Comment les aigles pomarins apprennent-ils leurs routes de migration ?

02.05.2018 Oiseaux Comment les aigles pomarins apprennent-ils leurs routes de migration ?

Le suivi de la faune sauvage par Argos aide à comprendre quelles sont les meilleures conditions pour que de jeunes aigles pomarins survivent à leur première migration. En utilisant des balises solaires, plus de cent oiseaux de tous âges, nés en différents lieux ont été suivis depuis 2004 au cours de leur voyage en Afrique, afin de surveiller les effets du transfert de jeunes oiseaux vers une autre région à des fins de préservation de l’espèce.

L’aigle pomarin (Clanga pomarina) est une espèce qui décline en Allemagne. Pour stabiliser la population, on prélève dans des nids d’oiseaux sauvages d’autres régions d’Europe les deuxièmes nés (Abels) tout juste éclos, qui ne survivent normalement pas. Ces oisillons sont transplantés dans des régions où la population est moindre, et élevés en captivité avant d’être relâchés. Cette espèce effectuant un long trajet vers l’Afrique à l’automne, on se demande alors quel est l’impact de ces transferts sur leur migration.

Tracks of lesser spotted eagles during their migrations in 2009, depending on their maturity and birth place. Juveniles born in Latvia and translocated to Germany mostly do not follow the same route than the others, probably because they do not follow experienced adults (credits Prof. Dr. Bernd-U. Meyburg)

Traces d’aigles pomarins lors de leurs migrations en 2009, en fonction de leur maturité et de leur lieu de naissance. Les juvéniles nés en Lettonie et transférés en Allemagne ne suivent généralement pas le même itinéraire que les autres, probablement parce qu’ils ne suivent pas les adultes expérimentés (crédits Prof. Dr. Bernd-U. Meyburg)

 

Le suivi de la faune par Argos aide à comprendre les meilleures conditions pour que les jeunes aigles pomarins et les adultes survivent à leur migration de 10 000 km. En utilisant des PTT Argos, plus de 100 oiseaux ont été suivis depuis 1992. Entre 2004 et 2016, 85 juvéniles éclos en second dans le nid ont été élevés en captivité pour être relâchés dans la population allemande, y compris 50 oiseaux qui ont été transférés depuis la Lettonie, à 940 km de là.
En 2009, pour surveiller les effets du transfert des jeunes oiseaux vers une autre région à des fins de conservation, 12 juvéniles transférés, ainsi que huit juvéniles et neuf adultes indignes ont été suivis afin de déterminer comment des oiseaux inexpérimentés utilisent les voies de migration stratégiques.
Depuis le début de l’opération « Saving Abels », il y a plus de dix ans, le nombre de couples a diminué d’un tiers et est maintenant stable. Cependant, la reproduction de la population sauvage est toujours en déclin, de sorte qu’un plus grand nombre d’oisillons est plus que jamais nécessaire. En 2017, le nombre de jeunes Abels libérés en provenance de Pologne orientale était aussi important que celui des couples sauvages. Il y a quelques années, un mâle letton a même commencé à se reproduire avec succès à quelques kilomètres de la station de relâche, tandis que d’autres ont été découverts en Pologne occidentale voisine, où la population est également faible. On espère donc que d’autres Abels aideront la population de l’est de l’Allemagne et de l’ouest de la Pologne, qui est séparée du reste de la zone de reproduction par un large corridor.


Références

Meyburg, B.-U.,  U. Bergmanis, T. Langgemach, K. Graszynski, A. Hinz, I. Börner,  C. Meyburg & W. M. G. Vansteelant 1917. Orientation of native versus translocated juvenile lesser spotted eagles (Clanga pomarina) on the first autumn migration. Journal of Experimental Biology 220: 2765-2776 (doi:10.1242/jeb.148932).

Photo Carsten Rohde, 2012