Animaux marins

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Les baleines à bosse migrent sur de longues distances. Cette espèce est en train de se rétablir après une chasse intensive pendant plus de 150 ans. Le suivi par télémétrie Argos aide à comprendre où elles se nourrissent dans les océans polaires et pourquoi elles choisissent une zone plutôt qu’une autre.

Des populations qui se rétablissent, mais différemment selon les lieux

Depuis le début du XIXe siècle, les populations de baleines à bosse (Megaptera novaeangliae) ont été chassées jusqu’à la quasi-extinction — la chasse excessive des baleines était déjà une préoccupation à l’époque où J. Verne écrivait « 20 000 lieues sous la mer », en 1869. Après un moratoire en 1966, les populations se rétablissent, mais elles sont toujours menacées par diverses activités humaines telles que les prises accidentelles dans les engins de pêche, les collisions avec les navires et la pollution sonore. On estime que les baleines à bosse d’Océanie, comprenant des baleines de sous-populations multiples allant de la Nouvelle-Calédonie à la Polynésie française, représentent moins de la moitié de leur population pré-exploitation et se rétablissent plus lentement que la population de l’Australie orientale.

Migrations au long cours

La baleine à bosse se nourrit de krill dans les eaux polaires en été et se reproduit dans les océans tropicaux en hiver, comptant sur ses réserves d’énergie pour soutenir la reproduction et la migration sur de longues distances. Les indices que les baleines utilisent pour naviguer entre leurs aires d’alimentation et de reproduction ne sont pas encore bien compris. Avec des migrations d’une telle ampleur dans les eaux éloignées, en particulier dans les régions polaires, la seule façon de mieux comprendre leurs déplacements est d’utiliser des émetteurs de télémétrie par satellite, comme Argos.
Mais savoir où elles sont allées n’est qu’un début. L’utilisation de modèles probabilistes de mouvements sur les localisations transmises par Argos peut aider à identifier différents comportements – lorsqu’elles « regardent autour d’elles » à la recherche de nourriture (Recherche à zone restreinte, ce qui peut aussi être indicatif de repos ou de reproduction), ou lorsqu’elles passent d’une zone de ravitaillement à une autre (transit). Ces comportements peuvent ensuite être liés à des variables environnementales telles que la hauteur de mer, les courants de surface, la concentration de glace de mer et la distance à la lisière de la glace, en gardant à l’esprit un important effet de décalage dans la dynamique de la lisière des glaces.

Migration pathways for 18 Oceania humpback whales satellite-tagged at the Kermadec Islands, New Zealand. Left, the whale tracks with color-coding showing their behavioral state (red: inferred foraging, black: inferred transit, grey: uncertain), with a zoom on feeding ground overlaid on bathymetry (bottom). Right, the same tracks, colors representing the month of the locations. (Credit University of Auckland)
Les trajets de migration de 18 baleines à bosse d’Océanie marquées par satellite aux îles Kermadec, Nouvelle-Zélande. À gauche, les tracés des baleines avec un code couleur montrant leur état comportemental (rouge : recherche de nourriture supposée, noir : transit supposé, gris : incertain), avec un zoom sur la zone d’alimentation superposé à la bathymétrie (bas). À droite, les mêmes trajets, les couleurs représentant le mois des localisations. (Crédits Université d’Auckland)

 

Deux aires d’alimentation

Deux grandes zones d’alimentation ont ainsi été identifiées pour les baleines à bosse d’Océanie, l’une dans les mers d’Amundsen et de Bellingshausen (à droite sur la figure), et une autre au nord de la mer de Ross (à gauche sur la figure). Les deux zones ont probablement une dynamique et une répartition des proies différentes, qui varient au cours de la saison d’alimentation estivale. Dans les mers d’Amundsen et de Bellingshausen, les baleines se sont nourries surtout près du talus continental et de la lisière des glaces, où l’on s’attend à trouver de fortes densités de krill. Au nord de la mer de Ross, les baleines se trouvaient dans un point chaud de biodiversité. Cela suggère que les baleines à bosse utilisent des indices environnementaux différents, certains d’entre eux étant plus importants pour les baleines dans une zone que dans l’autre, et que la plasticité comportementale est importante pour ces animaux. Cela pourrait être à leur avantage, car les conditions environnementales dans l’océan Austral évoluent rapidement. Les données sur les baleines d’Océanie recueillies sur plusieurs années pourraient aider à identifier les tendances persistantes dans le comportement des baleines afin de déterminer le rôle de la mémoire et d’évaluer la stabilité des deux zones d’alimentation dans le temps.

 

Photo :  une baleine à bosse avec un émetteur Argos (Crédits Université d’Auckland)

Références

  • Leena Riekkola, Virginia Andrews-Goff, Ari Friedlaender, Rochelle Constantine, Alexandre N. Zerbini, Environmental drivers of humpback whale foraging behavior in the remote Southern Ocean, Journal of Experimental Marine Biology and Ecology 517 (2019) 1–12, https://doi.org/10.1016/j.jembe.2019.05.008
Humpback whale and tag (Credit University of Auckland)

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