great spotted cuckoo iStock
17.10.2019 Goniomètre

Argos montre que les coucous geai volent bien loin des nids

La caractéristique la plus connue des coucous est qu’ils pondent leurs œufs dans le nid d’une autre espèce, profitant des soins apportés par ces parents nourriciers (parasitisme de couvée). Mais certaines espèces de coucous, comme le coucou geai, sont aussi migrateurs. La télémétrie par satellite Argos et les balises miniatures permettent de mieux connaître cet aspect de leur vie.

Des coucous migrateurs

Les parasites de couvée comme le coucou geai (Clamator glandarius) ont été étudiés surtout pendant leur phase de reproduction, lorsqu’ils pondent leurs œufs dans le nid d’autres espèces et qu’il y une lutte évolutionniste entre parasites (coucous) et hôtes. Le coucou geai se rencontre en Europe du Sud et en Afrique subsaharienne, avec plus de 80% des individus reproducteurs d’Europe en Espagne. Les populations européennes sont connues comme migratoires, tandis que les populations d’Afrique subsaharienne sont considérées comme partiellement sédentaires. Cependant, cet aspect de leur vie est mal connu et même leurs aires d’hivernage ne sont pas bien documentées. Les progrès de la technologie de suivi par télémétrie satellitaire permettent maintenant de fournir des informations sur différents aspects de la vie des parasites de couvée, tels que leur stratégie de migration ou leur domaine vital.

Des balises de 5 g

Seize coucous geai adultes ont été bagués et équipés d’un émetteur Argos de 5 g  solaire dans le sud de l’Espagne (Hoya de Guadix ; 37˚16′ N, 3˚00′ W). Ils ont été suivis jusqu’à leur mort (entre 12 jours et 3 ans après leur capture).
Les résultats du suivi montrent que les coucous tachetés peuvent rester dans leurs aires de reproduction pendant un certain temps avant de migrer vers le sud (migration après reproduction). La plupart d’entre eux font escale dans le sud du Maroc, puis traversent le désert du Sahara et hivernent dans l’ouest du Sahel (des zones côtières du Sénégal au Delta intérieur du Niger au Mali). Ils migrent vers le nord en empruntant la même route (migration avant reproduction) vers l’Espagne. Ils voyagent principalement la nuit. La question de savoir s’il s’agit d’un migrateur solitaire ou non n’est pas complètement résolue, même si le fait qu’aucun des individus équipés n’ait voyagé ensemble le laisse à penser.
Map of migratory routes of great spotted cuckoos. (A) Pre-migratory movements within Spain. (B) Post-breeding migration (C) Prebreeding migration (D) Wintering area movements. Colors correspond to individual cuckoos, only cuckoos that left the breeding area are included in this map. (Credit University of Groningen)
Carte des routes migratoires des coucous geai. (A) Mouvements pré-migratoires à l’intérieur de l’Espagne. (B) Migration après reproduction (C) Migration avant reproduction (D) Déplacements dans les aires d’hivernage. Les couleurs correspondent aux coucous individuels, seuls les coucous qui ont quitté la zone de reproduction sont inclus dans cette carte. (Crédits Université de Groningen)

Les oiseaux ont été considérés comme morts après une longue période d’immobilité et après que le capteur de température a montré des  variations fortement environnementales. Un goniomètre a été utilisé pour trouver les émetteurs sur le terrain et identifier la cause de la mort des coucous. Selon les indices trouvés (cartouches, plumes endommagées, état des attaches de la balise), une cause de décès a été proposée. La cause la plus fréquente semble être la prédation naturelle, probablement par les rapaces.

Compréhension d’une espèce

Une analyse des mêmes données de suivi en termes de domaines vitaux au cours des différentes phases de la vie du coucou a été effectuée en utilisant l’indice de végétation (NDVI) comme indicateur alimentaire. Les résultats montrent que les domaines vitaux du coucou geai sont plus étendus dans la zone de reproduction que dans les principales zones non reproductrices. Les résultats suggèrent également que le départ retardé vers le sud après reproduction pourrait être dû à la recherche de nourriture dans des régions plus nourricières d’Espagne (parfois même vers le nord sur des centaines de kilomètres).
Ces études montrent l’avantage d’inclure des données individuelles à long terme obtenues grâce aux suivis par satellite afin d’élargir nos connaissances sur l’écologie des parasites de couvée. Ces résultats devraient également aider à mieux comprendre la co-évolution des hôtes et des coucous, en sachant où et quand ils vivent et pondent leurs œufs.
Photo iStock

Références

  • Josse Rühmann, Manuel Soler, Tomás Pérez-Contreras & Juan Diego Ibáñez-Álamo (2019): Territoriality and variation in home range size through the entire annual range of migratory great spotted cuckoos (Clamator glandarius), Nature Scientific reports, 9:6238, https://doi.org/10.1038/s41598-019-41943-2
  • Ibáñez-Álamo JD, Rühmann J, Pérez-Contreras T, Soler M (2019) Migration behavior and performance of the great spotted cuckoo (Clamator glandarius). PLoS ONE 14(1): e0208436. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0208436