Les anguilles, voyageuses au long cours

An eel in the sea with a pop-up tag. Credits G. Simon, Perpignan University

17.01.2019 Animaux marins Les anguilles, voyageuses au long cours

Les anguilles, menacées par la pollution, les virus et les parasites, la surpêche, la perte d’habitat, le changement climatique ont vu leur population diminuer au cours des dernières décennies. Leur vie et leurs comportements sont étudiés afin de mieux comprendre les raisons de cette diminution, y compris au moment de leur migration, lorsque les adultes traversent l’Atlantique vers la mer des Sargasses pour se reproduire et mourir. Ce voyage n’est pas encore tout à fait connu, mais le suivi par télémétrie satellite Argos a permis d’en savoir plus sur la première partie, comme l’explique Elsa Amilhat, de l’Université de Perpignan.

La population d’anguilles européennes (Anguilla anguilla) a chuté de façon spectaculaire dans les années 80, sans qu’une raison unique ait été clairement identifiée ; un certain nombre de raisons possibles ont été évoquées.

Le suivi des anguilles par Argos

Pour mieux connaître l’espèce, 23 anguilles argentées (le stade de vie du futur géniteur) quittant les côtes méditerranéennes pour se reproduire en mer des Sargasses ont été marquées depuis 2013 par une équipe internationale composée de scientifiques du laboratoire CEFREM de l‘Université de Perpignan, France (Elsa Amilhat, Gaël Simon et Elisabeth Faliex), le DTU au Danemark (Kim Aarestrup), le CEFAS au Royaume-Uni (David Righton) et le SLU en Suède (Hakan Westerberg). Ce projet a été financé par le Ministère français de l’Agriculture et de l’Alimentation et a été rendu possible grâce aux pêcheurs professionnels de la Région Occitanie qui ont fourni les grandes anguilles (>1,5 kg) nécessaires au marquage.

Une migration enregistrée par des marques archive Argos

L’utilisation de marques archive Argos a apporté beaucoup d’informations intéressantes, concernant notamment leur migration verticale diel caractéristique : elles montent jusqu’à 200-400 m de profondeur pendant la nuit et descendent jusqu’à 600-800 m la journée. Le chemin, la vitesse et la durée de leur longue migration de l’Europe vers les Sargasses ont également été enregistrés avec quelques surprises comme le temps inattendu qu’elles mettent pour quitter la Méditerranée, la vitesse moyenne (la nage la plus rapide à 16,5 km/jour, la plus lente à 4 km/jour).

Un voyage de 6.000 km pour réjoindre les Sargasses

Quatre émetteurs se sont détachés et ont fait surface à la date programmée (6 à 8 mois) dans l’Atlantique et démontrent pour la première fois que les anguilles de la Méditerranée peuvent traverser le détroit de Gibraltar et contribuer au stock reproducteur de l’Atlantique. Une de ces anguilles, relâchée à Gibraltar, a été suivie jusqu’aux Açores, le lieu le plus proche de la mer des Sargasses connu à ce jour de toutes les campagnes de marquage réalisées sur l’anguille européenne (de l’Atlantique comme de la Méditerranée). Le voyage aux Sargasses n’est pas facile. Pour parcourir la totalité des 6000 km qui les séparent de la mer des Sargasses, les anguilles doivent compter sur leur stock de graisse car elles ne mangent pas du tout durant le trajet, et éviter la prédation, car un taux de prédation élevé, au moins 40%, principalement mes mammifères marins, a été observé dans ces études.  Les questions qui restent portent sur le temps pris et le chemin utilisé pour atteindre la mer des Sargasses.

Tracks of the 8 eels tagged in 2013 from the lagoons near Perpignan and out of the Mediterranean in their migration (tracks lasting between 26 and 177 days; pop-up were programmed to detached after 6 months). Their trajectories cannot be determined from daylight measurements since they swim at depth where light does not penetrate. Indirect methods were used to reconstruct the trajectories. Crosses mark the pop-up position of each tag. Black crosses denote the tags that surfaced at the programmed date, while red crosses indicate the pop-up positions of tags attached to eels taken by predators. The map was drawn in Esri ArcMap 10.1, using GEBCO bathymetry (http://www.gebco.net/) and ESRI map (http://www.esri.com/software/arcgis) data. (Credits CEFREM, Perpignan University)
Parcours des 8 anguilles marquées en 2013 à partir des lagunes près de Perpignan et hors de la Méditerranée dans leur migration (tracés d’une durée comprise entre 26 et 177 jours ; les pop-up étaient programmés pour se détacher après 6 mois). Leurs trajectoires ne peuvent être déterminées à partir des mesures de la lumière du jour, car ils nagent à des profondeurs où la lumière ne pénètre pas. Des méthodes indirectes ont été utilisées pour reconstruire les trajectoires.  Des croix marquent la position de chaque étiquette. Les croix noires indiquent les étiquettes qui sont apparues à la date programmée, tandis que les croix rouges indiquent la position des étiquettes apposées sur les anguilles prises par les prédateurs. La carte a été dessinée dans Esri ArcMap 10.1, en utilisant les données bathymétriques de la GEBCO (http://www.gebco.net/) et la carte ESRI (http://www.esri.com/software/arcgis). (Crédits CEFAS). Cette carte a été initialement publiée dans Nature Scientific Report [Amilhat et al., 2016] .

Photo : Une anguille dans la mer avec une marque archive. Crédits G. Simon, Université de Perpignan

Références

Elsa Amilhat, Kim Aarestrup, Elisabeth Faliex, Gaël Simon, Håkan Westerberg, David Righton, 2016: First evidence of European eels exiting the Mediterranean Sea during their spawning migration, Nature Scientific Reports, DOI: 10.1038/srep21817 7
http://www.nature.com/srep/2016/160224/srep21817/full/srep21817.html

Liens utiles

CEFREM : Elsa Amilhat elsa.amilhat@univ-perp.fr/ Gael Simon gsimon@univ-perp.fr/Elisabeth Faliex faliex@univ-perp.fr

DTU : Kim Aarestrup kaa@aqua.dtu.dk

CEFAS: David Righton (Cefas) <david.righton@cefas.co.uk>

SLU : Håkan Westerberg <hakan.westerberg@slu.se>