vitesse modérée, à courir ou à s’échapper, même s’il y a des différences entre les individus et aussi entre les heures de la journée. Ces comportements diffèrent légèrement de ce qui a été observé dans des conditions semi-sauvages. Dans l’ensemble du suivi, différentes phases ont été observées : les premiers jours après la remise en liberté (lorsqu’elles sont restées près de la clôture de la réserve), suivis de mouvements exploratoires à longue distance jusqu’à ce qu’elles aient établi des territoires ; et enfin, les mouvements quotidiens entre ces territoires établis.

Location of the release site (credits EEZA-CSIC)
Emplacement du site de remise en liberté (crédits EEZA-CSIC)
Locations of the gazelles duging the first days after release (in red the Safia reserve) (Credits EEZA-CSIC)
Localisations des gazelles les premiers jours après la remise en liberté (en rouge la réserve de Safia) (Crédits EEZA-CSIC)

Attaque de chiens et braconnage

Le premier groupe de gazelles a été attaqué par des chiens peu de temps après sa libération, entraînant la mort de sept d’entre elles (sur 24). Leur réaction semble avoir été de repartir vers l’enclos, alors encore proche, réaction qui les a piégées contre la clôture (alors que lorsqu’elles ont été chassées plus tard par des braconniers, elles se sont enfuies). Cela suggère qu’ils serait mieux d’effectuer la remise en liberté loin de la réserve et des animaux de leur groupe encore en captivité, surtout lorsqu’il y a des prédateurs autour.
À un moment donné au cours du suivi, des chasseurs se sont introduits illégalement dans les territoires des gazelles. Elles ont fui, parcourant alors des distances exceptionnellement longues en une seule journée (jusqu’à 60 km). Le fait qu’elles aient trouvé une voie d’évasion par les oueds, qu’elles aient identifié les montagnes comme un refuge sûr et qu’elles aient réussi à retourner sur leur territoire une fois le danger passé montre leur capacité d’adaptation à la vie sauvage, même élevées en captivité.

 

Importance de la télémétrie par satellite

L’utilisation de colliers de télémétrie par satellite pour surveiller les gazelles de Mhorr libérées a montré une fois de plus l’importance de ce dispositif pour les projets de réintroduction. Non seulement parce qu’ils fournissent des informations précieuses sur l’espèce (déplacements, activité), mais aussi parce qu’ils sont essentiels pour localiser les animaux et savoir s’ils sont vivants ou morts, ce qui, en somme, est une façon de mesurer le succès du projet.

Cette première expérience de réintroduction de la gazelle de Mhorr dans la nature a montré que l’espèce peut retrouver l’essentiel de sa capacité à vivre en liberté, après des générations de vie en captivité ou en semi-captivité. Il a également confirmé que les chiens comme prédateurs et le braconnage continuent d’être la principale menace pour les projets de réintroduction dans le sud du Maroc. L’expérience acquise contribuera également à améliorer le succès des prochaines tentatives.

 

Photo : Groupe de gazelle de Mhorr avec un collier GPS (crédits T. Abáigar)

Liens & références

  • Teresa Abáigar, Emilio Rodríguez-Caballero, Cristina Martínez, Zouhair Amaouch, Mohamed L. Samlali, Fernando Aparicio, Taufik ElBalla, Abderrahim Essalhi, Jesús Fernández, Francisco García, Moulaye Haya, Abba M’Bareck, Hamady M’Bareck, Luis M. González, Pablo Fernández de Larrínoa, 2019: The first reintroduction project for mhorr gazelle (Nanger dama mhorr) into the wild: Knowledge and experience gained to support future conservation actions, Global Ecology and Conservation, https://doi.org/10.1016/j.gecco.2019.e00680
  • https://es-es.facebook.com/EEZA.CSIC/
  • http://www.eeza.csic.es/es/d_cesp.aspx